L’homme de cour selon Baltasar Gracian

L'homme de cour Baltasar Gracian

L’homme de cour possède un savoir-vivre. Dans L’homme de cour, Baltasar Gracian développe en 300 aphorismes commentés les qualités et les stratégies nécessaires pour s’imposer dans les situations de la société de cour. Ses préceptes combinent le pragmatisme de son expérience de courtisan avec la sagesse antique dans le but de sauvegarder l’honneur en même temps que l’intégrité.

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L’homme de cour doit miser sur la prudence. Baltasar Gracian voit en effet dans la bonne société de son époque un univers à risque. Pour y évoluer, il faut donc consacrer du temps à méditer les comportements des uns et des autres afin d’anticiper le danger. Il est plus facile de prévenir que de remédier, en particulier en matière de réputation, qu’un exceptionnel accident suffit à entacher : « L’homme muni de prudence ne sera jamais vaincu par l’impertinence. La navigation de la vie civile est dangereuse, parce qu’elle est pleine d’écueils où la réputation se brise » (L’homme de cour). Baltasar Gracian prône tout d’abord le scepticisme. L’homme de cour n’est pas crédule, il sait que les informations qu’on lui transmet sont transformées. Il se méfie plus généralement des apparences : il ne reçoit jamais pour certain ce qu’il voit ou ce qu’il entend. Ensuite, sa prudence se traduit dans ses paroles. Il se retient d’être médisant, afin qu’on ne le soit pas, en retour, à son encontre. S’il est la cible de moqueries, il les laisse passer sans les relever. Enfin, c’est toute la stratégie de l’homme de cour qui est animée par la prudence. Égal et courtois envers tous, il n’aura pas d’ennemis, quoiqu’il traite exclusivement avec les personnes qui gagnent sa confiance. Baltasar Gracian considère ainsi que les hommes les plus prudents méritent de diriger l’État (directement ou comme conseillers).

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L’homme de cour de Baltasar Gracian est un sage rusé

L’homme de cour sait recourir à la ruse. Qualifié de « Machiavel de la vie pratique » par l’écrivain Rémy de Gourmont, Baltasar Gracian justifie les écarts moraux par la nécessité d’atteindre un but social. Comme la société mondaine est dangereuse, l’individu ne peut y être naïvement transparent et sentimental. En premier lieu, l’homme de cour a intérêt à pratiquer la dissimulation. Il varie ses stratégies et ses tactiques pour se rendre imprévisible. Il est plus particulièrement prudent avec la vérité : il feint l’ignorance, ou ne révèle pas spontanément sa pensée ; il n’en offre qu’une part calculée à certaines personnes, à un certain moment, sous une certaine forme, et après avoir estimé les effets potentiels de ses paroles. « Dans la manière de s’expliquer, on doit éviter de parler trop clairement, avance Baltasar Gracian ; et, dans la conversation, il ne faut pas toujours parler à cœur ouvert. Le silence est le sanctuaire de la prudence » (L’homme de cour). En second lieu, l’homme de cour doit même verser dans la manipulation, qui est efficace lorsque l’autorité ou la force sont vaines. Il dit une chose, mais en fait une autre. S’entraînant à connaître à fond le caractère de ses semblables, il identifie la passion dominante de chacun afin d’en jouer à son avantage au moment opportun. Il fait croire qu’il partage l’intérêt d’autrui quand il ne suit en réalité que le sien. Pragmatique, il sous-traite les « mauvais coups » et détourne les reproches sur des boucs émissaires.

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La finalité de l’homme de cour est la sagesse. Baltasar Gracian condamne la « folie » des cercles de pouvoir de son époque, où il est obligé de philosopher en secret. La société mondaine se perd naïvement dans l’envie, la concurrence débridée, et les jouissances précoces. L’individu y est l’esclave de ses passions. Le sage donne au contraire la priorité à la culture de l’esprit. En cela, l’homme de cour est la première version de « l’honnête homme » : « L’homme naît barbare, écrit Baltasar Gracian, il ne se rachète de la condition des bêtes que par la culture ; plus il est cultivé, plus il devient homme » (L’homme de cour). Sa culture lui sert à méditer sur les choses et les hommes, à commencer par lui-même. Grâce à l’introspection, il se connaît à fond et il réussit à se maîtriser. Il sait reconnaître ses impulsions : il retient ses paroles, ses actes et ses décisions lorsqu’il craint de dévier de la raison, sa ligne directrice. Sa valeur fondamentale est le détachement. Influencé par le stoïcisme, Baltasar Gracian invite l’homme de cour à ne pas valoriser ce qui ne dépend pas de lui et à s’accommoder de sa situation présente. Son plus grand pouvoir est celui qu’il exerce sur lui-même. La chance tourne, donc il faut se préparer au pire, y compris dans les temps de prospérité. Si l’homme de cour n’obtient pas l’estime qu’il mérite à son époque, les siècles suivants lui rendront justice.

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