Introduction au thème « La parole »

ÉTYMOLOGIE & DÉFINITION

Le mot « parole » est une contraction du mot « parabole », issu du latin parabola, lui-même emprunté au grec ancien parabolè, qui signifie « comparaison, illustration ». La parabole est une figure de rhétorique consistant en une courte histoire qui utilise des événements banals pour illustrer un enseignement, une morale ou une doctrine. Elle est un détour fait pour signifier plus éloquemment, une analogie établie entre le récit et un discours qui se laisse ainsi mieux discerner que par un enseignement direct. Il ressort donc de l’étymologie du mot « parole » à la fois son origine intellectuelle – elle est un détour inventé par l’esprit – et le fait qu’elle constitue un effort de concrétisation de la pensée – la vertu pédagogique de la parabole est de rendre concret une idée ou un concept.

On peut donc définir la parole comme l’usage qui est fait du langage et de la langue dans un contexte particulier. Ainsi, cette définition est dépendante de celles du langage et de la langue : le premier désigne la faculté humaine de parler, tandis que la seconde est le code propre à une communauté linguistique. Le sens du mot « parole » est également lié à la distinction entre l’homme, seul capable de parole, et l’animal, qui communique autrement. La parole est plus précisément une faculté qui se développe chez l’humain pendant l’enfance, probablement par mimétisme, au contact des semblables qui en sont déjà doués.

>> Le langage en moins d’une minute

QUE RÉVÈLE LE CHOIX DE CE THÈME ?

Le choix de ce thème de culture générale pour les concours de Prépa HEC en 2017 appelle deux remarques générales : 1° il s’agit d’un thème classique ; 2° il s’agit d’une petite rupture par rapport aux thèmes précédents.

« La parole » est tout d’abord un thème très classique. Il s’agit déjà d’un sous-thème du programme de philosophie au Bac, rangé sous l’intitulé « Le langage » dans le thème « La culture ». Cela a une implication pratique évidente : la quantité de contenu disponible (notamment sur internet) est importante, et il ne faut pas hésiter à y recourir. Ensuite, si le thème n’existe pas tel quel dans le programme de première année, il y a une utilité transversale, c’est pourquoi il a forcément été évoqué à plusieurs reprises (ne serait-ce que dans l’étude de la démocratie antique, ou de la parole divine dans les trois monothéismes). Il peut donc être intéressant, par exemple, de regrouper toutes ses références de première année dans une fiche. Enfin, il s’agit aussi du thème de 2012-2013 des prépas scientifiques. Alors certes, celles-ci fonctionnent avec un corpus obligatoire de trois œuvres, mais il doit être possible de récupérer pas mal d’analyses intéressantes (littéraires, notamment) par ce canal-là.

Ce thème est ensuite dans une certaine mesure en « rupture » avec les précédents. En effet, les thèmes de 2014 (l’espace), 2015 (la vérité) et 2016 (la nature) étaient plus généraux, en conséquence de quoi ils étaient notamment beaucoup plus difficiles à définir. Prenons par exemple les deux derniers : la vérité est indéfinissable, voire elle n’existe même pas ; la nature, quant à elle, admet une bonne quinzaine de définitions, dont une bonne partie sont polluées par la porosité de sa frontière avec la culture. En comparaison, la parole est une notion beaucoup plus précise : c’est l’usage qui est fait du langage et de la langue dans un contexte particulier.

Il existe toutefois deux sources de difficultés. Tout d’abord, son sens a forcément, lui aussi, des frontières poreuses, tout particulièrement avec les notions de langue et de langage. Ensuite, celles-ci admettent, comme toute notion, des usages dérivés, comme les codes particuliers créés artificiellement par l’homme (le langage des couleurs, le langage, des mathématiques, le langage musical), ou encore des usages métaphoriques (le langage des armes, le langage de la force, le langage de la nature).

