malaise dans la civilisation Freud malaise dans la culture

Le malaise dans la civilisation révèle le développement de la culture à l’aune du psychisme individuel. Très frappé par la Première Guerre mondiale, Freud montre dans Le Malaise dans la civilisation que la guerre est comparable au rêve dans la mesure où elle opère un « déshabillage moral », c’est-à-dire qu’elle rend possible, en supprimant la censure morale, l’expression des pulsions agressives refoulées en temps normal par les contraintes sociales. Cette comparaison lui sert à comprendre comment s’édifie la civilisation (ou culture).

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Le malaise dans la civilisation résulte de frustrations. En rapprochant le développement de l’individu et celui de la civilisation, Freud affirme en effet que la culture se construit sur le renoncement pulsionnel. Il la définit plus précisément comme « la somme totale des réalisations et dispositifs par lesquels notre vie s’éloigne de celle de nos ancêtres animaux et qui servent à deux fins : la protection de l’homme contre la nature et la réglementation des hommes entre eux » (Le Malaise dans la civilisation). Le fondement de la civilisation résiderait donc dans la nécessité de restreindre la liberté individuelle pour permettre la vie en commun. Cette nécessité est assurée tant au niveau de l’individu, par le père et par le Surmoi (la structure morale du psychisme), qu’au niveau collectif, grâce à la culture, dont la fonction est de pousser l’individu à faire passer l’intérêt collectif avant son intérêt individuel. Ainsi, la communauté des hommes génère elle aussi une forme de Surmoi dont les exigences se manifestent sous la forme d’une éthique de l’amour opposée à la violence. Or, pour Freud, la violence humaine trouve sa source dans la contradiction entre le Moi, qui dicte l’égoïsme, et le Surmoi, qui dicte l’altruisme. Cette tension, dénommée « conscience de culpabilité », se manifeste chez l’individu comme un besoin de punition.

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Freud rend les pulsions et la morale responsables du malaise dans la civilisation

Le malaise dans la civilisation naît d’un antagonisme de pulsions. Pour Freud, en effet, l’homme est habité par deux forces qui s’affrontent dans un combat vital sans fin. Tout d’abord, l’amour, ou Éros, est la base de la culture parce qu’il fonde la vie en communauté, dont les membres sont liés de manière libidinale. Pour autant, aimer l’étranger comme soi-même est dépourvu d’intérêt, et cela semble même impossible et absurde puisque la nature humaine comporte l’hostilité à l’égard de tout individu potentiellement menaçant. Freud conçoit donc aussi Éros en opposition à la culture dans la mesure où il s’épanouit dans la sphère privée et où il subit les restrictions de la culture (par exemple, l’interdiction de l’inceste, de la zoophilie, etc.). D’autre part, la pulsion d’agression et de mort, ou Thanatos, se déploie contre l’amour : « l’existence de ce penchant à l’agression, écrit Freud, (…) est le facteur qui perturbe notre rapport au prochain et oblige la culture à la dépense qui est la sienne » (Le Malaise dans la civilisation). C’est tout particulièrement cette pulsion qui fait penser au père de la psychanalyse que l’abolition de la propriété privée, défendue par le communisme comme la panacée, n’est pas le dernier mot de la politique.

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Le malaise dans la civilisation est aussi causé par la morale. Comme l’individu, la communauté produit un Surmoi à l’origine de la culture. Or, les exigences de celui-ci donnent naissance à l’éthique, laquelle sert à contenir le penchant naturel à l’agression. Pour Freud, cependant, il s’agit là d’un sentiment de culpabilité qui constitue le frein le plus important au développement de la culture. C’est ce sentiment qui véhicule l’angoisse inconsciente à l’origine du malaise dans la civilisation. Les religions, sur lesquelles s’appuie l’éthique, prétendent par exemple guérir l’humanité de ce sentiment de culpabilité qu’elles appellent péché, ainsi que le montre le commandement chrétien « aime ton prochain comme toi-même ». Freud considère toutefois que l’éthique est impraticable parce qu’elle se soucie trop peu du Moi : « une inflation aussi grandiose de l’amour peut seulement en abaisser la valeur » (Le Malaise dans la civilisation). Il affirme ainsi qu’elle prêchera en vain tant que la vertu ne sera pas rétribuée sur terre pour satisfaire les pulsions et ainsi réduire l’ampleur du renoncement pulsionnel. Se demandant dès lors s’il est pertinent de parler de « culture névrosée », il identifie l’enjeu du destin de l’humanité dans la nécessité, pour le développement de la civilisation, de contrôler la pulsion humaine d’agression et d’autoanéantissement.

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