La question juive Marx

La question juive est liée à l’aliénation économique. Dans Sur la Question juive, le jeune Karl Marx (25 ans) critique frontalement les positions du jeune hégélien Bruno Bauer, qui s’appuient sur une analyse de la compatibilité de la religion et de la liberté politique garantie par les droits de l’homme, concernant les revendications politiques des Juifs de Prusse. L’article a suscité beaucoup de polémiques parce qu’il s’apparente, selon les interprétations, à un pamphlet antijudaïque, voire antisémite.

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Avertissement : cette synthèse se borne à résumer aussi clairement que possible l’article de Karl Marx publié en 1844 intitulé Sur la Question juive, de telle sorte que la teneur du propos ne peut en aucun cas être tenue pour le reflet des opinions personnelles de Romain Treffel ou de la ligne éditoriale du site 1000 idées de culture générale.

La question juive ne relève pas la religion. Marx reconnaît que le théologien et philosophe allemand Bruno Bauer a clarifié et renouvelé la question de l’émancipation juive, mais il lui reproche de ne pas l’avoir élevée à la hauteur de l’enjeu de l’émancipation humaine. En se focalisant sur les rapports de la religion et de l’État, le jeune hégélien perd de vue que c’est l’homme, et non pas seulement le Juif, qu’il faut libérer. Or, il serait nécessaire que le Juif et le chrétien renoncent à leurs religions respectives (qui ne sont que des « peaux de serpent ») pour entrer dans un rapport purement humain. Pour Marx, réfléchir à la question juive conduit à réaliser que l’émancipation politique n’équivaut pas à l’émancipation humaine : « La limite de l’émancipation politique apparaît immédiatement dans ce fait que l’État peut s’affranchir d’une barrière sans que l’homme en soit réellement affranchi, que l’État peut être un État libre, sans que l’homme soit un homme libre » (Sur la Question juive). De fait, lorsque l’État est ainsi l’intermédiaire de la liberté humaine, l’homme est dédoublé : à l’individu vivant, réel qui appartient à la société civile s’oppose l’individu politique, le membre imaginaire d’une souveraineté imaginaire, le citoyen qui existe uniquement sous la coupe de l’État politique. Marx en conclut que l’émancipation civique des Juifs ne résoudrait pas le problème de fond.

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Marx relie la question juive à la corruption par l’argent

La question juive est celle de l’immoralité du judaïsme. Marx affirme que Bauer se trompe dans la mesure où il voit en la religion juive la clé de la judaïté[1]. Or, il ne s’agit là que de l’essence idéale et abstraite du Juif, non pas de son essence totale. Pour résoudre la question juive, il faut au contraire considérer le Juif réel, celui de tous les jours, plutôt que de le réduire à « celui du Sabbat », comme le fait le jeune hégélien. Le problème qui apparaît dans cette nouvelle perspective est que l’essence humaine s’effacerait devant l’essence juive, laquelle l’emporterait toujours sur les obligations humaines et politiques. Marx avance que les Juifs se servent de leur religion pour voiler l’infamie de leurs buts profanes. Si le judaïsme s’est peu développé sur le plan théorique, ce serait parce que son rapport au monde se fonde sur le besoin pratique. « Quel est le fond profane du judaïsme, demande Marx ? Le besoin pratique, l’utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L’argent » (Sur la Question juive). Le judaïsme recèlerait donc un élément antisocial que les révolutions industrielles auraient porté à son paroxysme. Dès lors, l’infériorité politique des Juifs serait en réalité insignifiante en raison de la soumission du pouvoir politique aux puissances d’argent. Marx en déduit que la résolution de la question juive passe par la suppression des possibilités de « trafic », après quoi les Juifs pourront eux aussi travailler à l’émancipation humaine générale.

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La question juive révèle la corruption de la société bourgeoise. Marx accuse le judaïsme d’être en dernière instance responsable de l’aliénation de l’homme et de la nature parce qu’il aurait diffusé un certain rapport au monde fondé sur le besoin égoïste et le trafic. S’il a réussi à survivre au cours de l’histoire, c’est parce que la judaïté se serait sécularisée et diffusée dans la société bourgeoise, jusqu’à ce que celle-ci adopte le même esprit pratique que les Juifs. Ceux-ci auraient historiquement porté l’argent à son pinacle, puis contaminé la mentalité des peuples européens : « Le Juif s’est émancipé d’une manière juive, vitupère Marx, non seulement en se rendant maître du marché financier, mais parce que, grâce à lui et par lui, l’argent est devenu une puissance mondiale, et l’esprit pratique juif l’esprit pratique des peuples chrétiens. Les Juifs se sont émancipés dans la mesure même où les chrétiens sont devenus Juifs » (Sur la Question juive). La société serait désormais, par la seule faute des Juifs, tout entière à la merci du dieu argent, qui change toute chose en marchandise. En pratique, cette nouvelle religion séculière enseignerait le mépris de la nature, de la vie de l’esprit, de l’art, de l’histoire, de l’humanisme, ainsi que la réduction de toute créature à l’état de propriété. Marx dénonce la prétendue responsabilité du judaïsme dans la marchandisation des rapports humains, laquelle accouche d’un monde d’individus atomistiques foncièrement hostiles les uns aux autres.

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[1] Le fait d’être juif, l’essence juive.