Fukuyama La fin de l’histoire et le dernier homme

La fin de l’histoire advient avec la chute du communisme. Francis Fukuyama affirme dans La fin de l’histoire et le dernier homme que la fin de la Guerre froide constitue la victoire du libéralisme sur les idéologies concurrentes. Cette fin de l’histoire ne signifie pas la fin des conflits et des troubles, mais elle pose l’idéal de la démocratie libérale comme horizon indépassable de l’humanité.

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La fin de l’histoire présuppose qu’elle a un sens. Fukuyama défend cette thèse en reprenant à son compte la philosophie de l’histoire de Hegel. Dans la fameuse dialectique du maître et de l’esclave, l’homme est poussé par son besoin fondamental de reconnaissance à s’engager dans une lutte à mort contre son semblable ; or, c’est cette conflictualité qui enclenche le mouvement historique. La guerre et la science sont pour le philosophe la preuve de cette dynamique. Jusqu’à l’époque classique, l’innovation militaire était si importante pour des États dans une insécurité permanente qu’elle se diffusait naturellement ; puis l’émergence de la méthode scientifique a rendu considérables les avantages obtenus par les premiers acteurs à adopter l’innovation. Fukuyama montre que ce développement scientifique est dépendant d’un environnement qui fait converger toutes les sociétés vers un même modèle. « Si nous en sommes à présent, écrit-il, au point de ne pouvoir imaginer un monde substantiellement différent du nôtre, dans lequel aucun indice ne nous montre la possibilité d’une amélioration fondamentale de notre ordre courant, alors il nous faut prendre en considération la possibilité que l’histoire elle-même puisse être à sa fin » (La fin de l’histoire et le dernier homme). Ainsi, pour Fukuyama, le progrès enclenché par la science a progressivement éliminé les contradictions fondamentales des sociétés humaines.

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Fukuyama identifie la fin de l’histoire dans l’avènement du libéralisme

La fin de l’histoire correspond à la victoire du libéralisme économique. Pour Fukuyama, en effet, le progrès des sciences physiques a entraîné la libération de l’activité économique parce que l’incorporation de l’innovation requiert une industrie performante. Or, la propriété privée étant probablement le meilleur levier de l’efficacité économique, le capitalisme s’est révélé le meilleur système pour faire bénéficier les peuples du progrès scientifique. La progression de ce système semble dès lors devoir se poursuivre dans le monde entier. « Ce que le miracle économique asiatique d’après-guerre démontre, affirme Fukuyama, c’est que le capitalisme est une voie pour le développement économique qui est potentiellement accessible à tous les pays » (La fin de l’histoire et le dernier homme). Ainsi, le fait que le sous-développement ne soit pas un obstacle irrémédiable et que les pays développés ne puissent pas bloquer les pays en retard témoigne de la capacité du capitalisme à se répandre grâce aux principes libéraux que sont la propriété privée et les lois du marché. En pratique, de surcroît, la chute du communisme, le recul des États totalitaires en Europe, des dictatures militaires en Amérique latine, et la conversion de la Chine à l’économie de marché constituent pour Fukuyama des victoires éclatantes pour le libéralisme économique. Le capitalisme apparaît alors comme la seule organisation rationnelle de la production et de la consommation.

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La fin de l’histoire propage le libéralisme politique. Dans l’analyse de Fukuyama, le thymos, ce besoin de reconnaissance moteur de l’action humaine, trouve enfin dans la démocratie un régime politique capable de le satisfaire. En mettant fin au pouvoir des maîtres (les aristocrates et les despotes) et en proclamant l’égalité de tous, elle permet à chacun d’assouvir son désir d’être reconnu. Couplée au capitalisme, elle fournit surtout un exutoire aux individus dotés d’un fort thymos, auxquels la diversité et l’infinité des activités économiques offrent un champ d’action. Autrement dit, Fukuyama montre qu’en détournant les hommes les plus dangereux par leur ambition de la sphère politique, le libéralisme économique rend possible la démocratie libérale, un système stable qui garantit les libertés individuelles. Cette fin de l’histoire marque l’avènement du dernier homme. « Pour Nietzsche, écrit Fukuyama, l’homme démocratique était entièrement composé de désir et de raison, habile à trouver de nouvelles ruses pour satisfaire une foule de petits désirs grâce aux calculs d’un égoïsme à long terme. Mais il manquait complètement de mégalothumia, se satisfaisant de son bonheur mesquin et étant hors d’état de ressentir la moindre honte de son incapacité à s’élever au-dessus de ses désirs » (La fin de l’histoire et le dernier homme). Ainsi, le dernier homme est médiocre, mais il est la figure inéluctable de la fin de l’histoire, la seule possible.

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