Le rôle de l’intellectuel

Le rôle de l’intellectuel Sartre

Le rôle de l’intellectuel est politique. Il est indissociable de l’idée d’« engagement », laquelle exprime la volonté d’un écrivain ou d’un artiste d’influencer par son œuvre les conflits politiques de son temps. Cette influence est rendue possible par l’effet de halo : le prestige social de l’intellectuel confère à son intervention dans la sphère publique une grande légitimité.

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Le rôle de l’intellectuel est de s’engager dans la sphère publique. Il ne rentre pas dans une catégorie socioprofessionnelle ; il n’est pas non plus seulement un personnage. L’intellectuel se caractérise à la fois par un statut sociologique et, sur le plan éthique, par une transcendance qui le porte à défendre une forme d’intérêt général. Il est plus précisément un homme jouissant d’une autorité culturelle (savant, artiste, philosophe, etc.) qui intervient à la conjonction de deux domaines : le domaine des idées, ou le « culturel », d’une part ; et le politique, d’autre part. Ainsi, il est en même temps dans la réflexion et dans l’action. Pascal Ory et Jean-François Sirinelli définissent le rôle de l’intellectuel de la manière suivante : « L’intellectuel sera un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d’homme du politique, producteur ou consommateur d’idéologie » (Histoire des Intellectuels de l’affaire Dreyfus jusqu’à nos jours). Pour accéder à ce statut, « l’homme du culturel » doit prendre le risque de sortir du champ de sa compétence et proposer un regard global sur la société. Un scientifique n’y accède qu’à partir du moment où il prend position dans le débat public (sur les enjeux éthiques d’une technologie, par exemple). Toutefois, cette excursion dérange, comme l’exprime la célèbre formule de Jean-Paul Sartre : « L’intellectuel est celui qui se mêle de ce qui ne le regarde pas » (Plaidoyer pour les intellectuels).

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Le rôle de l’intellectuel change au cours de l’histoire

Le rôle de l’intellectuel est né lors de l’affaire Dreyfus. Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie sa fameuse lettre « J’accuse » dans le journal L’Aurore. Il y prend le risque de dénoncer les membres de l’État-major français qui ont injustement condamné Dreyfus pour trahison. Or, des écrivains (Anatole France, Marcel Proust, ou encore André Gide) manifestent leur solidarité en signant une pétition de soutien. C’est pour qualifier ces signataires que Georges Clemenceau – alors en retrait de la vie politique – emploie le mot « intellectuel » dans un article du 23 janvier publié dans la Revue blanche. Devenu quasi-synonyme d’« écrivain dreyfusard », le terme intègre alors en quelques jours la langue française dans un sens précis – auparavant, le mot servait surtout en tant qu’adjectif, pour caractériser une chose relative à l’activité de l’esprit, avant que le substantif ne se répande dans les années 1870. Pourtant, Zola n’est pas le premier écrivain à intervenir dans l’espace public pour combattre l’injustice. Alors pourquoi ne sont-ce pas Voltaire ou Victor Hugo qui ont fixé le rôle de l’intellectuel ? Si l’affaire Dreyfus marque un tournant en la matière, c’est parce que, pour la première fois de manière éclatante, les écrivains unissent leurs forces dans le but d’influencer l’opinion publique. Il émane de l’association de leurs prestiges respectifs une autorité nouvelle, assez puissante pour concurrencer les autorités traditionnelles. Cependant, les critiques reprochent à l’intellectuel – et cela depuis l’affaire Dreyfus – son incompétence et son manque de patriotisme.

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Le rôle de l’intellectuel a changé à la fin du XXe siècle. Après en avoir fait, selon Roland Barthes, le bouc émissaire idéal de la société, l’opinion publique s’est mise à lui reprocher son silence, voire sa désertion. À l’aube d’un nouveau millénaire, l’ère de l’intellectuel semblait révolue. Pour certains, le décès de Sartre en 1980 a symbolisé celui de la figure qu’il avait incarnée dans le monde entier. Au-delà du symbole, c’est toute une génération de grands intellectuels influents qui a abandonné le monde des vivants dans les années 1980 : Roland Barthes en 1980, Jacques Lacan en 1981, Raymond Aron en 1983, ou encore Michel Foucault en 1984. On pouvait donc se demander si le rôle de l’intellectuel disparaîtrait : « Faudra-t-il écrire, imagine Bernard-Henri Lévy, dans les dictionnaires de l’an 2000 : Intellectuel, nom masculin, catégorie sociale et culturelle née à Paris au moment de l’affaire Dreyfus, morte à la fin du XXe siècle, n’a apparemment pas survécu au déclin de l’universel ? » (Éloge des Intellectuels). Dans la conscience collective, la fin des grands discours idéologiques a entraîné un désengagement massif des écrivains. Critique des erreurs de ses prédécesseurs (le communisme de Sartre et Aragon, le maoïsme de Barthes, le soutien de Foucault à la révolution iranienne), la nouvelle génération ne voulait plus sortir de son champ de compétence. D’après Lévi-Strauss, la France de la fin du XXe siècle rentrait dans une période historique sans « maître à penser ».

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Qui est Romain Treffel ?
Passionné par les idées, je veux vous aider à mieux comprendre votre existence grâce au meilleur de la pensée. C’est dans cet esprit que je travaille à rendre les grands concepts plus accessibles et les grands auteurs plus proches de nous. Passé par l’ESCP, la Sorbonne, et l’École Normale Supérieure, j’aide également les étudiants à réussir les épreuves littéraires des concours des grandes écoles.
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