La théorie de l’agir communicationnel de Habermas

Habermas théorie agir communicationnel

La théorie de l’agir communicationnel explique l’importance de l’espace public. Dans Théorie de l’agir communicationnel, Habermas s’écarte de la doctrine de l’école de Francfort – dont il est pourtant l’héritier – et retrouve l’esprit des Lumières en faisant l’éloge de la « communication » comme moyen de parvenir à un consensus démocratique. Le livre est paradoxalement considéré comme un des plus importants ouvrages de sociologie du XXe siècle alors même qu’il est extrêmement difficile à lire à cause de la grande abstraction de son propos.

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La théorie de l’agir communicationnel repose sur l’ancrage de la raison dans le discours. Jürgen Habermas regroupe sous le concept d’« agir communicationnel » les types d’actions qui visent la compréhension mutuelle des individus plutôt qu’une forme de succès l’échange. Cette intercompréhension des locuteurs présuppose qu’ils soient capables de distinguer un échange orienté vers la production d’un accord, d’une part, et un échange corrompu par l’intention d’influencer, voire de manipuler autrui, d’autre part. Or, c’est l’expression de la rationalité par la parole – la « raison communicationnelle » – qui permet aux hommes de parvenir à un consensus par le débat argumenté. Cette rationalité implique que les actes de langage soient mus par une prétention universelle à la validité, ce qui requiert qu’ils restent ouverts à la réfutation. Habermas transpose ce faisant la conception antique du discours rationnel dans la sphère de la communication dont la finalité est l’entente : « l’intercompréhension (Verständigung) est inhérente au langage humain comme son telos » (Théorie de l’agir communicationnel). Dans le détail, le philosophe appuie sa définition de l’intercompréhension sur les actes illocutoires, c’est-à-dire les phrases dont l’énonciation transforme les rapports entre les interlocuteurs (une promesse, par exemple). Ceux-ci échangent forcément pour s’entendre. Habermas en déduit qu’ils doivent communiquer, en pratique, en suivant des règles précises qui garantissent la rationalité de la discussion, jusqu’à ce que le meilleur argument emporte l’adhésion de tous.

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Habermas applique la théorie de l’agir communicationnel à la société

La théorie de l’agir communicationnel distingue deux niveaux de société. Habermas conçoit dans un second temps l’articulation de l’agir communicationnel avec les systèmes qui structurent la société. Cet effort théorique le conduit à rompre avec les doctrines qui insistent sur l’idée de « réification », c’est-à-dire la perte de sens et l’aliénation de l’homme par ses propres créations. Du George Herbert Mead, il retient que la réalité objective et le vécu individuel sont interdépendants. De la théorie de la religion d’Émile Durkheim, il retient que les pratiques rituelles communes permettent de concrétiser la conscience collective en des institutions sociales – mais il reproche au sociologue de négliger le rôle de l’intercompréhension dans les relations sociales. Cette analyse des thèses de Mead et de Durkheim permet à Habermas de poser la disjonction du « monde vécu » et du système : « Je propose de concevoir les sociétés simultanément comme des systèmes et des mondes vécus » (Théorie de l’agir communicationnel). Le « monde vécu » est l’arrière-plan où s’articule l’intercompréhension. Le philosophe le définit plus précisément comme le lieu intersubjectif où les locuteurs essaient de s’entendre en partageant les mêmes critères de validité de leurs propositions ainsi que la même bonne volonté. Si le monde vécu et le système social coexistent, leurs impératifs ne correspondent pas. Habermas explique en effet qu’après l’émergence et l’autonomisation du système économique à la modernité, les systèmes politique (l’État) et économique se sont couplés, puis se sont progressivement disjoints du « monde vécu » lui-même.

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La théorie de l’agir communicationnel renouvelle la critique de la société. Si Habermas inscrit sa conception de la société dans le cadre de l’école de Francfort, il s’en éloigne cependant en affirmant qu’une approche rationnelle de la communication permet de dépasser le constat postmoderne d’une impuissance de la raison. De son point de vue, l’aliénation de l’individu ne résulte plus seulement de l’emprise de l’idéologie dominante. Il incrimine notamment l’État qui, en intervenant pour réguler la société, recourt à des solutions qui étouffent les initiatives de solidarité ainsi que les traditions du monde vécu. Habermas s’oppose notamment à Horkheimer et Adorno en considérant que l’effet des médias de masse ne se réduit pas à substituer le règne de l’idéologie à la communication directe des individus. En réalité, les pratiques médiatiques sont ambivalentes, donc elles recèlent aussi un potentiel d’émancipation. « Le fait, écrit le philosophe, que dans les démocraties de masse de l’État social le conflit de classe qui a marqué les sociétés capitalistes au temps de leur déploiement ait été institutionnalisé et du fait même éteint ne signifie pas l’extinction des potentialités protestataires en général » (Théorie de l’agir communicationnel). Habermas souligne que la protestation a muté : du paradigme de la lutte ouvrière, elle est passée à une nouvelle conception de la résistance, celle afférente au paradigme politique post-industrielle qui se manifeste dans les mouvements tels que l’écologie, le féminisme, le pacifisme, ou encore la défense des droits de l’homme.

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