De la mémoire et la réminiscence Aristote

La mémoire n’est pas la réminiscence. Aristote en veut pour preuve, dans De la mémoire et de la réminiscence, la bonne mémoire des esprits lents, qu’il oppose à la réminiscence efficace des esprits rapides. Contrairement à la mémoire, la réminiscence est le privilège de l’homme, parce que celui-ci est doté de volonté et de raison.

>> La mémoire selon saint Augustin sur un post-it

La mémoire est rendue possible par la sensibilité. Le point de départ d’Aristote est qu’elle ne peut pas s’appliquer à l’avenir ni au présent, mais uniquement au passé. Elle n’agit, de surcroît, que sur des objets nécessairement absents, par exemple lorsque le sujet se rappelle un théorème dont il a lu la démonstration. Puisque le rappel de la chose lui est forcément postérieur, l’acte de mémoire est dès lors fondamentalement lié à la notion de temps. De fait, seuls les animaux doués de sensibilité, et par-là capables d’appréhender le temps, jouissent d’une faculté de mémoire. Enfin, celle-ci dépend également de l’imagination, dans la mesure où la sensation imprime quelque chose dans l’âme. Aristote explique ce phénomène avec l’image d’un morceau de cire : « Voilà pourquoi ceux qui par la violence de l’impression, ou par l’ardeur de l’âge, sont dans un grand mouvement, n’ont pas la mémoire des choses, comme si le mouvement et le cachet étaient appliqués sur une eau courante. Chez d’autres, au contraire, qui en quelque sorte sont froids comme le plâtre des vieilles constructions, la dureté même de la partie qui reçoit l’impression empêche que l’image n’y laisse la moindre trace » (De la mémoire et de la réminiscence). Pour Aristote, c’est donc l’imperfection de la plasticité du sujet qui entrave la mémoire, c’est-à-dire la perception de l’impression laissée dans l’âme.

>> Matière et mémoire selon Bergson sur un post-it

Aristote distingue la réminiscence de la mémoire

La mémoire repose sur un mécanisme de copie. Aristote précise que l’impression laissée dans l’âme peut être appréhendée sous deux angles : d’une part, elle constitue en elle-même, une image, une représentation, soit une modification effective de l’esprit ; d’autre part, cependant, elle est en même temps la copie de la chose réelle. Le philosophe illustre cette distinction avec l’exemple d’un tableau : « Ainsi, écrit-il, l’animal peint sur le tableau est à la fois un animal et une copie ; et tout en étant un et le même, il est pourtant ces deux choses à la fois. L’être de l’animal et celui de l’image ne sont pas cependant identiques ; et on peut se représenter cette peinture, soit comme animal, soit comme copie d’un animal » (De la mémoire et de la réminiscence). Pour Aristote, c’est cette différence entre la représentation de la chose dans l’âme et sa copie qui est à l’origine des confusions de mémoire (et même des extases) : l’individu ne parvient pas à savoir s’il éprouve la sensation liée à l’image, ou bien le souvenir que constitue la copie. Ce risque fait comprendre l’importance de l’exercice et de l’étude à l’égard de la conservation des souvenirs, tant pour clarifier la conscience de la copie que pour en renforcer l’impression dans l’âme. Ainsi, Aristote définit plus précisément la mémoire comme la perception, rendue possible par la sensibilité, de la copie laissée dans l’âme.

>> La mémoire selon Alain sur un post-it

La réminiscence est un souvenir partiel. Aristote la distingue ainsi de la mémoire, qui est un souvenir entier. Il la caractérise plus précisément comme la survenue d’une émotion connectée à celle du souvenir. Elle est efficace si le sujet remonte à l’origine des choses selon un certain ordre – d’où la facilité de se rappeler les propriétés mathématiques – ou s’il pense fréquemment à l’objet du souvenir. L’esprit peut en effet produire des associations étonnantes : le mot « lait » conduirait par exemple à l’automne par l’intermédiaire des mots « blanc », « air », et « humidité ». Ce processus d’association des souvenirs obéirait à trois lois : la ressemblance, la contrariété, ou la contiguïté. « Voilà aussi pourquoi, détaille Aristote, notre esprit recherche ce qui a suivi, soit à partir de tel instant ou de tel autre, soit à partir d’une chose semblable ou contraire, soit même d’un objet simplement voisin ; et cet effort de l’esprit suffit pour produire la réminiscence. C’est que les mouvements causés par ces autres choses, tantôt sont identiques, tantôt sont simultanés, tantôt même comprennent en partie l’objet qu’on cherche […] » (De la mémoire et de la réminiscence). Malgré ces trois lois, le sujet a intérêt à faire partir la réminiscence du centre des choses, car le désordre risque de déformer ses souvenirs. Aristote ajoute que tout acte de mémoire dépend ultimement de la coïncidence entre le souvenir de l’objet et le souvenir du temps.

>> La réminiscence selon Platon sur un post-it