falsification Karl Popper La logique de la découverte scientifique

La falsification permet de se rapprocher de la vérité. Karl Popper affirme ainsi dans La logique de la découverte scientifique que l’accroissement des connaissances scientifiques est seulement possible grâce à la démarche consistant en conjectures et réfutations successives. Dans cette perspective, une loi véritablement scientifique ne peut pas être vérifiée, elle doit toujours être réfutable (ou falsifiable).

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La falsification part d’une critique de l’induction. Consistant à raisonner du particulier vers le général, la méthode inductive est qualifiée par Karl Popper de « mythe ». Le philosophe avance que la découverte scientifique ne peut pas, en toute rigueur, s’appuyer sur cette méthode, car seul un dénombrement infini d’énoncés particuliers (par définition impossible) permettrait de confirmer une théorie générale. Il considère même que l’induction n’existe pas à proprement parler dans la mesure où, d’une part, toute observation est forcément biaisée et, d’autre part, toute justification d’un principe d’induction sombre irrémédiablement dans la régression à l’infini. En effet, « pour le justifier, explique Karl Popper, nous devrions pratiquer des inférences inductives et pour justifier ces dernières nous devrions assumer un principe inductif d’un ordre supérieur et ainsi de suite » (La logique de la découverte scientifique). Il ne sert donc à rien d’accumuler des faits qui s’accordent avec une théorie universelle pour prétendre en identifier les pouvoirs de description. Ces faits confirment la théorie, mais ils ne la « corroborent » pas, c’est-à-dire qu’ils ne la rendent pas probablement vraie (dans la terminologie de Karl Popper). Le trader philosophe Nicholas Nassim Taleb a popularisé l’exemple le plus célèbre de la critique de l’induction, le cygne noir : la découverte d’un seul animal de cette couleur en Australie a suffi à mettre fin à la croyance inattaquable de l’Ancien Monde que tous les cygnes étaient blancs.

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Karl Popper définit la science grâce à la falsification

La falsification repose sur la prépondérance de l’hypothèse sur l’expérience. Puisqu’il n’est pas possible de rechercher la vérité en raisonnant par induction, il ne faut pas observer passivement la nature, mais commencer par faire des conjectures à propos des phénomènes, même si elles semblent a priori éloignées des résultats de l’observation. C’est seulement dans un second temps que Karl Popper admet l’utilité de l’expérience, dans le but de tester la validité de l’hypothèse : si le test n’infirme pas la conjecture, alors celle-ci peut être considérée comme temporairement vraie ; en cas d’infirmation, la recherche se poursuit en réadaptant l’hypothèse, puis en la soumettant à des tests de plus en plus sévères et précis, et ainsi de suite. Par conséquent, les hypothèses successives se rapprochent de la vérité par essais et erreurs. La falsification consiste donc à effectuer des tests reproductibles pour mettre à l’épreuve les hypothèses de départ. « L’on doit considérer une théorie comme falsifiée, écrit Karl Popper, que si nous découvrons un effet reproductible qui la réfute » (La logique de la découverte scientifique). Dès lors, la vérité n’existe que sur un mode négatif et temporaire. Le chercheur ne peut en effet avoir de certitude que sur ce qui est faux (comme l’énoncé « le cygne est un animal blanc »), non pas sur ce qui est vrai ; c’est pourquoi il doit distinguer la vérité de la certitude.

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La falsification permet d’identifier les disciplines qui sont véritablement scientifiques. Pour Karl Popper, la science authentique progresse en mettant à jour de nouvelles connaissances sur le mode de l’incertitude. Cette conception du processus scientifique présuppose qu’une théorie soit falsifiable, c’est-à-dire qu’elle fasse des prédictions suffisamment claires et inambiguës pour qu’il soit possible de vérifier leur correspondance avec la vérité. « Une théorie qui n’est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique, formule Popper. Pour les théories, l’irréfutabilité n’est pas (comme on l’imagine souvent) vertu mais défaut » (Conjectures et réfutations). C’est dans cette perspective que Karl Popper condamne les disciplines, ou idéologies, comme le marxisme et la psychanalyse, qui se prémunissent contre la falsification. Dans le marxisme, par exemple, le primat absolu donné à la dimension économique et la division de la société en deux classes hétérogènes caricaturent toute interprétation concurrente comme un discours légitimateur de l’idéologie bourgeoise ; dans la psychanalyse, de même, l’inconscient permet de dire que les intentions véritables, mais dissimulées, de l’individu sont toujours conformes à la théorie. En comparaison, la relativité d’Einstein a produit des prédictions précises et quantifiées qu’une seule expérience pourrait ruiner. Ainsi, la falsification implique que les théories qui ne peuvent pas être mises en défaut par l’expérience ne sont pas véritablement scientifiques, ce qui fragilise tout particulièrement les sciences humaines.

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