Le langage

Le langage désigne au sens large toute forme de communication, et au sens précis la faculté humaine de parler. Il doit être distingué de la langue, d’une part, le code propre à une communauté linguistique, et de la parole, d’autre part, l’usage qui est fait du langage et de la langue dans un contexte particulier. L’acquisition du langage est un moment charnière dans l’enfance : il y a un avant et un après le langage (Biffures, Michel Leiris). L’être humain intègre progressivement l’importance de son corps (les gestes, les expressions) pour souligner, suggérer ou contrecarrer sa parole.

La distinction entre la communication animale et le langage humain est primordiale. Dans la perspective cartésienne de l’animal-machine, l’animal n’use pas de signes, contrairement à l’être humain ; il n’a pas non plus de pensée, qu’il serait de toute façon bien incapable de transmettre à l’homme (Lettre au marquis de Newcastle du 23 novembre 1646). Pour Émile Benveniste, l’animal est bien capable de signaux, mais pas de symboles, eux institués par l’homme, et là réside la différence fondamentale entre leurs modes de communication (Problèmes de linguistique générale).

Dans cette optique, la langue peut se définir comme une structure. Elle est pour Ferdinand de Saussure un système de « signes », lesquels désignent un rapport arbitraire entre un signifiant (une image acoustique) et un signifié (un concept, une image mentale) (Cours de linguistique générale). Ainsi, la notion de structure signifie que la langue ne reproduit pas la réalité, mais la reconstruit d’une façon qui lui est propre (Éléments de linguistique générale, André Martinet). Dès lors, les langues possédant différentes logiques, elles impliquent des paradigmes d’interprétation de la réalité différents (Linguistique et anthropologie, Benjamin L. Whorf).

>> La structure du langage selon Lacan sur un post-it

Merleau-Ponty s’est pour sa part intéressé au lien entre le corps et le langage dans Le langage indirect et les voix du silence (1952). Il y montre que les deux sont à la fois sujet et objet, en vertu de quoi le dualisme entre la pensée et la parole est illusoire : le langage n’est pas un simple outil pour traduire la pensée, car la pensée forge la parole autant que la parole forge la pensée. Pour le philosophe, la langue est une structure dans laquelle les éléments n’ont de réalité que les uns par rapport aux autres. Dès lors, si l’opacité du langage est indépassable, le sens se trouve dans la différence entre les mots, car le langage est une pensée en construction.

La vérité du langage réside peut-être dans son origine. Comme il voit dans l’hypothèse d’une origine conventionnelle, c’est-à-dire où le langage serait issu d’un « contrat » passé volontairement entre les hommes, une multitude de contradictions, Lucrèce en déduit que son origine est forcément naturelle (De la nature). Pour Rousseau, l’impossibilité de concevoir les idées abstraites autrement que par le discours implique qu’il faut d’abord parler pour avoir des idées générales (Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes). Saussure voit plus précisément la langue non pas comme un instrument de traduction des idées, mais comme l’intermédiaire entre la pensée et le son (Cours de linguistique générale).

Le langage ne permet pas pour autant de tout dire. Il est ainsi incapable d’exprimer fidèlement les sentiments de l’individu et la réalité authentique des choses, parce que les mots ne décrivent que l’aspect extérieur de toute chose, y compris de l’intériorité du sujet (Le rire, Bergson). Pour Hegel, c’est une erreur d’accorder trop d’importance à l’ineffable (ce qui ne peut pas être exprimé), car il correspond en fait à la pensée obscure, en fermentation ; à la vérité, c’est « le mot [qui] donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie » (Encyclopédie des sciences philosophiques. Philosophie de l’esprit, 1817). Le langage humain permet toutefois de dire beaucoup de choses parce qu’un signe n’est pas figé dans une seule signification – c’est en cela qu’il se différencie de la communication animale (L’Évolution créatrice, Henri Bergson). Certaines phrases, les énoncés dits « performatifs », ont même la capacité d’accomplir elles-mêmes l’acte qu’elles désignent (par exemple, l’affirmation du maire « Je vous déclare mari et femme. » pour sceller un mariage) à condition que l’assistance agrée cette capacité (Quand dire c’est faire, John Austin).

>> Le discours performatif (John Austin) sur un post-it

Le langage dit beaucoup, en revanche, sur le sujet lui-même : il semble être au fondement de la subjectivité. En effet, la capacité à dire « je » sépare radicalement l’homme des autres êtres de la nature, affirme Kant, dans la mesure où cela fait de lui une personne, caractérisée par une conscience unie dans le temps (Anthropologie du point de vue pragmatique, Emmanuel Kant). Émile Benveniste va plus en loin en posant la subjectivité comme l’émergence dans l’être d’une propriété fondamentale du langage, liée notamment au statut particulier des pronoms personnels (De la subjectivité dans le langage, Émile Benveniste).

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