L’agression selon Konrad Lorenz

Konrad Lorenz L'agression : une histoire naturelle du mal

L’agression est devenue rare. Konrad Lorenz affirme dans L’agression : une histoire naturelle du mal que l’homme civilisé ne comprend pas le sens de l’agression parce qu’il confond les conflits qui se produisent dans la nature avec les guerres humaines de grande ampleur qui menacent la planète entière. Biologiste et zoologiste, il étudie l’agressivité des espèces animales afin de trouver l’origine et la logique de la violence humaine.

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Tous les combats ne relèvent pas de l’agression. Konrad Lorenz pose que si l’hostilité est omniprésente dans la nature, on ne peut cependant pas parler d’une « guerre de tous contre tous ». Par exemple, jamais un tigre ne se battra avec un python ou un crocodile, pour la simple raison que ses intérêts vitaux ne sont pas en jeu. Le biologiste s’efforce donc de ne pas confondre l’agression et la lutte pour l’existence : « L’expression « lutte pour l’existence » est souvent mal interprétée ; elle fait penser à une lutte entre espèces différentes. Mais en vérité, la « lutte » à laquelle pensait Darwin est en premier lieu une concurrence entre proches parents » (L’agression : une histoire naturelle du mal). En dernière instance, il n’existe que deux types de combats : 1° l’attaque d’une proie par un prédateur, et 2° le conflit entre deux concurrents. Or, précise Konrad Lorenz, le premier type ne constitue pas un combat au sens propre. Un lion qui poursuit une antilope n’est pas agressif comme lorsqu’il domine un rival ; un chien qui chasse manifeste la même allégresse que lorsqu’il accueille son maître. En revanche, la contre-offensive de la proie acculée relève davantage de l’agression : n’escomptant aucune pitié de la part du prédateur, la proie se défend avec l’énergie du désespoir. Konrad Lorenz interprète tous les combats animaux dans la perspective de la sélection naturelle.

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Konrad Lorenz révèle la logique de l’agression

L’agression remplit des fonctions. Konrad Lorenz a induit de son observation des poissons coralliens le lien entre l’attachement au territoire et l’agressivité. Il a théorisé les trois fonctions de l’agression : 1° répartir les individus d’une même espèce sur le territoire ; 2° donner une issue à la concurrence ; 3° défendre la progéniture. La première fonction est à l’origine de la répugnance que certains animaux éprouvent pour les individus de leur propre espèce : « Le danger, explique Konrad Lorenz, que, dans une partie du biotope disponible, une population trop dense d’une seule espèce d’animaux épuise toutes les ressources alimentaires, est éliminé de la façon la plus simple si ces animaux d’une même espèce éprouvent de la répugnance les uns envers les autres » (L’agression : une histoire naturelle du mal). Il compare cette répugnance à celle qu’éprouve un médecin envers un confrère qui s’installe trop près de son cabinet. Plus le lieu lui est familier, plus l’animal est agressif. Les individus sont toutefois capables de partager le territoire dans le temps, à l’instar des chats qui évaluent la fraîcheur de l’urine. La deuxième fonction de l’agression sert l’intérêt de l’espèce, car elle assure la reproduction des individus les plus vigoureux. La troisième explique l’agressivité du parent en charge des petits. Cependant, l’agression n’a pas cours dans les espèces vivant en bandes compactes, sans liens affectifs individualisés. Konrad Lorenz précise également que les espèces agressives canalisent leur violence par des mécanismes de bouc émissaire ou des techniques d’apaisement.

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L’agression humaine est un enjeu particulier. Konrad Lorenz part du constat que les hommes ne sont pas capables d’inhiber leur agressivité comme les grands carnivores. Au contraire, les armes qu’ils ont créées empêchent la victime d’avoir le temps de se soumettre. La violence humaine a toutefois été canalisée par la présence d’ennemis extérieurs à la tribu, puis par le développement de l’intelligence. Seulement, il existe toujours un décalage entre la puissance meurtrière et l’inhibition morale, si bien que le risque d’autodestruction demeure. Konrad Lorenz souligne en outre l’aléa moral engendré par les armes modernes : l’homme qui appuie sur un bouton n’a pas à en subir les conséquences. Or, la technologie n’est pas le seul adjuvant de l’agressivité humaine. Le biologiste pointe du doigt « l’enthousiasme militant », cette faculté tribale à prendre un risque pour défendre son prochain. Dans les grandes sociétés modernes, les symboles collectifs conditionnent l’individu à se sacrifier pour le collectif — ce qui le rend capable du meilleur comme du pire. Il faut donc orienter cette capacité de sacrifice vers des valeurs supérieures : « la conclusion évidente est que l’amour et l’amitié doivent comprendre l’humanité tout entière et que nous devons aimer nos frères humains sans discrimination » (L’agression : une histoire naturelle du mal). L’agression ne doit pas disparaître, car elle nourrit de nobles facultés, tels la motivation ou le respect de soi-même. Konrad Lorenz préconise de la canaliser par la sublimation, la catharsis, l’amitié internationale, le sport, et le rire.

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Qui est Romain Treffel ?
Passionné par les idées, je veux vous aider à mieux comprendre votre existence grâce au meilleur de la pensée. C’est dans cet esprit que je travaille à rendre les grands concepts plus accessibles et les grands auteurs plus proches de nous. Passé par l’ESCP, la Sorbonne, et l’École Normale Supérieure, j’aide également les étudiants à réussir les épreuves littéraires des concours des grandes écoles.
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