lapsus Freud Psychopathologie de la vie quotidienne

Le lapsus est un phénomène énigmatique. Rangeant cette erreur d’élocution parmi les actes manqués, Freud lui consacre un chapitre complet dans Psychopathologie de la vie quotidienne. Le père de la psychanalyse voit dans ce mécanisme de substitution des mots la libération d’un contenu inconscient chez le patient éveillé.

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Le lapsus est un trouble fréquent de la parole. Issu du latin labor qui signifie « trébucher, glisser », il désigne une erreur verbale (lapsus linguae), écrite, mémorielle, voire gestuelle. Le lapsus linguae est un acte manqué commis, selon les estimations des linguistes, tous les 600 à 900 mots. Cette fréquence importante permet à Freud de soutenir son analyse par un très grand nombre de cas concrets, comme l’exemple donné par un confrère : « Au cours d’une orageuse assemblée générale, le Dr Stekel propose : « Abordons maintenant le quatrième point de l’ordre du jour. » C’est du moins ce qu’il voulait dire ; mais, gagné par l’atmosphère orageuse de la réunion, il employa, à la place du mot « abordons » (schreiten), le mot « combattons » (streiten) » (Psychopathologie de la vie quotidienne). Dans ce cas, comme dans bien d’autres, le sujet responsable du lapsus a manifesté des signes d’émotion très voisins de la honte. Pour Freud, ces signes sont aisément comparables à la contrariété éprouvée lorsqu’il est incapable de retrouver un nom oublié, ou à l’étonnement causé par la persistance d’un souvenir apparemment insignifiant. Cependant, les théories antérieures à la psychanalyse ne parvenaient pas à expliquer cette interprétation du lapsus parfois spontanément admise par les hommes, comme lorsque, dans une discussion sérieuse, un adversaire perd pied parce qu’il a dit le contraire ce qu’il souhaitait.

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Freud définit le lapsus comme un phénomène psychologique

Le lapsus n’est pas un phénomène linguistique. Les thèses analysées et réfutées par Freud conçoivent le lapsus comme un phénomène de contamination des sons et des mots. Elles affirment qu’il constitue un processus purement interne au discours, à la phrase, ou au mot, dont certains éléments perturbent les sons et les mots rétroactivement ou par anticipation. Le linguiste Rudolf Meringer attribue lui des valeurs psychiques différentes aux sons pour expliquer leur influence sur la parole. Or, Freud refuse de réduire le lapsus à un mécanisme linguistique et sonore : « Je ne conteste certes pas l’action modificatrice que les sons peuvent exercer les uns sur les autres ; mais les lois qui régissent cette action ne me paraissent pas assez efficaces pour troubler, à elles seules, l’énoncé correct du discours » (Psychopathologie de la vie quotidienne). À la vérité, les théories linguistiques paraissent bien trop simples pour comprendre le lapsus, dont les conditions de réalisation très complexes semblent dépasser largement les simples effets de contact exercés par les sons les uns sur les autres. Freud reproche notamment aux linguistes dont il discute les théories d’avoir négligé la diversité des lapsus. Il affirme ainsi que la majorité des substitutions rentrant dans la catégorie du lapsus sont inexplicables par ces lois de relations tonales.

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Le lapsus exprime un désir inconscient. En effet, il constitue pour Freud un trouble de la parole révélateur d’un conflit intérieur. Si le sujet est en parfait accord avec lui-même, comme au cours d’une audience auprès d’une personne qu’il respecte profondément, dans une déclaration d’amour, ou lorsqu’il s’agit de défendre son honneur devant des jurés, alors le lapsus est impossible. Le psychanalyste voit dans le style clair et franc, aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, la preuve de l’accord entre l’expression et la pensée. Le lapsus correspondrait en revanche à un phénomène de trahison de la pensée. Freud en donne un exemple où il témoigne du refoulement de la sexualité : « cet homme qui dédaigne les rapports sexuels dits « normaux » et qui dit, au cours d’une conversation où il est question d’une jeune fille connue pour sa coquetterie : « si elle était avec moi, elle désapprendrait vite à koëttieren ». Il n’est pas difficile de voir que le mot koëttieren (mot inexistant), employé à la place du mot kokettieren (coqueter), n’est que le reflet déformé du mot koitieren (coïter) qui, du fond de l’inconscient, a déterminé ce lapsus » (Psychopathologie de la vie quotidienne). Ce sont donc des pensées inacceptables, car réprimées par la conscience, qui sont libérées par les lapsus. Ce phénomène montre ainsi que la parole fait partie des moyens d’expression de l’inconscient.

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