Grammaire universelle Noam Chomsky Structures syntaxiques

La notion de grammaire universelle s’oppose aux conceptions behavioristes du langage. Quand celles-ci affirment qu’une langue s’apprend elle aussi par essais, erreurs et récompenses successives, en imitant un modèle (l’adulte pour l’enfant), Noam Chomsky montre dans Structures syntaxiques que cet apprentissage ne peut pas être réduit à un répertoire de réponses à des stimuli, car chaque phrase est une combinaison de mots potentiellement inédite.

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La grammaire universelle repose sur une conception de la grammaire. Le point de départ de Noam Chomsky est la distinction entre, d’une part, la « compétence linguistique », l’usage idéal de la langue et, d’autre part, la « performance linguistique », qui est l’usage de la compétence dans les faits. S’intéressant à la première, il définit alors la grammaire et la syntaxe : la grammaire est la description du fonctionnement d’une langue, et la syntaxe est plus précisément un ensemble de règles et de principes qui ordonnent les signes entre eux pour former une phrase. En les analysant, le linguiste montre qu’elles fournissent à la phrase la structure profonde dont découle l’interprétation sémantique. Elles constitueraient dès lors un véritable système permettant de générer les phrases, la « grammaire générative ». « Une grammaire, écrit Noam Chomsky, prétend être une description de la compétence idéale du locuteur. Si elle est par ailleurs explicite – en d’autres termes, si elle ne repose pas sur la compréhension intelligente du lecteur, mais fournit plutôt une analyse explicite de sa contribution – alors nous pouvons (peut-être de manière redondante) l’appeler une grammaire générative »[1] (Structures syntaxiques). Ainsi, une grammaire est davantage que ce que suggère son sens traditionnel : elle est le modèle de la compétence linguistique.

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La grammaire universelle de Chomsky est inscrite dans les neurones

La grammaire universelle donne un fondement biologique au langage. Noam Chomsky constate que, très tôt et avant tout apprentissage formel, l’enfant se révèle capable de comprendre et même de formuler tout à fait correctement des phrases qu’il n’a jamais entendues. La rapidité et l’uniformité de ce processus d’acquisition du langage, ainsi que la complexité de ce qui est appris, impliquent que l’enfant dispose naturellement d’un équipement qui le guide dans l’élaboration de la grammaire de sa langue. En effet, la structure de la langue « ne saurait être apprise, écrit Chomsky, par un organisme qui ne disposerait d’aucune information préalable sur son caractère général » (Structures syntaxiques). Le linguiste fait alors l’hypothèse que la structure universelle propre à l’organisation du langage serait innée. Plus précisément, l’individu hériterait, grâce à son appartenance à l’espèce humaine, d’un dispositif cognitif d’acquisition des langues. C’est ce dispositif que Noam Chomsky nomme la « grammaire universelle », génétiquement encodée dans les circuits cérébraux, qui permet à l’enfant de savoir choisir la phrase conforme à la structure profonde de sa langue. Elle est universelle parce qu’elle s’appuie sur un ensemble de règles et des principes syntaxiques partagés par toutes les langues. Autrement dit, le cerveau de l’enfant serait capable, dès la naissance, de comprendre toutes les langues parce qu’il appréhende leurs structures syntaxiques.

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La grammaire universelle implique l’indépendance de la production de la syntaxe. Autrement dit, les capacités sémantiques, syntaxiques, et phonologiques seraient séparées. Permettant de générer des discours structurés, la grammaire universelle générerait la syntaxe sans l’intervention du système sensori-moteur à l’origine du son ni celle du système cognitif producteur du sens. Pour Noam Chomsky, « la connaissance d’une langue implique la capacité d’attribuer à un ensemble infini de phrases une structure superficielle et une structure profonde, de lier correctement ces structures et de donner une interprétation sémantique et une interprétation phonétique aux structures superficielles et profondes associées » (Le langage et la pensée). Par conséquent, connaître une langue se résume à posséder une grammaire génératrice de l’ensemble infini des structures profondes potentielles, lesquelles peuvent ensuite être interprétées de manière sémantique ou phonétique. Ce seraient ces deux interprétations qui distinguent les différentes langues, le langage étant déjà préorganisé dans la structure neuronale du cerveau avant que l’environnement ne vienne sculpter les contours de ce réseau en une langue particulière. À partir des années 1990, Noam Chomsky fait évoluer cette thèse en se concentrant sur la plasticité neuronale grâce à laquelle seraient produits un grand nombre de concepts, auxquels le cerveau associe ensuite un son. Dans cette nouvelle théorie, les règles de la grammaire ne sont pas créées par les facultés langagières innées du cerveau, elles ne sont que des effets secondaires du fonctionnement du langage.

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[1] Traduction de 1000 idées de culture générale.