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Les idées platoniciennes présupposent que la réalité apparente est illusoire. Disciple de Socrate, Platon partait lui aussi du principe que toutes les opinions sur la réalité se valent parce qu’elles sont par nature trompeuses. Aucune n’est plus proche de la vérité qu’une autre, si bien que ceux qui ne croient qu’à l’existence de ce qu’ils touchent et identifient l’être au corps se fourvoient.

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Les idées platoniciennes sont indépendantes du monde sensible. En effet, celui-ci ne constitue en vérité qu’un flux incessant qui empêche de fixer la connaissance et les définitions. Platon illustre cette thèse avec l’exemple de la beauté : beaucoup de choses sont belles, mais il ne semble pas possible de remonter à une propriété commune qui les relie. « […] Si l’on vient me dire, écrit le philosophe, que ce qui fait qu’une chose est belle, c’est ou sa brillante couleur, ou sa forme ou quelque autre chose de ce genre, je laisse là toutes ces raisons, qui ne font toutes que me troubler, […] je dis seulement que c’est par le beau que toutes les belles choses deviennent belles » (Phédon). La beauté existe donc en elle-même : elle est une essence, une réalité permanente indépendante des choses et des mots, qui ne peut pas être vue, mais seulement pensée par le philosophe. Si la belle femme devient laide en vieillissant, la beauté ne disparaîtra pas du monde, elle se réincarnera ailleurs, car elle est une réalité épistémologique éternelle. Ainsi, pour Platon, l’essence véritable du beau possède ainsi deux caractéristiques : elle est universelle et toujours identique à elle-même. Une idée platonicienne est donc indépendante des diverses manifestations qui la concrétisent dans le monde sensible.

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Les idées platoniciennes sont pour Platon la vérité authentique

Les idées platoniciennes sont des réalités supérieures au monde sensible. Platon définit plus précisément l’idée comme « le caractère unique par lequel toute chose pieuse est pieuse », et dont on se sert « comme d’un terme de comparaison pour déclarer que tout ce qui est fait de semblable est pieux » (Euthyphron). Il a élaboré la théorie des idées platoniciennes grâce à un raisonnement emprunté aux mathématiques, la méthode de l’hypothèse : si une chose est inexplicable, alors on postule qu’elle existe en elle-même. Socrate affirme par exemple dans le Phédon que si les physiciens n’arrivent pas à expliquer des phénomènes, comme la forme de la terre ou les mouvements des astres, c’est parce qu’il faut laisser entièrement de côté les réalités données par la vue, et se ramener aux idées qui en expriment l’essence. Or, les idées platoniciennes ne peuvent être décelées que par l’examen socratique (la maïeutique, ou l’art d’accoucher les âmes), et non pas par la révélation ou l’intuition. Dès lors, il faut résister à l’interrogatoire de Socrate pour parvenir jusqu’à l’idée, ce qui requiert un effort conséquent tant est fort l’attachement de l’homme au monde sensible. Si le philosophe n’utilisait sa méthode que pour les questions morales, Platon, son disciple, l’a lui étendue aux questions abstraites dans ses nombreux dialogues.

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Les idées platoniciennes constituent la vérité authentique. Elles sont la réalité profonde, ou ontologique, de chaque chose, par opposition aux manifestations imparfaites qu’en donnent les sens. Elles sont plus précisément les archétypes dont sont issus les éléments du monde sensible et dans lesquels la multiplicité retrouve l’unité. Ainsi, Platon les caractérise par l’éternelle identité à soi, l’universalité et l’indivisibilité, et il les localise dans un lieu supracéleste que seule l’âme peut apercevoir. De ces propriétés découle un dualisme ontologique : il existe un monde des idées platoniciennes, séparé du monde sensible, avec une hiérarchie : l’idée au sommet est celle du Bien, car la seule explication définitive qui puisse être donnée d’une chose, c’est qu’elle est bonne ou qu’elle participe au Bien. « On supposera, pose Platon, qu’il existe un beau en soi, un bon en soi, un grand en soi, et ainsi du reste » (Phédon) ; et si une chose est belle sans être le beau en soi, on l’expliquera en disant qu’elle « participe » au beau en soi. C’est dans ce monde des idées, et non pas dans le monde sensible, que réside pour Platon l’enjeu de la connaissance. La théorie des idées platoniciennes réfute donc les critiques de la connaissance antérieures en objectant qu’elles ne portent pas véritablement sur le réel, puisque la réalité authentique relève d’une autre dimension que celle de la réalité apparente.

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