Qu’est-ce que les Lumières ? Kant

Les Lumières connaissent leur apogée à la fin du XVIIIe siècle. Kant affirme dans Qu’est-ce que les Lumières ? que le courant constitue un progrès majeur pour la liberté de pensée, même si ses effets se font toujours attendre dans le peuple. Les hommes n’ont pas encore répondu à l’exhortation des Lumières à penser par eux-mêmes.

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Les Lumières incitent les hommes à se servir de leur intelligence. Kant leur choisit en effet pour devise : « Sapere aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement ! ». De son point de vue, ce sont principalement des faiblesses individuelles, la paresse et la lâcheté, qui empêchent l’individu de sortir de sa minorité, c’est-à-dire de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui. « J’ai, énumère le philosophe, un livre qui a de l’esprit pour moi, un directeur qui a de la conscience pour moi, un médecin qui juge pour moi du régime qui me convient, etc. ; pourquoi me donnerais-je de la peine ? » (Qu’est-ce que les Lumières ?). Pour autant, Kant pointe aussi du doigt la responsabilité des « tuteurs » qui ont intérêt, pour surveiller la majorité de leurs semblables et leur rester supérieurs, à les abêtir en les traitant comme des animaux. Ainsi entretenue, la minorité du peuple devient une seconde nature qu’il en arrive à aimer. Or, le public est tout à fait capable de s’éclairer, si seulement ses tuteurs lui en laissent la liberté. Kant précise cependant que la sortie de la minorité sera un processus plus long et plus difficile qu’une révolution, après laquelle de nouveaux préjugés sont susceptibles de se substituer aux anciens pour conduire les masses aveugles.

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Kant voit les Lumières comme l’effet, puis l’origine de la liberté

Les Lumières ne peuvent se répandre que par la liberté. Kant distingue toutefois la liberté d’user des Lumières dans la sphère privée et celle d’en user de manière publique. Dans le premier cas, l’usage ne doit pas être libre parce qu’il menacerait alors d’autres paramètres – comme l’ordre ou l’efficacité de l’action – sans pour autant contribuer au progrès. « Il serait fort déplorable qu’un officier, explique Kant, ayant reçu un ordre de son supérieur, voulût raisonner tout haut, pendant son service, sur la convenance ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir. Mais on ne peut équitablement lui défendre, comme savant, de faire ses remarques sur les fautes commises dans le service de la guerre, et de les soumettre au jugement de son public » (Qu’est-ce que les Lumières ?). Ainsi, l’officier, le citoyen ou l’ecclésiastique devraient avoir le droit de faire connaître leur pensée en tant que savants. Plus généralement, qu’une classe de tuteurs empêche le peuple d’accéder à de nouvelles lumières en demeurant fidèle à un dogme et à une constitution immuable est un « crime contre la nature humaine », car le progrès est inscrit dans celle-ci. Pour Kant, renoncer aux Lumières, pour soi-même ou pour la postérité, c’est donc fouler aux pieds les droits sacrés de l’humanité. Même le monarque ne doit pas intervenir dans le développement des Lumières, sauf à préserver l’ordre civil.

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Les Lumières n’ont pas encore éclairé les hommes. Kant affirme que son siècle n’est pas encore un siècle éclairé, car les individus sont loin de se servir de leur entendement de manière autonome. En revanche, il s’agit bien d’un siècle de Lumières dans la mesure où la perspective d’une sortie de la minorité est désormais ouverte. « […] qu’ils [les hommes] aient aujourd’hui, écrit Kant, le champ ouvert devant eux pour travailler librement à cette œuvre, et que les obstacles, qui empêchent la diffusion générale des lumières ou retiennent encore les esprits dans un état de minorité qu’ils doivent s’imputer à eux-mêmes, diminuent insensiblement, c’est ce dont nous voyons des signes manifestes » (Qu’est-ce que les Lumières ?). Pour illustrer son propos, le philosophe fait l’éloge de Frédéric II de Prusse (1712-1786), l’ami de Voltaire, qui a accordé la liberté de conscience à son peuple. Si cette tolérance religieuse est importante, c’est surtout l’encouragement donné aux arts et aux sciences qui incarne l’esprit des Lumières ; le prince laisse même ses sujets critiquer les lois de son régime et proposer des améliorations parce qu’il a compris que cette liberté n’est absolument pas dangereuse pour la paix publique et l’harmonie des citoyens. Bien au contraire, dans un tel gouvernement éclairé par les Lumières, les sujets comprennent d’eux-mêmes la nécessité, fondée en raison, de leur obéissance : « raisonnez tant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, seulement obéissez ».

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