La Grande Désillusion Joseph Stiglitz FMI

La grande désillusion naît de l’inefficacité de la gestion de la mondialisation. Joseph Stiglitz avance dans La Grande Désillusion que les institutions internationales dévolues à cette gestion privilégient l’intérêt des États-Unis, alors qu’elles ont pour mission affichée de protéger et d’aider les plus faibles. Passé par la Banque mondiale de 1997 à 2000, le prix Nobel d’économie de 2001 a donc connu de l’intérieur le dogmatisme et la dangerosité économique de ces institutions qu’il dénonce avec virulence.

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La grande désillusion trouve son origine dans un aveuglement idéologique. Joseph Stiglitz accuse le FMI et le département du Trésor américain d’avoir fondé leurs politiques sur le dogme libéral de l’infaillibilité du marché. Il pointe plus précisément du doigt le « consensus de Washington », cet ensemble de réformes recommandées par le FMI et la Banque mondiale et imposées aux pays requérant une assistance financière. Issu de l’expertise prétendument scientifique des économistes de ces institutions, il repose en réalité sur des théories remises en cause depuis les années 1970, notamment par l’économie de l’information dont Joseph Stiglitz est un des principaux représentants. Ce courant a montré que le marché est rendu inefficace par l’asymétrie d’information, c’est-à-dire lorsque l’information nécessaire à la prise de décision est mal répartie entre les agents. Or, les institutions dénoncées par le prix Nobel n’ont pas pris en compte ce résultat ; bien au contraire, elles s’uniformisent du point de vue idéologique en promouvant le fantasme de la perfection du marché et la peur de l’inflation, injustement assimilée à l’hyperinflation. Néanmoins, cet aveuglement s’explique aussi en partie par l’influence d’intérêts privés et du carriérisme sur les décisions économiques. « La prise de décision, écrit Joseph Stiglitz, […] était fondée, semblait-il, sur un curieux mélange d’idéologie et de mauvaise économie, un dogme qui parfois dissimulait à peine des intérêts privés » (La Grande Désillusion).

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La grande désillusion résulte de flagrants échecs économiques. Joseph Stiglitz affirme que les politiques imposées par le FMI et la Banque mondiale se sont révélées très nuisibles. La libéralisation des mouvements de capitaux et la financiarisation à outrance ont même suscité des crises économiques. « …avec le recul, dénonce l’économiste, les choses sont claires. Les mesures du FMI n’ont pas seulement exacerbé la crise, elles l’ont aussi en partie provoquée : sa cause principale a probablement été la libéralisation trop rapide des marchés financiers » (La Grande Désillusion). C’est notamment contre les erreurs commises en Russie et en Asie par le FMI et le département du Trésor américain que Joseph Stiglitz pousse un cri de colère. Dans le premier cas, par exemple, ce n’est pas la rémanence du soviétisme qui explique la crise des années 1990, mais le triptyque stabilisation-libéralisation-privatisation de la « thérapie de choc » voulue par Boris Eltsine, dont a découlé un fort accroissement de la pauvreté et des inégalités. La crise économique asiatique de 1997 a également été consécutive à l’application scrupuleuse du « consensus de Washington ». Joseph Stiglitz enfonce le clou en montrant que des pays qui ont refusé ces politiques, comme la Chine ou la Malaisie, s’en sont mieux sortis. Ayant eu le courage de résister aux pressions du Trésor américain et de ses alliés, ils ont introduit des contrôles de capitaux et des changes qui les ont protégés de la tempête financière.

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La grande désillusion appelle une refondation de l’ordre économique mondial. Si la critique menée par Joseph Stiglitz peut le faire passer pour un contestataire de la mondialisation, il précise cependant qu’il n’en est rien, car il appelle plutôt de ses vœux une autre mondialisation. « Je suis persuadé, avoue le prix Nobel, que la mondialisation […] peut être une force bénéfique, qu’elle est potentiellement capable d’enrichir chaque habitant de la planète, en particulier les plus pauvres. Mais je suis convaincu aussi que pour qu’elle le fasse réellement, la façon dont on l’a gérée doit être radicalement revue » (La Grande Désillusion). Des initiatives sont déjà allées dans ce sens. Joseph Stiglitz imagine par exemple que le Fonds monétaire asiatique qui émergeait en 1997 aurait pu contenir la crise financière de la région, mais l’institution a été tuée dans l’œuf par le FMI et le Trésor américain, une obstruction qui a créé beaucoup de rancœur en Asie. Il plaide par conséquent pour le démembrement des institutions internationales qui rendent la mondialisation instable et inégalitaire, et pour leur remplacement par des institutions régionales et impartiales, comme des fonds monétaires asiatique et européen. Plus fondamentalement, les institutions internationales qui gèrent la mondialisation doivent prendre acte du fait que les asymétries d’information rendent caduques les théories du marché et les prescriptions du FMI. Pour Joseph Stiglitz, le fondement de leur action doit dorénavant être la transparence de l’information.

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