Inconscient Freud Introduction à la psychanalyse

Freud fait l’inconscient le concept majeur de compréhension de l’esprit humain. Il a en effet été le premier à l’explorer dans son expérience clinique et à le décrire dans son Introduction à la psychanalyse (notamment). Il voit dans sa découverte une crise de la pensée humaine comparable à celles par lesquelles passe l’enfant : après avoir dû accepter avec Copernic de ne plus être le centre du monde, avoir perdu à cause de Darwin sa place privilégiée dans la création, l’homme n’est plus transparent à lui-même.

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L’inconscient se définit tout d’abord par opposition à la conscience. Perçu comme un lieu caché ou une force obscure à l’intérieur de l’individu, il désigne tout ce qui échappe entièrement à la conscience, malgré tous les efforts de la réflexion pour l’atteindre. Freud en conclut que « le moi n’est pas maître dans sa propre maison » et qu’il « en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique » (Introduction à la psychanalyse). L’hypothèse de l’inconscient rend dès lors nécessaire d’abandonner l’idée d’une unité du sujet, dont le psychisme est désormais partagé entre deux pôles. Freud montre plus précisément que la conscience et l’inconscient forment au niveau symbolique deux champs spatiaux opposés et incompatibles qui se protègent l’un de l’autre. D’une part, la conscience censure le contenu de l’inconscient par le mécanisme défensif du refoulement, elle maintient à distance les représentations perçues comme incompatibles avec la personnalité de l’individu. D’autre part, l’inconscient empêche la conscience d’accéder à son contenu par le mécanisme de la résistance. Au niveau des instances psychiques, enfin, il est représenté par le « ça » (distinct du « moi » et du « surmoi »), constitué par l’ensemble des productions psychiques dont l’accès à la conscience est bloqué par des impératifs moraux et sociaux.

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Freud veut libérer le contenu de l’inconscient

L’inconscient se caractérise ensuite par ses diverses manifestations. Il peut tout d’abord le faire par une forme de somatisation. Les symptômes d’hystérie du célèbre cas Elisabeth von R. sont par exemple l’effet du refoulement du désir éprouvé pour le mari de sa sœur récemment décédée. L’inconscient profite également des moments de faiblesse de la conscience pour s’exprimer. Freud affirme ainsi que les « actes manqués » (notamment les lapsus et différentes formes d’oublis) correspondent en réalité à la réalisation de désirs refoulés : « Certains troubles fonctionnels des plus fréquents chez les sujets bien portants, par exemple les lapsus linguae, les erreurs de mémoire ou de langage, l’oubli des noms, etc., peuvent être facilement ramenés à l’action de pensées inconscientes fortes, tout comme les symptômes névrotiques » (Introduction à la psychanalyse). Les rêves, enfin, constituent le moyen d’expression par excellence de l’inconscient. Comme l’activité onirique est symbolique, elle appelle un travail d’interprétation qui transforme le contenu latent du rêve, dont le sens est implicite, en contenu manifeste. « Le rêve ne pense ni ne calcule, écrit Freud ; d’une manière générale il ne juge pas : il se contente de transformer » (Sur le rêve). « Voie d’accès royale à l’inconscient », le rêve est aussi la preuve que cette dimension possède un langage propre échappant à la conscience.

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La psychanalyse explore l’inconscient pour guérir les maladies psychiques. Selon Freud, prendre conscience de son inconscient repose sur un traitement par la parole. Dans le paradigme de la psychanalyse, il existe en effet un déterminisme psychique : toute idée, ou tout acte n’est pas arbitraire, mais a un antécédent et un sens que l’exploration de l’inconscient permet de mettre à jour. Le traitement par la parole a ainsi pour objectif de lever les refoulements pour faire émerger le contenu censuré à la conscience. Deux méthodes concurrentes sont utilisées par le psychanalyste : la méthode cathartique (hypnose) et l’association libre (pas d’hypnose). Voici comment Freud décrit cette dernière : « Votre récit doit différer, sur un point, d’une conversation ordinaire. Tandis que vous cherchez généralement, comme il se doit à ne pas perdre le fil de votre récit et à éliminer toutes les pensées, toutes les idées secondaires qui gêneraient votre exposé et qui vous feraient remonter au déluge, en analyse vous procédez autrement. Vous allez observer que, pendant votre récit, diverses idées vont surgir, des idées que vous voudriez bien rejeter parce qu’elles ont passé par le crible de votre critique. (…) Ne cédez pas à cette critique et parlez malgré tout, même quand vous répugnez à le faire ou justement à cause de cela » (La technique psychanalytique).

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