Ferdinand de Saussure langage langue parole Cours de linguistique générale

Ferdinand de Saussure a fondé l’approche structuraliste des langues. Alors que la linguistique ne consistait jusqu’alors que dans une généalogie historique comparative des différentes langues, il propose lui une nouvelle perspective qui étudie la langue dans son organisation interne. Il édifie dans son Cours de linguistique générale une théorie dont héritera toute la linguistique du XXe siècle.

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La langue n’est ni le langage ni la parole. Ayant pour ambition d’échafauder une théorie cohérente du langage, Ferdinand de Saussure le distingue tout d’abord des langues. Il le définit alors comme la faculté générale de pouvoir s’exprimer au moyen de signes. Si cette faculté n’est pas l’apanage des langages naturels, elle caractérise toute forme de communication humaine. Dès lors, la langue se conçoit comme un ensemble de signes utilisés par une communauté pour communiquer, ce que sont donc par exemple le français, l’anglais, ou l’allemand. « Elle est la partie sociale du langage, écrit Saussure, extérieure à l’individu, qui à lui seul ne peut ni la créer ni la modifier ; elle n’existe qu’en vertu d’une sorte de contrat passé entre les membres de la communauté » (Cours de linguistique générale). Son assimilation requiert un apprentissage, c’est pourquoi l’enfant ne la maîtrise que progressivement. Elle est nécessairement distincte de la parole, c’est-à-dire de l’utilisation concrète des signes linguistiques dans un contexte précis, car un homme ne pouvant plus parler est capable de comprendre les signes vocaux qu’il entend. Elle peut donc être étudiée séparément, comme le montrent les langues dites « mortes », qui ne servent plus à la parole.

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Saussure conçoit la langue comme un système de signes

La langue est un ensemble de signes. Ferdinand de Saussure distingue plus précisément en son sein deux éléments : le signifié, qui est l’idée transmise par le son, et le signifiant, qui est la forme acoustique. « On peut la localiser [la langue], écrit le linguiste, dans la portion déterminée du circuit où une image auditive vient s’associer à un concept » (Cours de linguistique générale). Il réfute alors la conception faisant de la langue un répertoire de mots attachés à des choses ou à des concepts préexistants. En effet, si cette hypothèse était valable, alors un mot, mais aussi une catégorie grammaticale pourrait toujours être traduit parfaitement d’une langue à l’autre – or, cela est impossible. Ferdinand de Saussure fait en conséquence la distinction entre la signification et la valeur. Par exemple, si le mot français « mouton » et le mot anglais « sheep » ont le même sens, ils ne désignent pas exactement la même chose dans le détail, puisque le français confond l’animal et la viande, tandis que l’anglais utilise un autre mot (« mutton ») pour celle-ci. Ainsi, d’une langue à une autre, le signifié existe, est absent, ou encore est opposable à un autre concept existant dans une autre langue. De ce fait, les concepts auxquels une langue a recours n’expriment jamais des choses préexistantes ou une réalité indépendante de la langue.

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La langue constitue un système clos. Très influencé à Paris par les idées du sociologue Emile Durkheim, qui conçoit la société comme un « tout » qui dépasse les individus, Ferdinand de Saussure transpose cette théorie à la langue : « C’est un système organisé et doué d’une fonction sociale » (Cours de linguistique générale). Cette thèse le conduit à privilégier la dimension synchronique de la langue (les rapports entre les signes à un instant donné) à sa dimension diachronique (l’évolution des signes au cours du temps), laquelle ne permet pas de mettre en évidence le fait que la langue constitue un système. En revanche, la perspective synchronique montre que la signification des signes est liée à la structure de l’ensemble de la langue. Celle-ci se construit d’après le sens que les signes prennent les uns par rapport aux autres et selon des règles d’opposition et de distinction. Plus précisément, le sens d’un mot ne découle pas de sa sonorité elle-même, mais de la différence entre cette sonorité et celles des autres mots. Ainsi, Ferdinand de Saussure considère que le signe linguistique est arbitraire : le lien qui unit le signifiant et le signifié est purement conventionnel. « La langue, écrit Saussure est un système de pures valeurs que rien ne détermine en dehors de l’état momentané de ses termes ». Le signifiant n’a en effet aucun lien naturel avec le signifié, dans la mesure où rien ne permet d’établir une relation entre une image acoustique et un concept.

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