Jean Baudrillard Simulacres et simulation

Simulacres et simulation ont remplacé l’existence authentique. Les hommes en sont arrivés à un point, diagnostique Jean Baudrillard dans Simulacres et simulation, où la simulation du réel a pris le pas sur le réel. Cette thèse a inspiré le film Matrix, mais il n’y est pas rigoureusement fidèle dans la mesure où son scénario repose sur la séparation, plutôt que sur la confusion, entre un monde réel et un monde virtuel.

>> Le Cogito de Descartes sur un post-it

La simulation est un rapport particulier à la réalité. Jean Baudrillard explique ce concept en distinguant la « simulation », d’une part, et la « dissimulation », d’autre part. Il prend l’exemple d’un malade qui, en plus de rester au lit, simule la maladie en en imitant les symptômes. Or, ces symptômes sont bien réels lorsqu’il les produit – c’est seulement leur origine qui change par rapport à une affection véritable. Cet exemple montre que la simulation menace la distinction du vrai et du faux, du réel et de l’imaginaire : « Dissimuler est feindre de ne pas avoir ce qu’on a. Simuler est feindre d’avoir ce qu’on n’a pas. […] Feindre, ou dissimuler, laissent intact le principe de réalité : la différence est toujours claire, elle n’est que masquée. Tandis que la simulation remet en cause la différence du vrai et du faux, du réel et de l’imaginaire » (Simulacres et Simulation). Jean Baudrillard reprend à son compte la métaphore de la carte de l’écrivain Jorge Luis Borges : des cartographes créent une carte si précise qu’elle aboutit à recouvrir très exactement le territoire. Dans la perspective de cette image, les simulacres modernes substituent désormais la carte au territoire – elle n’en est plus seulement la copie, elle le remplace. Jean Baudrillard illustre notamment sa thèse sur la simulation avec le parc d’attraction Disneyland, qu’il considère comme « le modèle parfait de tous les ordres de simulacres enchevêtrés ».

>> L’idéalisme absolu de Berkeley sur un post-it

Jean Baudrillard dénonce l’effet des simulacres et de la simulation

Simulacres et simulation résultent du développement des médias. Jean Baudrillard affirme qu’ils sont l’expérience commune dans une société prisonnière de l’extase de la communication. Il dénonce en particulier l’effet de la télévision. Évoquant une émission américaine de téléréalité de 1971 (une famille suivie au quotidien pendant plusieurs mois, de manière prétendument anodine, aux dires du réalisateur), il reproche à la simulation télévisuelle de priver l’individu de sa capacité de projection psychologique dans son environnement. Alors qu’on associait les médias à l’imaginaire – par opposition à la réalité –, les simulacres médiatiques brouillent désormais la frontière. « Nous ne sommes plus dans la société du spectacle, dont parlaient les situationnistes, pose Jean Baudrillard, ni dans le type d’aliénation et de répression spécifiques qu’elle impliquait. Le medium lui-même n’est plus saisissable en tant que tel, et la confusion du medium et du message (Mac Luhan) est la première grande formule de cette ère nouvelle » (Simulacres et Simulation). Ainsi, les hommes perdraient contact avec la réalité à cause de la simulation continuelle du réel par l’image. Les écrans qui plongent le sujet dans le simulacre le détachent matériellement et affectivement du monde extérieur. Le philosophe pointe également du doigt le traitement médiatique de l’information, dont la surabondance entraîne la disparition du sens, la mise en scène de la communication primant dorénavant le contenu. Jean Baudrillard compare les médias à un code génétique qui commande la mutation du réel en « hyperréel ».

>> La galaxie Gutenberg de Marshall McLuhan sur un post-it

Simulacres et simulation abolissent la distinction entre le réel et l’imaginaire. Jean Baudrillard explique qu’au fur et à mesure que la société de consommation s’enfonce dans la simulation, les images changent de fonction à l’égard du réel. Dans une première phase, l’image est le reflet d’une réalité profonde – elle est une bonne apparence, de l’ordre du sacrement. Dans une seconde phase, elle masque et dénature une réalité profonde – elle est une mauvaise apparence, de l’ordre du maléfice. Après que les signes dissimulent quelque chose (dans les deux premières phases), s’opère un passage décisif à des phases dans lesquelles les signes dissimulent qu’il n’y a rien. D’après Jean Baudrillard, l’image en vient ainsi, dans une troisième phase, à masquer l’absence de réalité profonde – elle joue à être une apparence, elle est de l’ordre du sortilège. « Du même ordre que l’impossibilité de retrouver un niveau absolu du réel est l’impossibilité de mettre en scène l’illusion, écrit le philosophe. L’illusion n’est plus possible, parce que le réel n’est plus possible. C’est tout le problème politique de la parodie, de l’hypersimulation ou simulation offensive, qui est posé » (Simulacres et Simulation). Enfin, dans une quatrième et dernière phase, l’image est sans rapport à quelque réalité que ce soit : elle n’est plus qu’un simulacre dans un processus de simulation. Pour Jean Baudrillard, on peut assimiler le monde de la fin du XXe siècle à un artefact technologique qui annule toute distinction entre le réel et l’imaginaire.

>> La société de consommation selon Jean Baudrillard sur un post-it