Gobineau Essai sur l'inégalité des races

L’inégalité des races est un résultat scientifique. Dans son Essai sur l’inégalité des races humaines, Arthur de Gobineau prétend faire de l’histoire une science naturelle en la fondant sur le prisme fantasmatique des races. S’il est le premier à promouvoir le paradigme raciste, il n’a cependant pas proposé un programme de restauration de la race supérieure, comme l’ont interprété certains idéologues du IIIe Reich en déformant sa pensée.

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L’inégalité des races repose sur leur distinction. Gobineau part de l’hypothèse selon laquelle l’espèce humaine était unie à l’origine, avant d’être divisée en races distinctes (noire, jaune et blanche), ensuite dotées de caractères permanents transmis par hérédité. Mues par deux tendances, l’attraction et la répulsion, les trois races s’influencent réciproquement et se mélangent. Ce phénomène constitue la loi universelle de l’histoire humaine, qui explique notamment la chute des civilisations et la disparition progressive de l’élite humaine. Concevant les races comme fixes, Gobineau attribue à chacune certaines propriétés. Il affirme ainsi que la race blanche aurait en propre la recherche des fins les plus hautes et le culte de l’esprit. La race noire n’est pas sans qualités, car elle posséderait elle la sensualité nécessaire à la naissance des arts. « Le génie artistique, précise l’écrivain, également étranger aux trois grands types, n’a surgi qu’à la suite de l’hymen des blancs avec les nègres » (Essai sur l’inégalité des races humaines). Pour sa part, la race jaune se caractérise par une intelligence étroitement pratique et unitaire. Ce racisme était peu original à l’époque de Gobineau, car les spéculations sur la diversité des races et le poids des déterminismes étaient des lieux communs depuis les Lumières, y compris chez des auteurs non réactionnaires.

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Gobineau prédit la dissolution de l’inégalité des races dans l’histoire

L’inégalité des races s’oppose à l’égalité politique moderne. Gobineau a notamment produit, à partir de cette thèse, une critique originale de la Révolution française. S’il défend la liberté individuelle, il ne voit cependant pas dans la liberté des modernes – celle promue par les dogmes de 1789 – la promotion de l’individualité. Il refuse ainsi de fonder les institutions humaines, qui ne font selon lui que manifester les rapports d’équilibre entre les races, sur l’histoire ou la tradition. Dans sa perspective, la conception de l’homme des Lumières et l’idée de progrès sont incompatibles avec l’inégalité des races. En effet, la permanence de caractères raciaux héréditaires nie toute possibilité d’une amélioration substantielle de l’humanité, qu’elle soit le fruit de la liberté humaine ou de la nécessité historique. La thèse de Gobineau constitue donc une remise en cause radicale de la liberté et de la responsabilité humaines. « L’existence d’une société étant, écrit-il, en premier ressort, un effet qu’il ne dépend pas de l’homme de produire ni d’empêcher, n’entraîne pour lui aucun résultat dont il soit responsable. Elle ne comporte donc pas de moralité » (Essai sur l’inégalité des races humaines). S’avouant volontiers hégélien, l’écrivain réduit lui aussi les grands hommes à un moyen transitoire de l’accomplissement d’une transcendance historique – c’est, de son point de vue, la race qui s’exprime en eux. La philosophie des Lumières se résume dès lors, pour Gobineau, à une illusion subjective.

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L’inégalité des races disparaîtra à la faveur de l’histoire. Gobineau affirme effectivement que celle-ci ne s’accomplit que par la réunion des races originairement distinctes. La diversité hiérarchique des trois races est lentement minée par la marche inéluctable vers l’unité de l’espèce humaine. L’histoire met ce faisant fin, malgré un progrès passager, à une situation objectivement supérieure (caractérisée par des supériorités de taille et d’intelligence, par exemple), celle de la séparation des races. Ce processus incontournable tragique est aussi paradoxalement nécessaire, dans la mesure où il rend possible le développement de certaines potentialités humaines. Gobineau pose ainsi comme un résultat scientifique l’inéluctable nécessité du mélange des races et de l’unification de l’espèce humaine. « L’espèce blanche, explique-t-il, considérée abstractivement a désormais disparu de la face du monde… La part de sang arian, subdivisée déjà tant de fois, qui existe encore dans nos contrées, et qui soutient seule l’édifice de notre société, s’achemine chaque jour vers les formes extrêmes de son absorption. Ce résultat obtenu, s’ouvrira l’ère de l’unité » (Essai sur l’inégalité des races humaines). Cette marche de l’espèce de la diversité hiérarchique des trois races vers l’unité constitue tout de même pour l’écrivain une décadence, dont les valeurs du XIXe siècle bourgeois et démocratique sont des symptômes. Gobineau la conçoit tout particulièrement comme un vecteur de holisme, soit une menace pour la liberté individuelle, la création la plus haute des « ariens » hellènes ou germains.

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