L’homme unidimensionnel Herbert Marcuse

L’homme unidimensionnel vit dans l’illusion. Herbert Marcuse dénonce dans L’homme unidimensionnel le verrouillage du destin collectif par la société contemporaine démocratique. Si les individus croient sincèrement avoir le privilège de jouir du plus grand confort et de la plus grande liberté possible, l’idéologie de la société industrielle les retient en réalité de s’épanouir authentiquement.

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L’homme unidimensionnel subit une uniformisation. En effet, Herbert Marcuse définit la société unidimensionnelle par sa capacité à étouffer toute alternative de vie afin de protéger la logique de productivité qui sert sa domination. Pour ce faire, elle fait taire la critique en l’assimilant – elle ne laisse subsister en dehors d’elle aucun discours qui ne s’adapte à son fonctionnement. L’apparence démocratique donnée à son industrialisation avancée n’empêche pas l’uniformisation politique et sociale. Le philosophe admet que la société unidimensionnelle n’est pas explicitement répressive, mais il considère qu’elle est totalitaire dans la mesure où elle ne laisse rien en dehors d’elle. « Le totalitarisme, écrit Herbert Marcuse, découle d’un système spécifique de production et de distribution parfaitement compatible avec un pluralisme de partis, de journaux, avec la séparation des pouvoirs » (L’homme unidimensionnel). Derrière les apparences, la société unidimensionnelle abolit les contraires pour les réunir en elle-même. Par exemple, les programmes politiques des candidats démocrates et républicains sont en réalité systématiquement très proches dans les élections américaines. De même, les syndicats coopèrent de plus en plus avec le patronat et les religions s’y soumettent également volontiers. Enfin, les classes sociales sont de moins en moins perceptibles, en partie du fait que les signes distinctifs des classes supérieures sont désormais accessibles aux classes inférieures. Pour Herbert Marcuse, ces évolutions désarment la critique.

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Herbert Marcuse dénonce l’apathie spirituelle de l’homme unidimensionnel

L’homme unidimensionnel est anesthésié par la maîtrise de ses besoins. Herbert Marcuse explique que la standardisation des pensées et des modes de vie passe par l’induction de faux besoins, aux effets néfastes (pénibilité, agressivité, misère, injustice), imposés par les intérêts sociaux. Ce phénomène résulte plus précisément de l’impératif de consommation : la publicité pousse à l’achat et les modes entretiennent l’obsolescence programmée des produits. Les entreprises créent donc artificiellement les besoins des individus pour vendre davantage. Or, cette logique demande de travailler plus que le nécessaire, de telle sorte que la rationalisation du travail est encore accrue, au point qu’il devient abrutissant et contribue à la standardisation des esprits. Pour Herbert Marcuse, c’est cette capacité à satisfaire les besoins qui fonde la légitimité de la société unidimensionnelle. Celle-ci est « une uniformisation économico-technique non terroriste qui fonctionne en manipulant les besoins au nom d’un faux intérêt général » (L’homme unidimensionnel). La société de consommation manipule les instincts et les pulsions (de vie et de mort) de l’homme unidimensionnel pour le soumettre. Il jouit effectivement d’un confort et d’une sécurité exceptionnels que le changement social menace de lui faire perdre. Le niveau de confort propre à la société unidimensionnelle est donc un obstacle à la pensée critique. Il est plus généralement un obstacle à l’épanouissement personnel, dénonce Herbert Marcuse, car il empêche l’individu d’en identifier les facteurs.

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L’homme unidimensionnel ne pense plus véritablement. Herbert Marcuse montre que l’uniformisation de la pensée s’installe par l’intermédiaire de l’injonction à penser de manière opérationnelle, plutôt que de se perdre dans l’intellectualisme. « Le nouveau conformisme, écrit-il, c’est le comportement social influencé par la rationalité technologique » (L’homme unidimensionnel). Or, cette limitation paralyse à la fois la capacité à remettre en cause l’existant et à imaginer ce que pourrait être une vie meilleure. Elle explique tout particulièrement la stérilisation de la culture, devenue un outil de la démocratie. Si l’esthétique proposait autrefois les représentations d’un autre monde possible, suggérant ainsi des formes de transcendance, cette dimension politique de l’art a été totalement effacée au profit du seul divertissement. Pour Herbert Marcuse, c’est tout l’édifice du savoir qui est affecté par l’injonction à la pensée opérationnelle. En se concentrant exclusivement sur les problèmes existants, l’intellectuel renonce à penser de manière globale et surplombante. Or, ce renoncement modifie l’architecture même du savoir : alors que la philosophie occupait le sommet de la pyramide, d’où elle orientait les disciplines à prétention scientifique, c’est maintenant l’opérationnel qui somme la philosophie de lui fournir des solutions. Plus profondément, enfin, la pensée opérationnelle affecte même jusqu’à l’attention aux mots, dont la profondeur et la charge critique sont supprimées. Herbert Marcuse voit donc l’homme unidimensionnel comme prisonnier d’un univers autoréférentiel et autolégitimateur qui lui procure la fausse conscience d’être au stade ultime de l’accomplissement humain.

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