inconscient collectif Jung

L’inconscient collectif est né de la critique de l’inconscient individuel. En ne divisant la psyché qu’en deux niveaux, la conscience et l’inconscient, Freud aurait omis la plus large partie de l’inconscient en le réduisant à sa dimension individuelle. Jung voit lui dans Aïon, études sur la phénoménologie du soi trois strates dans l’âme humaine : tout d’abord, la conscience ; ensuite, l’inconscient individuel, constitué du contenu oublié ou refoulé ; enfin, une couche plus profonde et innée, l’inconscient collectif, un fondement psychique universel et suprapersonnel présent en chacun.

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L’inconscient collectif s’appuie sur un immense héritage de représentations antérieur à l’humanité. Il est donc fondamentalement d’ordre symbolique : il fonctionne grâce à ce que Jung nomme des « archétypes », c’est-à-dire des contenus que partagent tous les individus sans exception, des images archaïques et universelles (le dragon, le héros, le cristal, etc.) rencontrées avec une récurrence remarquable dans les rêves, les croyances religieuses, les mythes et les contes. Les hommes ont tendance à utiliser, à toutes les époques de l’Histoire et en tout lieu, ces mêmes modèles élémentaires de comportement et de représentation, inscrits dans la structure même du cerveau. Ainsi, l’uniformité universelle des cerveaux rend possible un fonctionnement mental analogue chez tous les êtres humains. La psyché collective consiste précisément dans ce fonctionnement. « Les instincts et les archétypes constituent l’ensemble de l’inconscient collectif, explique Jung. Je l’appelle « collectif » parce que, au contraire de l’inconscient personnel, il n’est pas fait de contenus individuels plus ou moins uniques ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement » (L’énergétique psychique). Cette psyché collective est logée dans les parties profondément enracinées du psychisme qui, en cela, s’exercent en quelque sorte par automatisme – tandis que le conscient et l’inconscient personnels appartiennent à la part du psychisme développée au cours de la vie individuelle.

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Jung étudie les manifestations de l’inconscient collectif

Le contenu de l’inconscient collectif peut pénétrer la conscience parce qu’il n’entre pas en conflit direct avec elle. Pour Jung, ce phénomène est rendu possible par la diversité des archétypes, lesquels se rangent sous plusieurs formes, de la plus naïve à la plus complexe. « On croit souvent, écrit le psychanalyste, que le terme « archétype » désigne des images ou des motifs mythologiques définis. Mais ceux-ci ne sont rien autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puissent être transmises en héritage. L’archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental » (L’homme et ses symboles). Les rêves constituent la forme la plus primitive d’images archaïques dans la mesure où ils proviennent directement de l’inconscient. En revanche, les mythes sont des archétypes plus complexes, car ils résultent d’une élaboration consciente. Les croyances religieuses, quant à elles, diffusent une foule d’archétypes qui expriment de manière détournée l’inconscient et réussissent par-là à contourner la censure de la conscience. Les archétypes sont en effet les noyaux fondamentaux de l’imagination humaine, autour desquels se forment les mythes et les religions. À cet égard, Dieu est l’archétype le plus profond chez l’individu, car il relie le sujet à l’inconscient collectif.

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Les images archétypales de l’inconscient collectif se retrouvent partout dans la vie humaine. Jung affirme ainsi que « l’archétype s’inscrit dans une trame de représentations apparentées entre elles, conduisant toujours à d’autres images archétypiques et se chevauchant constamment les unes les autres, et dont l’ensemble forme le singulier tapis de la vie » (Sur l’Interprétation des rêves). Les oppositions naissance/mort, féminin/masculin, ou bien/mal sont par exemple des archétypes responsables de l’équilibre de la structure psychique individuelle. Celle-ci repose cependant sur le plus important des archétypes : le Soi, qui est l’être originel retrouvé, souvent symbolisé par une autre image archétypale, celle de Dieu. Pour comprendre les symboles qui l’habitent afin de se connaître lui-même, l’individu doit aller à la rencontre de ses propres archétypes, dont notamment son ombre (sa dimension animale), son anima/us (la part du sexe opposé présente en lui), et surtout le Soi, l’archétype lié au sens de la vie. Au niveau de la société tout entière, Jung considère même que l’interprétation de l’inconscient collectif est prédictive. La récurrence des archétypes renseignerait sur la teneur des événements importants à venir. Ainsi, Jung révèle dans son autobiographie qu’il aurait anticipé la Seconde Guerre mondiale bien avant qu’elle n’éclate en retrouvant de plus en plus fréquemment dans les rêves de ses patients la figure de Wotan, le dieu scandinave de la guerre.

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