Être et temps Heidegger Dasein

L’être devrait être la question fondamentale de la philosophie. Heidegger en réactualise la réflexion dans Être et Temps avec pour objectif de rendre à la philosophie sa place à la racine de tout projet de connaissance. Son analyse de l’existence humaine inspirera fortement le courant existentialiste, mais il refusera d’y être compté. 

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L’être a été victime d’un oubli. L’ambition de Heidegger est de réveiller la curiosité des hommes à l’égard du sens du mot « être ». De son point de vue, cette question a été très rapidement oubliée par la tradition philosophique : « La question, écrit-il, est aujourd’hui tombée dans l’oubli, quand bien même notre temps considère comme un progrès de réaffirmer la « métaphysique ». […] C’est elle qui a tenu en haleine la recherche de Platon et d’Aristote, avant de s’éteindre bien entendu après eux, du moins en tant que question thématique d’une recherche effective » (Être et Temps). Pour le philosophe, la recherche authentique du sens de l’être s’est éteinte dès Aristote, dont les études ont divergé vers des questionnements annexes. Afin d’éclairer cette confusion de la métaphysique, Heidegger introduit le terme d’« étant » pour qualifier les réalités particulières que constituent les substances, par opposition au fait même d’être. En tant qu’étant, l’homme a tendance à refouler ou à oublier l’être, qui est la source spirituelle fondamentale qui l’habite. Celui-ci est présenté comme un concept trop vague pour être défini ; marqué par l’universalité et l’évidence, il ne mériterait pas que la réflexion s’attarde sur lui. Voulant remédier au laxisme de toute la tradition philosophique, Heidegger souhaite proposer une approche philosophique rigoureuse de l’appréhension de l’être que tout homme possède naturellement.

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Heidegger met en lumière l’affinité de l’être et du temps

L’être s’éprouve à travers la conscience que l’homme peut en avoir. D’après Heidegger, en effet, l’individu ne se rapporte pas au monde de la même manière qu’une simple chose (une pierre, une table) ou un animal, car il sait qu’il existe et qu’il mourra ; il pense son existence et en anticipe l’avenir. Il se caractérise ainsi comme un étant très particulier, dans la mesure où il a le souci de l’être. C’est en vertu de cette dimension exceptionnelle que l’homme est un Dasein (« être-là », en allemand). « Cet étant, écrit Heidegger, que nous sommes nous-mêmes et qui a entre autres la possibilité essentielle de questionner, nous le saisissons terminologiquement comme Dasein » (Être et Temps). Il est dès lors nécessaire de comprendre l’existence de l’homme, et donc le Dasein, pour tenter de résoudre la question de l’être en général. Le Dasein se définit fondamentalement par son ouverture au monde : il inscrit l’homme dans le monde en le préoccupant et en l’ouvrant à d’autres Dasein, lesquels se rapportent eux-mêmes au monde d’une manière particulière. Qu’il l’aime, qu’il le haïsse ou le fuie, l’individu a forcément une manière de se rapporter au monde. Parmi toutes celles possibles, Heidegger distingue plus précisément trois modes d’existence : l’être-au-monde, c’est-à-dire l’affairement dans la « banalité quotidienne » ; la compréhension, qui est projection vers le futur ; enfin, l’angoisse potentielle devant l’absurdité de la vie.

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L’être repose fondamentalement sur le temps. Heidegger a ressenti et exprimé l’affinité qui les unit, et en vertu de laquelle il n’est pas possible de parler de l’un sans parler de l’autre. Être, c’est être en train d’être ; c’est être présent. Le philosophe précise cependant que l’être n’est pas, comme les étant, dans le temps, mais qu’il est lui-même constitué par le temps. « Ce, explique-t-il, à partir de quoi le Dasein comprend implicitement en général quelque chose comme l’être est le temps » (Être et Temps). C’est plus particulièrement du temps vécu – par opposition au temps objectif mesuré scientifiquement – dont est fait le Dasein. Dans le détail, celui-ci consiste, pour Heidegger, dans la synthèse du passé, du présent et du futur, vers lesquels le sujet sort de lui-même pour prendre conscience de son être et se définir, avant de revenir à lui-même, dans son intériorité. Les trois modes d’existence que sont l’être-au-monde, la compréhension et l’angoisse témoignent de la temporalité du Dasein. Heidegger conçoit leur rapport au temps comme l’idéal de l’existence authentique. Pour conquérir celle-ci, l’homme doit assumer le vertige de sa liberté et de la contingence, vivre en agissant avec la pleine conscience de sa mort prochaine et se projeter dans le futur. L’existence inauthentique se caractérise en revanche par une attitude passive à l’égard du temps, celle de l’attente, décelable par exemple dans le bavardage et la curiosité.

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