La libération animale Peter Singer

La libération animale est un combat en faveur de l’égalité. Considérant celle-ci comme une idée morale, et non pas l’affirmation d’un fait, Peter Singer affirme dans La libération animale que le principe fondamental d’égalité requiert de ne pas confondre l’égalité de considération, à laquelle ont droit les animaux, et l’égalité de traitement, à laquelle peuvent déroger même les relations entre les hommes. Utilisée au XVIIIe siècle pour caricaturer la libération de la femme, la libération animale est donc une nécessité morale dans les sociétés modernes.

>> L’inégalité selon Rousseau sur un post-it

La libération animale doit mettre fin à l’oppression de l’homme. Peter Singer reproche tout d’abord à celui-ci de prendre les animaux pour de simples outils de recherche. Les chercheurs considèrent « les animaux sur lesquels portent leurs expériences, écrit-il, comme des pièces d’équipement, comme des outils de laboratoire plutôt que comme des êtres vivants et souffrants » (La libération animale). L’expérimentation animale est devenue, grâce à cette attitude, une véritable industrie dans les pays développés. Or, il existe une disproportion entre la souffrance infligée aux animaux et l’utilité réelle des résultats, dissimulée notamment par le jargon scientifique. Peter Singer demande donc la cessation immédiate de toutes les expériences sans utilité avérée. Il reproche également aux hommes d’user et d’abuser des animaux pour la nourriture. Transformé en business industriel dans la seconde moitié du XXe siècle, l’élevage est uniquement guidé par l’efficacité et la concurrence, qui lui font préférer des méthodes primitives et inhumaines. Dans cet élevage moderne, l’extrême promiscuité et la négligence des animaux développent leur hostilité et décuplent leur taux de mortalité. Réfutant l’argument selon lequel la productivité des animaux les rendrait heureux, Peter Singer réclame le respect des cinq libertés du comité Brambell (1965) – se tourner, faire sa toilette, se lever, se coucher, étirer librement ses membres – ainsi qu’une meilleure information du consommateur.

>> L’esclavage moderne selon Lamennais sur un post-it

Peter Singer défend la libération animale avec pragmatisme

La libération animale s’oppose au spécisme. À partir de sa perspective utilitariste, Peter Singer affirme que la sensibilité et la souffrance des animaux commandent de les considérer moralement à égalité des êtres humains – sans pour autant leur accorder une égalité de traitement. Déjà avancé par Bentham, cet argument invalide la théorie de l’animal-machine de Descartes. De fait, la science moderne confirme que la capacité à ressentir la douleur de l’animal est très similaire à celle de l’homme – il peut même souffrir en réalité davantage à cause de sa compréhension limitée. Peter Singer en conclut qu’il n’est pas justifié de considérer que seule la vie humaine est sacrée. Par conséquent, il refuse le spécisme, qu’il définit comme « un préjugé ou une attitude de parti pris en faveur des intérêts des membres de sa propre espèce et à l’encontre des intérêts des membres des autres espèces » (La libération animale). Comme la supériorité d’intelligence d’un homme par rapport à un autre ne l’autorise pas à l’utiliser pour ses propres fins, elle ne l’autorise pas plus à exploiter les animaux. Fondant l’égalité de considération sur les capacités à souffrir et à se projeter dans l’avenir, le philosophe en déduit que tuer un chimpanzé peut être plus grave que tuer un être humain dont le handicap mental le prive du statut de personne. Cette expérience de pensée (souvent condamnée) amène Peter Singer à défendre l’euthanasie de l’individu qui n’est pas, ou plus capable d’émettre des préférences.

>> L’animal-machine de Descartes sur un post-it

La libération animale est un projet ambitieux. Plaçant ce combat dans la continuité de la libération des Noirs, des homosexuels et des femmes, Peter Singer veut s’inspirer des mouvements de libération de Gandhi et de Martin Luther King. En fait, il s’agit d’abolir une tyrannie qui doit l’être au même titre que toutes les tyrannies – nul besoin, dès lors, d’aimer les animaux ni d’avoir des animaux de compagnie. Cette cause est cependant plus ambitieuse dans la mesure où, d’une part, elle demande de franchir la barrière de l’espèce ; et où, d’autre part, les êtres à libérer n’en sont aucunement capables par eux-mêmes. « La libération animale exigera des êtres humains, affirme Peter Singer, un altruisme plus grand que tout autre mouvement de libération. Les animaux sont incapables d’exiger d’eux-mêmes leur propre libération, ou de protester contre leur situation par des votes, des manifestations ou des boycotts » (La libération animale). Le philosophe explique plus précisément que le premier pas de la libération animale consiste à devenir végétarien. Signifiant, sur le plan moral, ne plus considérer les animaux comme un moyen (plus de cuir, de fourrure, d’expérimentation, ni de produits à partir d’animaux), ce choix permet aussi, en pratique, de couper les vivres des industriels et de déclencher le bouche-à-oreille. S’il insiste sur ce point de départ, Peter Singer mène toutefois son combat de manière pragmatique, en défendant des réformes intermédiaires et en faisant preuve de flexibilité.

>> Les droits de la femme selon Olympe de Gouges sur un post-it