La fabrication du consentement Noam Chomsky Edward Herman

La fabrication du consentement permet d’asseoir le pouvoir. Noam Chomsky et Edward Herman mettent en évidence dans La fabrication du consentement l’existence d’une propagande visant à diffuser la vision du monde des dominants. Bien loin de constituer un « quatrième pouvoir » en démocratie, les médias feraient donc régner une forme particulière de désinformation qui servirait les intérêts des élites politiques et économiques.

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La fabrication du consentement repose sur la connivence du pouvoir et des médias. Pour Chomsky et Herman, cette relation privilégiée est tout d’abord entretenue par la prédominance des sources officielles. En effet, les médias protègent leur image d’objectivité en tirant leur information de sources qui peuvent être présentées comme au-dessus de tout soupçon. Ce choix a aussi un fondement économique : préférer des sources présélectionnées réduit les coûts d’enquête, alors qu’un travail journalistique minutieux est beaucoup plus long et plus onéreux. Concentrant leur enquête sur les États-Unis, Chomsky et Herman soulignent que la Maison-Blanche, le Pentagone et le département d’État à Washington sont les épicentres de la production de l’information labellisée. Les grandes entreprises sont également des producteurs réguliers d’informations jugées crédibles, c’est-à-dire dignes d’être publiées. « En matière de relations publiques et de propagande, écrivent les auteurs, seul le monde des affaires dispose des moyens de rivaliser avec le Pentagone et les autres services gouvernementaux » (La fabrication du consentement). Les sources les plus puissantes contrôlent également les médias en les subventionnant directement ou indirectement. Ainsi, l’État américain (notamment les départements de l’armée) les fait bénéficier de ses largesses financières, ce qui lui garantit un accès privilégié et même un droit de regard sur la production de l’information.

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Chomsky expose les techniques de la fabrication du consentement

La fabrication du consentement passe aussi par le contrôle de l’expertise. Quand les sources les plus puissantes n’inondent pas simplement les médias d’informations biaisées, elles leur livrent des « experts » indépendants seulement en apparence. En effet, ceux-ci sont souvent rémunérées comme consultants, comme employés de think tanks, ou par le biais du financement de leurs recherches. Chomsky et Herman évoquent ainsi la création d’une communauté d’experts comme une technique de propagande mise en œuvre à grande échelle en toute connaissance de cause. Ils affirment plus précisément que les industriels américains ont appliqué cette formule à partir des années 1970 et 1980 en s’attachant les services de milliers d’intellectuels pour les catapulter dans les médias. Les anciens radicaux forment une catégorie d’experts qui se distingue par sa servilité à l’égard du pouvoir. « Dans un pays, écrivent Chomsky et Herman, où les citoyens accordent de la valeur aux notions de révélation et de repentance, ceux qui retournent leur veste y gagnent une auréole de pécheurs pénitents » (La fabrication du consentement). L’industrie de l’information a notamment usé de cet artifice pour décrédibiliser les sensibilités politiques dissidentes. À l’époque du maccarthysme, par exemple, des transfuges et des communistes repentis étaient propulsés de la marginalité aux feux de la rampe, où ils se contentaient d’exciter la peur de la population à l’encontre de l’URSS.

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La fabrication du consentement consiste dans le filtrage de l’information. Chomsky et Herman théorisent ce mécanisme avec un « modèle de propagande » comportant cinq filtres. Le premier est la dimension économique du média. En effet, les moyens permettant de couvrir ses coûts dépendent de sa taille, de son actionnariat et de son orientation lucrative. Les médias les plus puissants forment ainsi une strate supérieure qui produit et diffuse une information sélectionnée vers les strates inférieures et le public. « […] les groupes multimédias dominants, écrivent Chomsky et Herman, sont donc de très grosses entreprises, contrôlées par des gens très riches ou des administrateurs sous étroite surveillance de propriétaires et autres forces orientées vers le profit » (La fabrication du consentement). Ensuite, le deuxième filtre est le poids de la publicité : un système médiatique dominé par la publicité marginalise les organes financés par leurs seules ventes et réticents à orienter leur message dans un sens favorable aux annonceurs. Le troisième filtre est le poids des sources jugées les plus crédibles qui sélectionnent et formatent l’information pour les journalistes. Le quatrième filtre réside dans les contre-feux (divers types d’organisations, voire d’individus) qui ont pour fonction de faire pression sur certains médias sortis du rang, ou sur certaines lignes éditoriales. Enfin, un cinquième filtre peut être vu dans le filtre idéologique principal de la société (comme l’anticommunisme, ou la guerre contre le terrorisme).

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