La parole Prépa HEC

La parole apparaît tout d’abord comme une condition essentielle de la démocratie. En effet, comme la démocratie se définit comme « le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple » (formule du président américain Lincoln), c’est-à-dire par la responsabilité (partielle ou totale, selon les formes de démocratie) du peuple à l’égard de son propre destin, il est nécessaire qu’il soit en mesure de prendre les bonnes décisions (ce qui, pour Platon, est impossible). Or, cela présuppose que le peuple puisse être informé, puis réfléchir. La démocratie est donc tout d’abord conditionnée par la parole comme vecteur d’information. Tel est l’argument qui explique le rôle démocratique essentiel des médias dans les régimes modernes. Pour Karl Popper (La Société ouverte et ses ennemis), la liberté d’information et le pluralisme de la presse sont nécessaires en tant que conditions sine qua non pour que la vérité objective, c’est-à-dire une information non encore démentie, émerge. La démocratie est ensuite conditionnée par la parole dite « délibérative », c’est-à-dire celle qui sert au débat et porte sur l’avenir. Comme l’exprime la célèbre expression d’Aristote de l’« animal politique » (Les politiques), la parole comme restitution rationnelle de la réalité objective permet à la communauté d’accoucher, par l’échange des discours, d’une conception commune négociée de l’organisation de la Cité.

>> La société ouverte de Karl Popper sur un post-it
>> La dangerosité de la démocratie selon Platon sur un post-it

La parole démocratique doit par conséquent être libre. La liberté de parole est en premier lieu la condition de légitimité l’action politique démocratique. Les citoyens doivent pouvoir s’exprimer et débattre pour faire émerger un consensus qui permettra de prendre une décision légitime, parce que conforme à la volonté collective de la majorité. Cette fonction de la parole démocratique est surtout propre à la démocratie directe, dont relève par exemple le référendum (toujours précédé d’une intense période de débat) dans le système français. La liberté d’expression est plus généralement considérée comme un critère de définition des démocraties modernes. Pour le juriste Guy Carcassonne, une démocratie moderne garantit en effet la responsabilité des gouvernants à l’égard des gouvernés (c’est selon lui « la première dette du pouvoir ») grâce à la liberté d’expression de la presse et à la liberté d’enquête (introduction à La Constitution). La liberté d’expression est d’ailleurs protégée par l’article 11[1] de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, aujourd’hui intégrée au Préambule de la Constitution de 1958, laquelle définit, à son article 1, la France comme une République « démocratique ». Ainsi, la démocratie requiert la liberté de la parole.

>> La liberté d’expression selon John Stuart Mill

À force, la parole démocratique devient sophistiquée. Comme la parole (libre) est essentielle au bon fonctionnement de la démocratie, elle se raffine à l’usage. Étant dépendant de sa parole pour emporter l’adhésion, le citoyen, et plus encore l’homme politique, prend soin de travailler, de polir son discours pour lui conférer une efficacité calculée. Il use ainsi de l’art de la rhétorique, divisée par Quintilien en cinq parties (Institutions oratoires) : l’inventio (trouver des arguments), la disposition (structuration de l’argumentation), l’elocutio (trouver les bons mots), l’actio (diction et gestes), et la memoria (se souvenir du discours). La rhétorique a été redécouverte dans la société de l’information par les professionnels de la communication (publicité, médias, politique, etc.), lesquels ont élevé la parole démocratique à un niveau de sophistication scientifique. Par exemple, le discours politique été standardisé par la communication : « règle des 4 C » (clarté, concision, cohérence, crédibilité), vitesse d’élocution entre 130 et 150 mots par minute, les 2 000 mots du « français fondamental », refus de l’agressivité verbale, etc.

>> La rhétorique
>> Le discours politique

La parole démocratique est cependant tyrannique. Dans la réalité, l’idéal démocratique du peuple maître de lui-même est perverti par les effets de masse. Si, au niveau individuel, l’animal mimétique qu’est l’homme subit déjà l’influence de son voisin, les grandes populations donnent elles naissance à d’impressionnants phénomènes de contagion de l’opinion. La comparant à une « âme collective », Gustave Le Bon caractérise la foule par une unité mentale hypnotique qui permet à ses membres de libérer leurs plus bas instincts, et aux gouvernants de les manipuler par la répétition d’images simples et fortes faisant appel à l’irrationnel et à l’inconscient (La psychologie des foules). C’est dans cette même perspective que Tocqueville met en garde contre la « tyrannie de la majorité » : « dès que [la majorité] est irrémédiablement prononcée, chacun se tait », déplore-t-il dans De la démocratie en Amérique. S’il existe des opinions communes dans toutes les sociétés, c’est seulement dans la société démocratique que l’opinion commune prévaut sans obstacle, car les autres sources possibles d’opinion ont perdu toute créance face à la parole démocratique majoritaire. Rousseau identifie là dans Du contrat social l’obstacle majeur à l’expression de la volonté générale ; c’est pourquoi il préconise la suppression des partis politiques, afin de rendre le vote totalement indépendant.

>> La démocratie selon Tocqueville sur un post-it
>> La volonté générale de Rousseau sur un post-it

[1] « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

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