À QUELS TYPES DE CONNAISSANCES LE THÈME RENVOIE-T-IL ?

Une remarque préalable s’impose : indépendamment du thème, l’intitulé de la discipline (« culture générale ») doit inviter les préparationnaires à faire usage d’une grande diversité de références (philosophiques, littéraires, historiques, économiques, poétiques, cinématographiques, etc.), quand bien même leurs professeurs, agrégés de philosophie ou de littérature, donnent une préférence excessive à leur spécialité. S’il est vrai que les références philosophiques et littéraires sont celles qui correspondent le mieux à l’esprit de l’épreuve, elles ne doivent pas jouir d’un monopole, notamment à l’encontre des connaissances historiques, qui sont tout à fait légitimes en même temps qu’elles possèdent un effet rafraîchissant sur le correcteur.

Par rapport au thème, maintenant, il découle de l’analyse précédente que « la parole » renvoie prioritairement à trois types de connaissances :

1. les références philosophiques classiques, telles qu’enseignées notamment dans le programme de terminale ;

2. un savoir spécialisé propre à certaines disciplines, telles que la linguistique, la communication politique, la sociologie du discours, la médiologie (étude des rapports entre la culture et les techniques), voire la synergologie (le langage non verbal), etc. ;

3. les analyses précises de certaines paroles (surtout les grands discours).

UNE REVUE DES SOUS-THÈMES AVEC CERTAINES RÉFÉRENCES

Comme pour tout thème, il n’existe pas de liste précise et exhaustive de ses sous-thèmes. « La parole » peut être divisé en 5-10 sous-thèmes, et nous nous en tiendrons à 10 (en gras) par ambition à la fois de clarté et d’exhaustivité.

Il semble qu’il faille tout d’abord s’interroger sur l’origine de la parole : d’où vient cette faculté ? Quand naît-elle ? L’acquisition du langage est par exemple un moment charnière dans l’enfance : il y a un avant et un après le langage (Biffures, Michel Leiris). Est-elle pour autant automatique ? Ne dépend-elle pas de certaines conditions ? L’étude des enfants sauvages (cf. L’Enfant sauvage de Truffaut) tend à montrer que la parole est une faculté qui s’épanouit seulement en société ; hors d’elle, l’individu ne peut qu’émettre des sons animaux, qui constituent certes un mode de communication, mais d’une essence différente – et semble-t-il inférieure – au mode de communication des humains, le langage.

Ensuite surgit la problématique du lien unissant la pensée et la parole : celle-ci est-elle fidèle à celle-là ? Est-elle au moins capable de tout exprimer ? Quelles seraient ses limites ? Pour Bergson, la parole est incapable d’exprimer fidèlement les sentiments de l’individu et la réalité authentique des choses, parce que les mots ne décrivent que l’aspect extérieur de toute chose, y compris de l’intériorité du sujet (Le rire). Pour autant, il semble qu’il existe un rapport très intime entre la pensée et la parole : le langage ne se résume pas au médium ni la pensée au message ; sa fonction se rapproche davantage de celle d’un logiciel. Une langue ne reproduit pas la réalité, elle la reconstruit d’une manière qui lui est propre et constitue en cela un paradigme : l’individu voit et comprend le monde à travers les lunettes de sa langue (Linguistique et anthropologie, Benjamin L. Whorf).

Ainsi, bien davantage que décrire la réalité, la parole trahit l’identité : la manière dont le sujet parle traduit ce qu’il est. Il est donc un lien entre la subjectivité et la parole. Celle-ci serait même pour Kant au fondement de la subjectivité, car c’est de la capacité à dire « je » qu’émerge une conscience unie dans le temps (Anthropologie du point de vue pragmatique). Surnommée talking cure, la psychanalyse est là aussi un terrain d’investigation fertile, notamment quand elle montre que des dimensions enfouies de l’identité se manifestent involontairement par l’intermédiaire de la parole. Dans ce cas de figure, la parole exprime, de manière spontanée et contre la volonté du sujet, une forme de vérité le concernant.

