Loi d'airain de l'oligarchie Roberto Michels Les partis politiques

La loi d’airain de l’oligarchie découle de l’analyse des partis politiques. Dans Les partis politiques, Roberto Michels étudie plus précisément les partis socialistes, dont il constate la stabilité et l’homogénéité des dirigeants. Alors que les organisations ouvrières affirment leur attachement à l’idée de démocratie et fonctionnent avec les attributs de la pratique démocratique, le phénomène oligarchique s’installe progressivement en leur sein.

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La loi d’airain de l’oligarchie présuppose la bureaucratisation des organisations. L’essai de Roberto Michels Les partis politiques concerne précisément l’émergence de partis ouvriers dans les démocraties de masse. Or, plus ces partis s’agrandissent, plus ils se spécialisent par la division du travail, d’une part, et plus les décisions auxquelles ils sont confrontés sont complexes, d’autre part. Le travail de mobilisation politique, tout particulièrement, ainsi que le fonctionnement quotidien requièrent un personnel spécialisé dévoué aux activités administratives ou de direction. De manière évidente, ces administrateurs ont besoin de connaissances spécifiques (juridiques, économiques, etc.) et des compétences (préparation de discours, rédaction de textes divers, etc.) demandant une formation que ne peuvent pas suivre les prolétaires. Roberto Michels montre dès lors qu’un rôle essentiel échoit naturellement aux intellectuels dans les partis ouvriers : « Seul le socialiste d’origine bourgeoise possède ce qui manque encore totalement au prolétariat : le temps et les moyens de faire son éducation politique, la liberté physique de se transporter d’un endroit à un autre et l’indépendance matérielle sans laquelle l’exercice d’une action politique au sens vrai et propre du mot est inconcevable » (Les partis politiques). Ainsi, la bureaucratisation des partis politiques qui grandissent implique l’émergence en leur sein d’indispensables élites.

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La loi d’airain de l’oligarchie de Roberto Michels annule la démocratie

La loi d’airain de l’oligarchie prédit l’émancipation systématique de l’élite d’une organisation. Au fur et à mesure que les intellectuels prennent le pouvoir dans le parti politique ouvrier, leur intérêt de caste se substitue à l’intérêt originel du mouvement – ce qui constitue un déplacement des objectifs. En termes organisationnels, de surcroît, le délégué s’émancipe progressivement de ses mandataires pour les dominer. Plus précisément, pour les élites bureaucratiques qui doivent tout à l’organisation, le parti n’est plus un moyen, mais une fin en soi. Concrètement, elles focalisent désormais la stratégie du mouvement sur la conquête de trophées électoraux et de postes de pouvoir au sein des institutions établies. « À mesure qu’augmente son besoin de tranquillité [celui du parti], écrit Roberto Michels, ses griffes révolutionnaires s’atrophient, il devient un parti bravement conservateur qui continue (l’effet survivant à sa cause) à se servir de sa terminologie révolutionnaire, mais qui dans la pratique ne remplit pas d’autre fonction que celle d’un parti d’opposition » (Les partis politiques). Alors que, les discours des chefs en appellent à la révolution, leur tactique politique orchestre le compromis et la routine. Ce phénomène se produirait en fait dans toute organisation : « L’organisation, affirme Roberto Michels, est ce qui donne lieu à la domination des élus sur les électeurs, des mandataires sur les mandants, des délégués sur les délégants. Qui dit organisation, dit oligarchie ».

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La loi d’airain de l’oligarchie exprime l’impossibilité de la démocratie. En effet, Roberto Michels considère que les masses sont incapables de résoudre les problèmes par elles-mêmes et de prendre en main leur propre destin. Par conséquent, leur psychologie est tournée vers la recherche d’un leadership – si bien qu’elle tendrait même naturellement au culte de la personnalité. En pratique, dès lors, leur seule implication réelle se réduirait au choix d’un leader de temps à autre. Dans cette perspective, le système démocratique parlementaire lui-même contribuerait à la mise en place d’une oligarchie en divisant le travail (création de commissions spécialisées), en le rendant routinier, et en octroyant au leader des fonctions qui font de lui un acteur indispensable. Si la masse peut toutefois remplacer celui-ci par un autre, cette maigre marge de manœuvre est réduite à néant par le microcosme des élites dirigeantes, car celles-ci forment une caste qui se clôt sur elle-même afin d’entraver l’émergence de concurrents issus de la masse populaire. Ayant montré que la démocratie ne se réalise même pas au sein des organisations partisanes qui s’en réclament explicitement, Roberto Michels en conclut qu’il est peu probable qu’elle se produise en dehors ; c’est pourquoi il a écrit Les partis politiques avec « l’intention de démolir quelques-unes des faciles et superficielles illusions démocratiques ».

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