L'être et le néant Sartre angoisse

L’être et le néant ne relèvent pas du phénomène. Jean-Paul Sartre ambitionne ainsi dans L’être et le néant de rétablir le vrai rapport de la conscience au monde. Il distingue pour cela trois situations de conscience : « l’être-en-soi », qui caractérise les êtres et les objets sans conscience ; « l’être-pour-soi », propre à l’homme, conscient de son existence et de sa liberté ; et « l’être pour autrui », quand l’individu se définit par l’empathie, en imaginant le jugement d’autrui.

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L’être et le néant semblent indissolublement liés. Sartre constate qu’étudier le rapport de l’homme au monde débouche inévitablement sur l’importance du non-être dans l’ambition de dévoiler l’être. Ressenti aux frontières de l’attente humaine, le non-être est à la source de diverses attitudes humaines ; il se retrouve dans beaucoup d’états d’esprit (le divertissement, l’absence, le regret, etc.), car il s’épanouit dans le cœur de l’être comme un ver – c’est pourquoi il est fondamental pour le comprendre. « Si la négation n’existait pas, écrit Sartre, aucune question ne saurait être posée, en particulier celle de l’être. Cette négation nous a renvoyé au néant comme son origine et son fondement. On s’est aperçu qu’on ne pouvait concevoir le néant en dehors de l’être » (L’être et le néant). Or, c’est le questionnement humain qui fait naître le néant dans le monde. Ce phénomène est révélateur de la liberté humaine dans la mesure où il modifie le rapport de l’homme au monde. Pour Sartre, l’angoisse est la conscience de cette liberté, l’incapacité du sujet à identifier en lui-même un déterminisme psychologique. Le monde propose de multiples remèdes qui permettent à l’homme de demeurer dans le confort de sa mauvaise foi, à l’instar du garçon de café qui, en adoptant une conduite typique de son métier, se dissimule la liberté abyssale qu’il a de se définir lui-même.

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Sartre éclaire l’être et le néant par l’intersubjectivité

L’être et le néant doivent être compris grâce à la conscience. Sartre affirme en effet que l’être ne se résume pas à l’apparition d’un phénomène, mais qu’il est appréhendé de manière spontanée par le sujet dans le dévoilement à sa conscience. Le philosophe analyse celle-ci en partant du Cogito de Descartes, puis en s’en émancipant. Cette méthode révèle que la conscience est factice : l’homme est jeté dans le monde dans des circonstances qu’il n’a pas choisies (il naît par exemple bourgeois, prolétaire, français, etc.), c’est-à-dire que sa conscience lui donne l’illusion de fixer son identité alors qu’elle est purement contingente. Ainsi, le sujet désire parce qu’il est dans la perpétuelle recherche de la fusion du pour-soi (sa conscience) et de l’en-soi (une essence), ce que seul Dieu peut réaliser. Sartre approfondit cette impossibilité à partir de la façon dont la conscience saisit le temps. Si le passé est révolu, il fige l’identité dans la conscience ; il crée l’en-soi, comme en témoigne l’épreuve de la mort. « Le repentir de la dernière heure, décrit le philosophe, est un effort total pour faire craquer tout cet être qui s’est lentement pris et solidifié pour nous. En vain ; la mort fige ce sursaut avec le reste » (L’être et le néant). Par définition évanescent, le présent fonde lui le pour-soi. Enfin, Sartre montre que le futur est du néant qui ne peut exister que par rapport à la conscience.

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L’être et le néant ont aussi un sens par rapport à autrui. Sartre explique que le sujet n’est pas spontanément certain de l’existence de l’autre parce qu’il lui apparaît d’abord en tant que corps – incapable d’accéder à sa conscience, il le considère comme un objet, et réciproquement. Autrui devient ensuite davantage que l’individu physique rencontré empiriquement ; c’est le sujet dont l’existence se révèle par une forme de transcendance. C’est plus précisément lorsque je réalise qu’autrui me perçoit comme objet que le saisis comme sujet. Cette révélation est rendue possible par le regard. « Par le regard, pose Sartre, je suis possédé par autrui, son regard façonne mon corps dans sa nudité, le fait naître, le produit comme il est, le voit comme je ne le verrai jamais. […] Autrui est pour moi à la fois ce qui m’a volé mon être et ce qui fait qu’il y a un être qui est mon être » (L’être et le néant). Deux attitudes sont alors possibles face à la désintégration du sujet comme objet dans le regard de l’autre. Il peut tout d’abord récupérer son être en s’emparant de la liberté de l’autre, ce qui est le propre de la passion amoureuse – elle donne à l’être aimé le sentiment que son existence est justifiée. Le sujet peut aussi refuser de voir l’autre comme sujet et le réduire à un objet, ce qui caractérise, selon Sartre, le désir et la haine.

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