Plotin mémoire réminiscence Traités

La mémoire détermine le destin de l’âme. Plotin théorise son rôle dans son Traité 28. Sur les difficultés relatives à l’âme à partir de l’opposition entre l’« âme descendue » (de l’intelligible), celle attachée à un corps, et l’« âme non descendue », ou intellect, qui est la partie de l’âme restée dans l’intelligible. Il rend sa position originale en conférant à la mémoire des portées épistémologique, éthique, et cosmologique.

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La mémoire appartient à l’âme descendue. Distinguant d’une part l’âme totale, qui est unique et demeure toujours dans l’intelligible ; et d’autre part les âmes particulières (dont l’âme du monde, mais aussi les âmes humaines), Plotin définit l’homme comme un être vivant en lequel interagissent un corps et plusieurs espèces d’âmes. La mémoire est une des facultés, avec le désir, la sensation, la représentation, et la pensée discursive, de cette combinaison d’âmes. Comme elle ne mobilise pas directement les affections, elle est une pure activité. Elle ne relève pas de l’intellect (l’âme non descendue) parce que celui-ci ne connaissant pas le temps, il ne peut pas avoir de souvenirs. Pour Plotin, elle n’appartient pas non plus au vivant, car elle n’a pas besoin du corps, dont l’influence sur la qualité de la mémoire n’est qu’indirecte ; car elle peut avoir exclusivement l’âme pour objet ; et elle ne consiste pas en impressions physiques. Elle est donc forcément située entre l’âme non descendue et l’âme végétative : « Même quand elle [l’âme] se trouve en ce lieu terrestre, elle doit arriver à l’union avec l’Intellect » (Traité 28. Sur les difficultés relatives à l’âme). Plotin en conclut que la mémoire est dans l’âme humaine descendue dans la mesure où elle est associée au temps (contrairement à l’âme non descendue) et où elle est stable (contrairement au corps).

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Plotin fonde l’éthique sur la mémoire

La mémoire sert à conserver les représentations. Plotin souhaite la situer plus précisément dans l’âme descendue même si elle y intervient à tous les niveaux. Il évacue tout d’abord l’hypothèse de la faculté végétative parce que le souvenir d’une affection ne la répète pas. Il ne peut pas non plus s’agir de la faculté désirante, car celle-ci n’est pas consciente de sa recherche de la satisfaction ni n’en garde mémoire. Dès lors, la mémoire et la représentation tiennent de la faculté sensitive – divisée en la sensation, la représentation, et la mémoire – dont la fonction est d’établir la relation entre l’âme et les corps extérieurs. « Ne faut-il pas dire plutôt, demande Plotin, que rien n’empêche que, pour ce qui va en garder le souvenir, l’objet de la sensation soit une représentation, et que le souvenir et sa rétention appartiennent à cette autre faculté qui produit la représentation. Car cette faculté est celle à laquelle parvient la sensation, et ce qui a été vu y est présent alors même qu’il n’y a plus sensation » (Traité 28. Sur les difficultés relatives à l’âme). Ainsi, la mémoire enregistre des images : elle ne conserve pas une impression physique, mais une représentation (phantasma) de l’objet perçu. Plotin explique le cas particulier de la mémorisation des pensées par le fait que les modalités particulières de la raison se reflètent dans la représentation, avant de passer dans la mémoire.

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La mémoire est au fondement de l’éthique. Comme Platon, Plotin croit en la réincarnation. Or, une âme est réincarnée en tel ou tel être vivant selon la qualité de son existence antérieure, ce qui présuppose la conservation des souvenirs lors de sa séparation du corps. La mémoire est par conséquent, dans le parcours de l’âme particulière, la condition de possibilité du système rétributif de la réincarnation. L’intelligible étant sans mémoire, les souvenirs disparaissent quand l’âme y accède ; cependant, ils renaissent ensuite, lorsqu’elle s’en sépare pour redescendre. Ce rapport de l’âme à ses souvenirs n’est pas de l’ordre de l’avoir, mais de l’être : elle est ou devient ce dont elle se souvient. « Quand l’âme sort du monde intelligible, écrit Plotin, parce qu’elle ne peut supporter l’unité, et qu’elle prend plaisir à elle-même, qu’elle souhaite être quelque chose de différent […], c’est à la suite de cela que, semble-t-il bien, elle acquiert la mémoire » (Traité 28. Sur les difficultés relatives à l’âme). Étant donné la possibilité de cette réminiscence, il existe des souvenirs inconscients, ceux qui étaient déjà présents dans l’âme lors de son séjour dans l’intelligible. Ce sont les plus dangereux en raison de l’incertitude afférente à leur surgissement. Selon Plotin, en effet, la mémoire détermine ce qu’est l’âme et régule sa descente : elle est tirée vers le haut par le souvenir des intelligibles, et vers le bas par ceux du bas monde.

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