L'homme-machine La Mettrie

La figure de l’homme-machine rend l’homme intelligible. Mettant en évidence l’inintelligibilité de toutes les philosophies spiritualistes qui distinguent l’âme et le corps, La Mettrie affirme dans L’Homme-Machine que tous les mouvements vitaux, animaux, naturels et automatiques relèvent simplement de ressorts mécaniques. Il poursuit ce faisant la théorie de l’animal-machine de Descartes, dont il interprète la conservation de l’âme (la « substance pensante ») comme un gage donné aux théologiens.

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L’homme-machine apparaît à la lumière de l’expérience. La Mettrie pose que la vérité – y compris le sens des évangiles – ne peut être trouvée que par l’observation de la nature. Il objecte à l’interprétation des livres saints les idées que la raison humaine n’a de valeur qu’à mesure de son efficacité et que la nature a mis beaucoup d’art dans la production du corps humain. De deux choses l’une : ou bien la foi prime, et alors tout est illusion ; ou bien seule l’expérience peut rendre raison de la foi. Les réflexions des philosophes ne sont pas plus utiles que celles des théologiens pour découvrir les ressorts du corps humain. Qu’a retiré la science des profondes méditations et des ouvrages des Descartes, Malebranche, Leibniz ? Pour La Mettrie, la complexité de l’homme-machine condamne à la stérilité les obscures études métaphysiques qui prétendent tout élucider en esprit. « L’homme est une machine si composée, écrit-il, qu’il est impossible de s’en faire d’abord une idée claire, et conséquemment de la définir » (L’Homme-Machine). Par conséquent, il faut aller chercher l’âme comme les autres organes pour la trouver. Dès lors, seuls les médecins sont légitimes pour évoquer le corps et l’âme. La Mettrie compare l’expérience au bâton de l’aveugle : elle est le seul appui de l’homme en quête de connaissance dans la nuit de l’inconnu et de l’incertitude.

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L’homme-machine de La Mettrie est un animal sans âme

L’homme-machine est un animal. La Mettrie défend cette thèse en s’appuyant sur l’analyse du cerveau. En effet, celui-ci semble quasiment identique chez les quadrupèdes – mais celui de l’homme est beaucoup plus gros et tortueux. Même si sa qualité ne se résume pas à son volume, la taille du cerveau permet d’établir une hiérarchie animale : homme, singe, castor, éléphant, chien, renard, chat ; puis oiseaux, poissons, insectes. Plus le cerveau est gros, moins l’animal serait farouche, car ce qui est perdu du côté de l’instinct serait gagné du côté de l’esprit. La Mettrie en déduit que seule l’éducation est responsable de la culture. De son point de vue, l’homme a été éduqué grâce à la diffusion de la connaissance symbolique par la parole. Il ne naît pas savant ; il ne le devient que par l’abus de ses facultés organiques. Plus précisément, la nature l’avait fait inférieur à l’animal par la faiblesse de son instinct, mais l’éducation le met au-dessus d’eux. Cette différence mise à part, les points communs sont nombreux. Par exemple, leurs modes de reproduction sont fortement comparables. Sur le plan moral, la loi naturelle (la connaissance du bien et du mal) semble être également inscrite en l’animal. « L’homme n’est pas pétri d’un limon plus précieux, conclut La Mettrie ; la nature n’a employé qu’une seule et même pâte, dont elle a seulement varié les levains » (L’Homme-Machine).

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L’homme-machine n’a pas d’âme. La Mettrie affirme que toutes les parties de l’esprit (jugement, raisonnement, mémoire) peuvent être réduites à l’imagination, qui les forme toutes. Or, les effets de l’imagination sur le corps prouvent l’inexistence de l’âme immatérielle, et partant la réduction du psychisme au fonctionnement du cerveau. « L’âme, avance le philosophe, n’est qu’un principe de mouvement, ou une partie matérielle sensible du cerveau, qu’on peut, sans craindre l’erreur, regarder comme un ressort principal de toute la machine […] » (L’Homme-Machine). Pour La Mettrie, les multiples combinaisons de mœurs, de caractères, ou d’humeurs témoignent du fait que les circonstances matérielles (la santé, le succès, le climat, etc.) expliquent l’état de l’esprit. Dans cette perspective, l’honnêteté, la gaieté, ou le courage ne seraient que des conséquences de l’état mécanique de l’homme-machine. Cette thèse est également attestée par les effets des maladies sur l’esprit, tantôt endormi, tantôt stimulé jusqu’à réveiller l’intelligence. La Mettrie souligne aussi divers phénomènes relevant des effets du corps sur l’esprit : la faiblesse, la folie, la peur ou le manque de sommeil empêchent l’esprit de fonctionner ; certaines substances (l’opium, le vin) facilitent le sommeil, quand d’autres (le café, « antidote du vin ») l’en empêchent. En altérant le corps, l’âge et l’éducation altèrent l’esprit, ce dont découle l’hétérogénéité psychologique de la femme et de l’homme. De même, à l’échelle sociale, la qualité de l’esprit du peuple résulte de la nourriture, de l’hérédité et de l’environnement.

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