Hédonisme Aristippe

L’hédonisme assimile le plaisir au mouvement de la vie. Diogène Laërce explique dans ses Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres qu’Aristippe s’opposait à la conception traditionnelle de la sagesse en affirmant que le souverain bien ne peut être un état de repos. Disciple de Socrate, le philosophe tranchait aussi avec la figure du sage sur le plan pratique en ne renonçant à aucun des plaisirs qui se présentaient à lui.

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L’hédonisme repose sur une conception de la connaissance. Le fondement épistémologique de la doctrine d’Aristippe est très proche du sensualisme du présocratique Protagoras. Dans cette théorie, l’homme ne peut recevoir passivement des impressions, agréables ou désagréables, c’est-à-dire que son rapport à la réalité est obligatoirement médiatisé par sa subjectivité et sa sensibilité. S’il a bien conscience de ce qu’il éprouve, il en ignore les causes. Selon Aristippe, le sujet est donc comme coupé du monde dans une ville assiégée : ses impressions constituent sa seule réalité, incomparable à celles d’autrui, si ce n’est par le langage, qui permet de rapprocher des expériences toujours subjectivement différentes. Dès lors, comme il n’est rien qui ne soit tributaire de l’appréciation humaine, et la connaissance et une morale objective sont impossibles. « [Les Cyrénaïques], affirme Diogène Laërce, renonçaient aussi à la physique à cause de son caractère incompréhensible manifeste. […] Rien n’est par nature juste, beau ou laid, mais ce l’est par convention et par usage » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Ainsi, la physique est disqualifiée parce qu’elle serait incapable de dépasser les ombres des impressions subjectives pour atteindre de prétendues essences de la réalité. Aristippe ruine donc toute prétention au juste, au vrai ou au bien.

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Aristippe caractérise l’hédonisme par la conscience de la jouissance

L’hédonisme considère le plaisir comme le souverain bien. Si l’exemple d’Aristippe était condamné parce qu’il fréquentait des courtisanes et qu’il profitait des largesses financières du tyran Denys de Syracuse, il assumait totalement son mode de vie. En effet, la vertu consiste, selon lui, à cultiver le plaisir concret de l’instant, le seul véritable bien à la portée de l’homme. « Quelqu’un lui ayant reproché d’avoir quitté Socrate pour Denys, raconte Diogène Laërce, il répondit : « J’ai fréquenté Socrate quand j’avais besoin de leçons, et Denys quand j’ai eu besoin de délassements. » » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Au plan théorique, sa conception de la connaissance ne pouvant pas fonder une morale, Aristippe affirme que le seul critère possible réside dans la sensation de plaisir ou de douleur, c’est-à-dire dans l’expérience sensible. Il ne s’agit cependant pas de calculer abstraitement les plaisirs comme dans l’utilitarisme, mais d’épouser le mouvement du plaisir réel et concret, désirable en lui-même. Or, la sensation présente révèle que le plaisir a une valeur supérieure à la douleur ; que les plaisirs et douleurs du corps sont plus vifs que ceux de l’âme ; qu’il existe des états intermédiaires entre le plaisir et la douleur ; que les plaisirs passés et futurs ne peuvent pas être comparables à ceux effectivement ressentis dans l’instant ; et, plus généralement que le plaisir est fondamentalement éphémère. Pour Aristippe, seul l’instant présent est valable.

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L’hédonisme préconise la maîtrise du plaisir. Aristippe est bien conscient du risque que court l’homme de s’abandonner aux séductions de l’immédiat et au cercle vicieux du plaisir. Renvoyant dos à dos le débauché et l’esclave, il prône donc en réalité, derrière sa dépravation apparente, l’exercice d’une raison modératrice. Si l’hédonisme consiste à goûter à tous les plaisirs de l’existence qui se présentent, c’est toutefois avec recul et discernement. « Celui qui domine le plaisir n’est pas celui qui s’en abstient, pose-t-il, c’est celui qui en fait usage, mais sans se laisser conduire par lui, comme le vrai cavalier n’est pas celui qui s’abstient de monter à cheval, mais celui qui conduit sa monture où il veut » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). C’est ainsi que le philosophe justifiait la luxure à laquelle il s’adonnait sans culpabiliser. Par exemple, à un jeune homme qui rougissait en le voyant rentrer chez une courtisane, il dit : « Le mal n’est pas d’y entrer, mais de n’en pouvoir sortir ». Fréquentant ostensiblement la célèbre courtisane Laïs, il affirme la posséder sans que cela soit réciproque, et il retoque l’exigence de fidélité comme une vue de l’esprit dépourvue de valeur. Pour Aristippe, l’homme ne doit pas se laisser abuser par l’idée abstraite du bonheur qui émane de la jouissance présente, car même le sage, combien impassible, est perméable aux passions et aux peines qui sont des sentiments naturels de l’existence.

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