Charles de Gaulle France Mémoires de guerre

La France est une nation exceptionnelle. En effet, Charles de Gaulle affirme dans ses Mémoires de guerre être persuadé que la providence la voue à la grandeur, à un destin hors du commun, dans le succès comme dans l’échec. Dès lors, la place naturelle de cette nation élue serait le premier rang, où le général cherchera à la ramener dans les circonstances les plus adverses.

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La France est le résultat d’une éducation. La conception de Charles de Gaulle prend sa source dans son éducation et sa formation intellectuelle : « Toute ma vie, affirme-t-il, je me suis fait une certaine idée de la France… » (Mémoires de guerre). Au sein d’une famille d’intellectuels érudits et loyalistes d’une pudeur sévère, il se passionnait en effet pour l’histoire de son pays et s’imprégnait de ses mythes et symboles. Si son père, monarchiste de regret, professeur de grec, latin et français chez les Jésuites, lui communiquait son sentiment de la dignité de la France, l’idée de la France du jeune Charles s’est progressivement détachée de celle de son père en devenant plus républicaine et moins nostalgique – la Révolution française, tout particulièrement, n’était plus la cible désignée des regrets historiques. La matière de ses réflexions forme un ensemble hétéroclite, des mystiques Charles Péguy, produit de la méritocratie républicaine, et Henri Bergson, aux nationalistes Maurice Barrès et Jacques Bainville, en passant par les catholiques René de La Tour du Pin et Albert de Mun. Plutôt traditionnelles, ces fondations intellectuelles ne sont cependant ni immuables ni incontournables, car, animé par une curiosité intellectuelle en tension constante, Charles de Gaulle a énormément fait fructifier sa culture politique tout au long de sa vie.

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Charles de Gaulle voit la France comme une nation unie et indépendante

La France doit être une nation unie. Libre de toute doctrine, l’action politique du général n’avait que les intérêts nationaux pour seule raison d’être. Pour Charles de Gaulle, la nation française, entité abstraite, est une et indivisible, ou elle n’est pas. Ainsi, elle est menacée par tout ce qui est susceptible de monter ses citoyens les uns contre les autres : les intérêts particuliers, les partis, les idéologies, etc. « […] le côté positif de mon esprit me convainc, écrit de Gaulle, […] que seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple [celui de la France] porte en lui-même […] » (Mémoires de guerre). L’obsession de l’unité nationale explique, chez le général, une certaine distance vis-à-vis de l’élection ainsi qu’une méfiance à l’égard des élites. Dans son esprit, plus précisément, la nation et les idéologies sont incompatibles : une nation est la collectivité suprême, définie par son territoire, son histoire, soudée par l’intérêt, sa culture et ses héros. Cette perspective conduit Charles de Gaulle à condamner le rôle des partis politiques, et en particulier celui des communistes. Il souhaite plus fondamentalement faire reculer l’individualisme devant la solidarité nationale. Cette intransigeance l’entraîne parfois à se confondre avec l’entité sublime et à évaluer tout désaccord avec sa personne comme une atteinte à la liberté nationale.

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La France doit être indépendante. Cette ambition a donné une lourde tâche à Charles de Gaulle dans la France de l’après-guerre, dévastée et avilie par l’occupation, cause de profondes dissensions. Se satisfaisant de l’efficacité de la reconstruction et de l’absence de troubles au lendemain de la Libération, il en concluait que cette situation devait garantir à la nation son indépendance : « Les alliés et les neutres ne pouvaient plus tarder davantage à donner une forme normale à leurs relations avec nous » (Mémoires de guerre). Une indépendance véritable paraissait cependant utopique dans un monde désormais bipolaire. Qu’à cela ne tienne, le général a mené la politique extérieure de la France dans le but d’abattre la tutelle de ses imposants alliés : le développement et l’acquisition de l’arme atomique (à partir de 1960), la sortie du commandement intégré de l’OTAN (en 1966), la reconnaissance de la Chine maoïste (en 1964), le refus du projet d’une Europe supranationale et de diverses alliances sont autant de coups d’éclat qui attestent de la primauté de la souveraineté de la nation française. Fréquemment dépeint par l’extérieur comme un trublion nationaliste, Charles de Gaulle était, de surcroît, taxé d’antiaméricanisme et d’euroscepticisme. La philosophie diplomatique de son combat pour l’indépendance était pourtant fort simple : les nations sont les réalités qui s’affrontent en recourant à la force et à la ruse.

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