Le grand échiquier Zbigniew Brzezinski

La primauté mondiale est l’enjeu du grand échiquier. Comparant la géostratégie à une partie d’échecs, Zbigniew Brzezinski met en évidence dans Le grand échiquier la situation centrale du continent eurasiatique, dont le contrôle garantit la domination de la planète. Dès lors, la politique étrangère américaine doit y utiliser toute son influence pour y créer un équilibre durable dont elle serait l’arbitre.

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Le grand échiquier doit préserver l’hégémonie des États-Unis. Zbigniew Brzezinski montre que l’Amérique a connu une ascension rapide vers la suprématie mondiale, dont son entrée dans la Première Guerre mondiale a constitué la première manifestation. La Seconde Guerre mondiale a mis fin à l’ère de domination européenne sur les relations internationales ; puis l’Union soviétique a succombé à ses difficultés économiques et sociales après cinquante années de guerre froide. Les États-Unis sont ainsi devenus la première puissance globale de l’histoire grâce leur organisation supérieure, leur capacité à mobiliser sans délai d’importantes ressources économiques et technologiques, la séduction de son mode de vie et le dynamisme de ses élites. « À l’attrait que présente le système politique américain et son influence, écrit Zbigniew Brzezinski, vient s’ajouter la séduction exercée par le modèle de la libre entreprise et ses corollaires : le libre-échange et la concurrence » (Le grand échiquier). Plus globalement, aucune puissance ne peut rivaliser avec l’Amérique dans les domaines militaire, économique, technologique et culturel. Pour Zbigniew Brzezinski, l’hégémonie américaine repose d’une part sur une domination culturelle (culture de masse, langue, universités, etc.), et d’autre part sur un certain ordre international avec un système de sécurité collective, des organismes de coopération économique régionale, et diverses institutions de coopération mondiale.

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Zbigniew Brzezinski décrit les enjeux stratégiques du grand échiquier

L’Eurasie est la clé du grand échiquier. « Pour l’Amérique, affirme Zbigniew Brzezinski, l’enjeu géopolitique principal est l’Eurasie » (Le grand échiquier). Si ce continent est le plus grand, le plus peuplé et le plus riche, il est cependant trop vaste et trop divers pour être soumis à quiconque. L’Amérique doit donc en identifier les acteurs géopolitiques, soit les États dotés d’une capacité et d’une volonté nationale suffisantes pour exercer leur puissance et leur influence au-delà de leurs frontières (France, Allemagne, Russie, Chine, et Inde) ; et les pivots géopolitiques, soit les États dont l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle (Ukraine, Azerbaïdjan, Corée, Turquie et Iran). En pratique, Zbigniew Brzezinski préconise à l’Amérique de se servir de l’Europe comme de sa tête de pont géostratégique. En effet, le continent, en perte de vitalité et largement dépendant des États-Unis pour sa sécurité, fournit aujourd’hui un tremplin à l’expansion de la démocratie vers l’est du continent. Les deux architectes de l’Europe que sont la France et l’Allemagne doivent être traités avec une attention particulière. La finalité globale de cette stratégie est d’élargir le système international de coopération démocratique à toute l’Europe. Zbigniew Brzezinski plaide donc en faveur de l’intégration des États les plus stables et les plus développés de l’Europe centrale à l’Europe, au système de sécurité transatlantique, et à l’OTAN.

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Le grand échiquier présente plusieurs zones à risque. Zbigniew Brzezinski explique que l’effondrement de l’URSS a créé un vide politique au cœur même de l’Eurasie. La Russie a plus précisément perdu les États baltes, l’Ukraine, et les richesses de l’Asie centrale. Pour autant, « elle reste, est-il besoin de le préciser, un joueur de premier plan » (Le grand échiquier). Ayant des divergences trop profondes avec l’Amérique, elle pourrait former une aire de puissance avec ses proches voisins ou une coalition en Eurasie (notamment avec la Chine et l’Iran). En définitive, la coopération avec l’Europe est la seule perspective qui lui permettra de retrouver un rôle international et d’engager sa modernisation. Autre zone à risque, les Balkans eurasiens présentent surtout, selon Zbigniew Brzezinski, un intérêt économique (gaz, pétrole, minerais, etc.). La vacance du pouvoir et leur qualité de creuset ethnique nourrissent un conflit aux multiples facettes, où sont impliqués de manière directe la Russie, la Turquie, l’Iran et de plus en plus la Chine ; et de manière indirecte l’Ukraine, le Pakistan, l’Inde, et la lointaine Amérique. Enfin, la politique américaine relative à l’Eurasie a besoin d’un point d’ancrage en Extrême-Orient, ce pour quoi les États-Unis doivent rester proches du Japon et de la Chine malgré leurs réticences. Pour Zbigniew Brzezinski, l’Amérique a donc intérêt à trouver un compromis géostratégique : contenir tant le Japon que la Chine, afin de favoriser la création d’un équilibre entre les puissances en Asie orientale.

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