>> La parole dans la psychanalyse

Serait-ce à dire que la parole est le véhicule privilégié de la vérité ? Ne serait-elle pas, au contraire, surtout vectrice d’illusions et de mensonges ? Il est entre la vérité et la parole une relation très ambiguë. L’actualité nous rappelle souvent, par exemple à travers les plus gros mensonges des hommes politiques, combien la parole peut bâtir la crédibilité, c’est-à-dire l’apparence de la vérité, quand bien même l’énoncé ne correspond pas aux faits… Alors que Kant voit la vérité comme un devoir absolu dans la mesure où elle fonde tous les devoirs d’un contrat et que la moindre exception la rendrait chancelante (D’un prétendu droit de mentir par humanité), Benjamin Constant considère lui qu’un devoir de vérité est impossible en pratique, car il détruirait la société, et qu’il trouve ses limites dans nos autres devoirs ; dire la vérité ne constitue dès lors une obligation qu’envers ceux qui ont droit à la vérité (Le droit de mentir).

>> Les sophistes

La conviction est donc un aspect fondamental de la parole. Prendre la parole, c’est saisir l’opportunité de convaincre autrui, de l’amener à partager ses propres vues, ce qui est par exemple le préalable à la conduite d’une action commune. C’est pourquoi naît le risque que, à l’instar des sophistes de l’Antiquité, celui qui use de la parole le fasse sans considération aucune de la réalité factuelle, c’est-à-dire avec pour seule finalité d’emporter l’adhésion de l’auditoire. Telle est la perspective de Schopenhauer dans L’Art d’avoir toujours raison : le débat ne fait pas triompher la vérité, mais la thèse qui, grâce aux artifices oratoires, en prend la meilleure apparence aux yeux des témoins.

>> La rhétorique

En découle la nécessité d’une éthique de la parole. Quand prendre la parole ? Il serait intéressant de regarder du côté de certains courants philosophiques et spirituels (le bouddhisme ou le monachisme catholique, par exemple) pour lesquels la parole doit être contenue, voire évitée, au profit de la réflexion et de la méditation – ce qui constitue comme une « éthique du silence ». Comment la parole devrait-elle être prise ? Dans quel but ? Tout le monde a-t-il droit à la parole ? Quelles seraient les limites de la liberté d’expression ? Il faut remarquer ici que la démocratie est le système politique qui promeut une conception toute particulière de la parole, où chacun est encouragé à s’exprimer, mais dans le respect de la parole d’autrui. Il serait intéressant d’étudier le concept de démocratie « participative », né chez John Dewey (Démocratie et éducation, 1916) et approfondi par Habermas (Notes programmatiques pour fonder en raison une Éthique de la discussion), qui a pris une ampleur médiatique lors de l’élection présidentielle française de 2007 (c’était un des thèmes principaux de la campagne de Ségolène Royal).

>> La liberté d’expression selon John Stuart Mill

De la question de la conviction découle également le lien entre le pouvoir et la parole. Celle-ci est en effet, de manière évidente, un attribut du pouvoir, comme en témoignent toute la théâtralité et le décorum traditionnellement associés à la moindre prise de parole d’un chef d’État – et ces caractéristiques demeurent en dépit de la rationalisation du monde (Weber). Est-il aussi besoin de rappeler que l’homme est un « animal politique » (Aristote, Politiques), dans la mesure où son aptitude au discours rationnel le conduit naturellement à rechercher (et à argumenter sur) la meilleure forme d’organisation de la vie en communauté ? Pierre Clastres montre par exemple à propos du chef des sociétés amérindiennes qu’il est obligatoirement un bon orateur, car son pouvoir étant sous la dépendance du groupe, il doit prouver à tout instant l’innocence de sa fonction (Philosophie de la chefferie indienne, dans La Société contre l’État). La place prise dans les sociétés modernes par la communication politique doit en particulier interroger sur les limites de la parole politique.

