idéalisme absolu Berkeley Principes de la connaissance humaine

L’idéalisme absolu met en doute la réalité vécue. George Berkeley affirme dans ses Principes de la connaissance humaine que les perceptions issues des sens – ce que l’homme goûte, ce qu’il sent, touche, etc. – ont en fait leur siège dans l’esprit et sont indépendantes du dehors. Cette doctrine visant à combattre l’athéisme et le matérialisme radicalise le doute cartésien et serre encore d’un cran supplémentaire l’exigence de rigueur de la science.

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L’idéalisme absolu est d’abord une critique du matérialisme. Berkeley remet en cause l’hypothèse de l’existence d’un monde extérieur dont les éléments seraient indépendants de l’homme. Il s’attaque ainsi à « opinion étrangement dominante chez les hommes que les maisons, les montagnes, les rivières, tous les objets sensibles ont une existence naturelle ou réelle, distincte du fait qu’ils sont perçus par l’entendement » (Principes de la connaissance humaine). Sur le plan théorique, le philosophe condamne le concept aristotélicien de substance, c’est-à-dire ce qui existerait en dessous des phénomènes perceptibles, soit l’essence d’une chose matérielle. La démonstration de Berkeley vise plus précisément la conception de la réalité de Locke. Selon celui-ci, toute chose se caractériserait par des qualités premières (étendue, mouvement, nombre, etc.), d’une part, qui ont leur fondement dans la matière ; et par des qualités secondes (couleurs, sons, saveurs, etc.), d’autre part, qui naissent elles dans l’esprit du sujet pensant. Or, pour Berkeley, cette distinction ne tient pas dans la mesure où elle repose sur la notion plus que problématique de matière, définie par Locke comme une « substance corporelle » ne relevant que des qualités premières, c’est-à-dire qu’elle serait dépourvue de couleur, d’odeur ou encore de solidité. Cette définition paraît en effet arbitraire, car les qualités premières ne sont a priori pas plus réelles que les secondes. Par exemple, l’étendue pourrait aussi bien résider aussi en esprit que la température.

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L’idéalisme absolu de Berkeley pose l’équivalence de l’existence et de la perception

L’idéalisme absolu est ensuite une critique de l’abstraction. Berkeley montre que renoncer au matérialisme ne suffit pas à se rapprocher de la vérité. De son point de vue, l’homme raisonne mal ; il suit des principes faux qui obscurcissent sa réflexion comme un nuage de poussière polluerait sa vue : « La majeure partie des difficultés, écrit le philosophe, qui ont fermé le chemin de la connaissance, nous sont entièrement imputables. Nous avons d’abord soulevé un nuage de poussière et nous nous plaignons ensuite de ne pas y voir » (Principes de la connaissance humaine). C’est fondamentalement la manipulation d’idées abstraites, prises pour des objets de nature logique ou métaphysique alors qu’elles ne sont que des inventions des philosophes, qui gâche l’usage de la raison. Pour Berkeley, c’est l’esprit humain lui-même qui conçoit les idées en détachant les qualités des objets perçus les unes des autres ; puis il regroupe ces idées particulières sous des idées générales. Il crée, par exemple, une idée abstraite de la couleur ou de l’homme à partir des couleurs et des hommes particuliers. Or, de telles idées générales ne peuvent exister parce que seul ce qui peut être séparé en réalité (par exemple, des couleurs particulières ou des membres du corps) peut également l’être par la pensée. Berkeley n’est pas davantage convaincu par l’argument de Locke selon lequel les idées abstraites seraient la conséquence du langage et une nécessité pour la communication.

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L’idéalisme absolu réduit l’existence à la perception. Berkeley est bien forcé d’admettre qu’il existe tout de même un sujet qui connaît, ou plutôt perçoit la substance comme les objets immatériels, et effectue diverses opérations les concernant (comme la volonté, le souvenir, l’imagination). Ce sujet n’est lui-même ni une substance ni une idée, mais un « être actif » doué de perception, qui peut être nommé indifféremment « esprit, intelligence, âme ou moi ». Il est une « chose entièrement distincte d’elles [les idées], dans lesquelles elles existent ou ce qui est la même chose, par laquelle elles sont perçues », en vertu de quoi Berkeley avance la célèbre formule de son idéalisme absolu : « Être, c’est être perçu (esse est percipi) » (Principes de la connaissance humaine). Ainsi, toute l’existence ne peut être comprise hors de la perception. Une table se résume en réalité, pour le sujet, à ce qu’il voit d’elle, à son odeur, aux sensations particulières que procure son toucher. Par conséquent, tous les éléments constituant la vie de l’esprit – les pensées, les passions, les sensations, les fantasmes – tous n’auraient véritablement d’existence et de sens qu’à l’intérieur et à l’égard de ce même esprit. D’un côté, Berkeley précise toutefois qu’il ne faut pas prendre les perceptions pour des chimères ; de l’autre, il avance que ce qui est perçu de manière passive (c’est-à-dire sans impliquer la volonté du sujet) serait l’œuvre de « l’Auteur de la Nature ».

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