idée d’une histoire universelle Kant

Dans son Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolite, Kant s’interroge sur le sens de l’histoire pour répondre à une des trois questions structurantes de son œuvre : « que puis-je espérer ? ». Le contexte historique mouvementé des Lumières (découverte de nouvelles terres, progrès scientifique, bouillonnement intellectuel, agitations sociales, révolution américaine) explique la nécessité de questionner la pertinence de l’idée d’une histoire globale. 

L’idée d’une histoire universelle rencontre tout d’abord de nombreuses limites. En premier lieu, l’idée d’un sens de l’histoire s’opposerait à l’indétermination de la nature humaine, c’est-à-dire à la liberté de l’homme, qui rend difficile de découvrir des lois de l’histoire. Pour Kant, cependant, de telles lois n’ont pas de validité dans l’absolu, mais à l’égard de la réalité comme objet de connaissance. En second lieu, il semble difficile de pouvoir considérer de manière exhaustive tous les événements historiques particuliers, mais Kant objecte qu’il suffit de pouvoir embrasser du regard la totalité de l’histoire pour y déceler des régularités au sein de l’activité libre des hommes. Enfin, si l’on pose un tel regard sur l’humanité, l’histoire universelle ne peut apparaître que comme un affreux désordre, « un tissu de folie, de vanité puérile, souvent aussi de méchanceté puérile et de soif de destruction » (Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolite). La solution de Kant est de concevoir un « dessein de la nature », celui d’améliorer les hommes malgré eux, en dépit de leur vouloir.

L’idée d’une histoire universelle paradoxalement en marche 

L’idée d’une histoire universelle aurait la nature humaine pour source première. L’homme est en effet habité par un antagonisme profond : il obéit au penchant qui le porte à rechercher la compagnie de ses semblables pour exprimer la dimension politique de son être, il refuse aussi de soumettre son individualité et son intérêt particulier à une harmonie collective – c’est là son « insociable sociabilité ». L’impuissance de l’individu à se passer des autres n’a donc d’égal que son impuissance à vivre en harmonie avec ses compagnons. Or, c’est cette résistance de l’homme à ses semblables en société qui éveille ses forces. Kant en déduit que le ressort de l’histoire humaine ne réside pas dans la raison, mais dans la vanité et le conflit. La concurrence et la violence seraient ainsi à l’origine de l’aventure historique et culturelle de l’humanité. C’est donc indirectement, par une ruse, que la nature promeut le perfectionnement de l’homme et peut alors justifier l’idée d’une histoire universelle.

L’idée d’une histoire universelle peut alors guider l’humanité vers une forme de perfection. Comme elle ne peut pas être tirée de l’observation empirique des événements, elle est une représentation de la raison fondée sur l’hypothèse d’un plan caché de la nature en vue de la création d’une constitution politique parfaite. L’unification politique totale est pour Kant la finalité vers laquelle l’humanité doit tendre. Le philosophe voit l’interdépendance croissante des États et le progrès de la liberté économique comme de probables indices de cette finalité. Il restera comme l’inventeur de l’expression « société des nations » (Völkerbund en allemand), qui désignera l’organisation internationale, ancêtre de l’ONU, née après la Première Guerre mondiale.

>> La morale kantienne sur un post-it