Galaxie Gutenberg Marshall McLuhan

La galaxie Gutenberg désigne l’univers de la presse imprimée. Marshall McLuhan avance dans La galaxie Gutenberg que le développement de cet univers témoigne des profonds bouleversements culturels engendrés par l’apparition de nouvelles technologies médiatiques. Il craint cependant que la culture de l’image installée par la propagation des supports audiovisuels du XXe siècle ne ramène l’humanité à un stade préalphabétique.

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La galaxie Gutenberg résulte de l’évolution des supports médiatiques. Marshall McLuhan affirme en effet que la mutation des canaux, ou technologies de transmission de l’information, a une profonde incidence, après une période initiale d’assimilation, sur la manière dont l’individu se rapporte au monde, et partant sur ce qu’il choisit d’y faire. Sur la longue durée, la forme de la pensée du sujet se calquerait même sur celle du média prédominant, c’est-à-dire que les mentalités s’ajusteraient à la technique. « Les effets des nouveaux media sur notre vie sensorielle sont similaires, avance McLuhan, aux effets de la nouvelle poésie. Ils changent non pas nos pensées, mais la structure de notre monde » (La galaxie Gutenberg). Dans le détail, le sociologue distingue les médias et leur formatage de l’intelligence humaine selon leur « température ». Les « médias chauds » comme l’imprimerie, la radio, et le cinéma mobilisent intensément un sens particulier parce qu’ils diffusent des informations précises sans nécessiter la participation de l’individu ; en revanche, les « médias froids » comme la parole orale, le téléphone et la télévision font appel à plusieurs sens en transmettant peu d’information et en requérant la participation active du public. S’intéressant à la hiérarchie de ces médias, McLuhan met en évidence le passage d’une civilisation principalement orale, celle des sociétés archaïques jusqu’au Moyen Âge, à une civilisation de l’écrit.

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McLuhan prédit la dissolution de la galaxie Gutenberg

La galaxie Gutenberg consiste en l’avènement de l’écrit. Marshall McLuhan considère que l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au XVe siècle est le progrès technique qui a transformé la civilisation occidentale. Elle aurait causé une mutation anthropologique en bouleversant la hiérarchie des sens : la vue a progressivement supplanté l’ouïe ; or, ce sens favorise un rapport rationnel au monde en incitant le sujet à segmenter l’espace par la pensée. L’écrit, plus précisément, a développé l’intelligence logique, car le mot constitue un outil servant à interpréter le réel. S’il coupe l’homme de la nature en excluant les sens qui l’y reliaient, il ne réussit cependant pas à faire taire complètement l’ouïe – d’où une schizophrénie entre deux formes de pensée. Le monde de « l’homme typographique » est néanmoins d’autant plus rationnel qu’il dispose de la possibilité technique d’accumuler le savoir par l’externalisation du stockage de l’information. « La typographie, écrit McLuhan, a fait du langage un article de consommation facile à transporter » (La galaxie Gutenberg). Très malléable, le livre invite l’homme à une activité intellectuelle solitaire où il se replie sur lui-même, de telle sorte que l’écrit serait le support médiatique de l’individualisme moderne. À l’instar de l’espace matériel, la société est désormais segmentable et quantifiable par l’homme typographique. Pour McLuhan, la galaxie Gutenberg, et plus particulièrement le tirage de l’imprimé à grande diffusion, a par exemple rendu possible l’uniformisation par les nationalismes.

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La galaxie Gutenberg est remplacée par la « galaxie Marconi[1] ». L’apparition des technologies liées à l’électricité entraîne selon Marshall McLuhan une mutation civilisationnelle comparable à celle vécue par les hommes de la fin du Moyen Âge. C’est d’ailleurs cette mutation, le passage de l’âge de l’écrit à un nouvel âge de l’oralité, qui est à l’origine de la réflexion du sociologue. Sur le plan des sens, elle renverse à nouveau la hiérarchie de l’ouïe et de la vue au profit de celle-là, car le remplacement du journal par la radio et du livre par la télévision reconstitue le rapport de l’individu au monde. L’homme typographique né lors de la Renaissance laisserait progressivement place à un nouvel homme, plus proche, sous certains aspects, de l’homme auditif des sociétés traditionnelles. Cependant, le retour à l’oralité n’est pas instantané. McLuhan estime que les sociétés de consommation occidentales sont encore dans une période de transition, où l’esprit est nécessairement engourdi par la discordance entre les conditions technologiques et les mentalités. La cohérence sera rétablie lorsque des penseurs accoucheront du nouveau paradigme, comme l’avait fait Montaigne pour l’homme typographique en peignant l’âme individuelle dans ses Essais. Ce nouvel âge de l’oralité se distingue principalement du précédent par la globalisation des messages par les médias de masse : « L’interdépendance nouvelle qu’impose l’électronique recrée le monde à l’image d’un village, conclut McLuhan » (La galaxie Gutenberg).

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[1] Guglielmo Marconi est considéré comme l’inventeur de la radio.