>> Le discours politique

Elle doit aussi interroger sur le rapport entre l’action et la parole. Dans quelle mesure la parole engage-t-elle à agir ? Le seul exemple de l’homme politique laisserait à penser qu’il est entre les deux une parfaite indépendance : « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. » avait dit Jacques Chirac dans un moment de grande franchise. Toutefois, le lien entre l’action et la parole peut aussi se révéler très fort. D’une part, beaucoup de promesses engagent en réalité très fortement ceux qui les formulent, et elles peuvent même avoir une implication juridique, comme dans le cas de la promesse de vente en droit commercial. De manière plus générale, les échanges et le commerce reposent fondamentalement sur le respect de la parole donnée (voir par exemple l’importance du contrat chez Hayek). D’autre part, certaines phrases, les énoncés dits « performatifs », ont ainsi la capacité d’accomplir elles-mêmes l’acte qu’elles désignent (par exemple, l’affirmation du maire « Je vous déclare mari et femme. » pour sceller un mariage) à condition que l’assistance agrée cette capacité (Quand dire c’est faire, John Austin).

>> Le discours performatif (John Austin)

Enfin, il est possible de s’arrêter sur un cas particulier d’action en étudiant le lien entre la guerre et la parole. Il faut comprendre tout d’abord que la guerre intervient quand la parole, incarnée par la diplomatie, a échoué : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » a joliment résumé le stratège prussien Clausewitz (De la guerre). Cependant, la parole a aussi une fonction primordiale dans la guerre, pour concrétiser un engagement, justifier un choix, ou encore faire un récit légitimateur des événements. L’histoire du XXe siècle se souvient par exemple du discours du 18 juin 1940, qui démontre toute la puissance de la parole, capable à elle seule de rebattre les cartes d’un événement majeur ; ou encore du « Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur… » de Churchill. Le film Le Discours d’un roi (Tom Hooper) se regarde aussi avec profit, qui traite de la préparation du discours radiophonique prononcé par George VI en septembre 1939 pour l’entrée du Royaume-Uni dans la guerre contre l’Allemagne.

>> L’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle
>> Le discours devant la Chambre des communes de Churchill

COMMENT LE TRAVAILLER LE THÈME ?

L’équipe du blog 1000 idées de culture générale vous recommande de travailler le thème selon 4 lignes directrices :

1. ne pas lire de textes ni de livres : c’est beaucoup trop long, souvent trop pénible, et le retour sur investissement ne vaut pas le coup ;

2. s’entraîner à la méthode de la dissertation en faisant des plans détaillés* : la section « La parole – Prépa HEC » du blog vous fournira régulièrement des plans détaillés et même des dissertations entièrement rédigées sur le thème (certains plans et certaines dissertations seront réservés aux abonnés à la newsletter « La parole – Prépa HEC » [inscription gratuite]) ;

3. produire et apprendre par cœur des paragraphes à réutiliser dans les dissertations : la section « La parole – Prépa HEC » du blog fournira entre 50 et 100 paragraphes, dont une bonne part seront réservés aux abonnés à la newsletter ;

4. s’entraîner à faire des dissertations en conditions réelles*.

* Pour ceux qui le souhaitent, il sera possible de faire corriger leurs plans détaillés ou leurs dissertations par des membres de l’équipe du blog.

Pour ceux qui souhaitent d’ores et déjà préparer le thème pendant les vacances, Romain Treffel, qui dirige l’équipe de rédacteurs de ce blog, est disponible sur Livementor.

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La culture générale est votre bête noire en prépa HEC ? Vous préférez les sensations des sables mouvants à celles d’une dissertation ? Vous êtes fatigués de passer un temps interminable à relire un cours confus, digressif et incohérent ? Passez à la méthode des paragraphes !

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