Le discours politique

Le discours politique ne sert pas à décrire la réalité, mais à mobiliser les citoyens pour l’emporter dans les urnes. Il a donc mauvaise réputation : il est opposé aux actes et assimilé aux promesses non tenues. Intimement lié à la rhétorique, c’est-à-dire à l’art de persuader par des arguments qui sont efficaces avant d’être vrais, il est enfermé dans une marge de manœuvre réduite, d’où accusation de langue de bois. Il a également été standardisé par la communication : « règle des 4 C » (clarté, concision, cohérence, crédibilité), vitesse d’élocution entre 130 et 150 mots par minute, les 2 000 mots du « français fondamental », refus de l’agressivité verbale, etc.

Sa caractéristique fondamentale est d’être soumis à différentes contraintes. Tout d’abord, il doit être adapté au rôle de l’homme politique qui s’exprime : plus le statut est important, plus la contrainte est forte (comme pour le président de la République, dont on attend une parole rassembleuse et majestueuse). Ensuite, il doit prendre en compte la composition du public. Si celui-ci est hétérogène, le propos doit alors être plus banal et consensuel. L’homme politique doit également prendre position sur l’actualité en faisant preuve de cohérence et de continuité. Enfin, son message doit être approprié au vecteur de communication : il ne peut pas être le même dans un meeting et à la télévision, où il est nécessaire de faire court et consensuel pour plaire au plus grand nombre tout en anticipant le travail de filtrage des journalistes.

Le discours politique doit plus précisément respecter certains codes. En premier lieu, on attend de lui qu’il définisse les frontières politiques, qu’il identifie les camps et renforce ainsi les sentiments d’appartenance. Par conséquent, il sert aussi à entretenir l’entre-soi, car une organisation affirme son identité au moyen d’un langage spécifique et de références particulières (à son histoire et à ses acteurs). Pour autant, le discours politique ne doit pas apparaître sectaire, c’est pourquoi il vise à rationaliser et à retraduire des revendications en termes d’intérêt général. Plus prosaïquement, enfin, la prise de parole permet d’affirmer une légitimité, une compétence, et de disqualifier l’adversaire sur sa compétence et sur ses valeurs.

La dimension émotionnelle du discours politique est particulièrement importante à l’égard de ces codes. Le sémiologue Patrick Charaudeau rappelle que tout discours politique est, depuis l’Antiquité grecque, constitué de trois composantes : l’argumentation rationnelle (le logos) ; l’image de soi que le locuteur construit pour influencer son auditeur (l’ethos) ; l’émotion véhiculée (le pathos) (Le Discours politique. Les masques du pouvoir). Il estime que le discours politique « s’est progressivement déplacé du lieu du logos vers celui de l’ethos et du pathos, du lieu de la teneur des arguments vers celui de leur mise en scène ». En particulier, le discoureur a intérêt à éveiller l’hostilité de son auditoire envers « l’ennemi » (cf. la distinction ami/ennemi chez Carl Schmitt dans La notion de politique), voire à en faire un bouc émissaire au sens de René Girard (La Violence et le Sacré).

Malgré cette potentielle dérive émotionnelle, le discours politique a une portée éducative. En effet, les arguments échangés nourrissent le débat public et favorisent le développement de la liberté de penser. C’est notamment par-là que la démocratie s’oppose au système totalitaire, dont l’idéologie se caractérise par une indifférence à la réfutation des faits (Le système totalitaire, Hannah Arendt). En démocratie, toutefois, la nécessité d’un consensus (obligation de rassembler pour récolter suffisamment de votes) empêche le discours politique d’être trop clivant.

>> Le totalitarisme selon Hannah Arendt sur un post-it

Ainsi, le discours politique donne du crédit à l’illusion de l’intérêt général qui est au fondement de la compétition électorale. À travers ce mythe, il contribue à donner une certaine réalité au citoyen et à la démocratie, faisant ainsi de la participation un enjeu de la vie politique.

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