La maïeutique de Socrate

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La maïeutique de Socrate est une technique pédagogique. Le philosophe explique dans le Théétète de Platon comment il conduit le dialogue pour accompagner son partenaire dans la découverte des préjugés qui lui empoisonnent l’esprit. Cependant, des Athéniens s’agacent de la fausse humilité et de l’intention moralisatrice cette méthode, au point qu’ils accuseront Socrate de s’en servir pour corrompre la jeunesse.

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La maïeutique de Socrate est une métaphore. Fils d’une discrète et sobre sage-femme nommée Phénarète, le philosophe compare la manière dont il discute aux accouchements pratiqués par sa mère. Dans cette image, ses interlocuteurs « enfantent » parce qu’ils découvrent eux-mêmes, par leurs propres moyens, de grandes pensées ; il ne leur apprend rien, il délivre seulement ce qui est en gestation. Un homme peut bien sûr se passer de son aide comme une femme enceinte d’une accoucheuse, mais le processus sera plus long et plus douloureux. Socrate évoque la métaphore afin d’apprendre à Théétète pourquoi, dans leur entretien, il peine à définir la science : « Tu éprouves les douleurs de l’enfantement, mon cher Théétète, parce que tu n’es pas vide, mais plein. […] Ma technique d’accouchement à moi a les mêmes propriétés générales que la leur, mais elle en diffère en ce qu’elle accouche des hommes, non des femmes, et en ce qu’elle veille sur leurs âmes en couches, non sur leurs corps » (Théétète, Platon). La valeur historique de la métaphore est néanmoins douteuse. En effet, la maïeutique apparaît dans un dialogue platonicien seulement trente ans après la mort de Socrate. De surcroît, il n’existe aucune description, ni chez Platon ni chez Xénophon, d’une « conversion » à la sagesse socratique par cette méthode. Il est donc possible, sur le plan historique, que l’image soit une invention des disciples de Socrate.

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La maïeutique de Socrate amène à se connaître soi-même

La maïeutique de Socrate est une méthode pratique. Le philosophe en use pour interroger ses disciples, des sophistes, d’autres philosophes, ainsi que des personnes rencontrées dans des réunions, ou des passants accostés dans la rue. Dans le détail, il suit plusieurs principes. En premier lieu, il ne prend jamais parti ni ne présente lui-même la vérité au départ de la conversation – il prétend au contraire être ignorant en la matière. Ensuite, il accorde sa confiance à son interlocuteur et il l’encourage à approfondir sa réflexion. Pour cela, il le guide étape par étape en lui posant des questions et en le conduisant de consensus en consensus. Or, les interventions de Socrate ne sont pas innocentes : il mène stratégiquement la discussion, il feinte ; il s’adapte minutieusement aux réponses, change de direction si nécessaire ; il manie l’ironie pour souligner la contradiction. La maïeutique culpabilise et irrite parfois même le contradicteur : « Socrate est toujours le même ; il vous pose sans cesse des tas de petites questions sur lesquelles il vous chicane. […] Alors, Socrate, continue tes interrogations mesquines et menues » (Gorgias, Platon). Cependant, la méthode n’est pas aussi originale que la postérité le laisse croire. Sa dimension orale est naturelle à Athènes, une civilisation de la parole politique. Plus précisément, sa dialectique semble héritée de philosophes antérieurs (l’école éléatique, notamment) et son ironie du théâtre de l’époque. Enfin, Platon a probablement retravaillé les dialogues socratiques pour y mettre en valeur la maïeutique.

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La maïeutique de Socrate débouche sur la conscience de l’ignorance. Contrairement à l’opinion répandue par Aristote, la finalité de la méthode ne se résume pas à l’élaboration d’une définition universelle. Il ne s’agit pas non plus d’un entretien désincarné soumis à la stricte observance d’un culte de la raison. Le dialogue entre le philosophe et son interlocuteur vise en réalité à délivrer l’esprit de celui-ci de ce qui le gêne afin d’en dégager la vérité intérieure. « Le plus grand privilège de l’art que moi je pratique est, affirme Socrate, qu’il sait faire l’épreuve et discerner en toute rigueur si c’est une apparence vaine et mensongère qui enfante la réflexion [du jeune homme], ou si c’est le fruit de vie et de vérité » (Théétète, Platon). En général, l’« accoucheur » choisit un homme en vue ; puis il le questionne sans politesse, comme son parent, sur les principes qu’il invoque à l’appui de son action : il interroge tel individu réputé pour sa tempérance sur la nature de sa vertu ; à tel autre, célébré pour sa bravoure, il demande ce qu’est le courage – et de même pour la piété, la justice, l’amitié, etc. Il épluche l’existence de son cobaye et il le harcèle jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il ignore ce qu’il prétend savoir. Socrate reconnaît lui-même que la maïeutique échoue avec certaines personnes, dont l’âme est initialement rétive à son intervention, et dans certaines circonstances, comme lors de son procès.

>> Le « connais-toi toi-même » de Socrate sur un post-it

 

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