Mémoire primaire secondaire William James Principes de psychologie

La mémoire est une faculté multidimensionnelle. Dans Les principes de psychologie, William James explore les fonctions psychiques en combinant l’introspection philosophique, l’analyse anatomique, et les résultats expérimentaux. Sa théorie de la mémoire est donc fondée sur la plupart des connaissances de son époque, et sa nature composite annonce les clivages paradigmatiques à venir.

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La mémoire repose tout d’abord sur la perception du temps. Le point de départ de William James est la distinction du présent apparent, perçu par le sujet, et du présent proprement dit, qui ne l’est pas. L’unité de perception du premier est la durée, laquelle est appréhendée non pas comme un intervalle entre deux limites, mais comme un bloc, une construction symbolique d’un segment temporel défini (évalué à entre 1/500e de seconde et 12 secondes). Or, cette synthèse est conditionnée par le contenu de la durée, car le sujet peut percevoir uniquement le temps qu’il remplit grâce à différents paramètres (les battements cardiaques, des paroles, des changements perçus dans la réalité). Elle est également liée, précise William James, « à notre mémoire d’un contenu antérieur qui avait été à un moment présent, et que nous sentons être en accord ou non avec le contenu présent » (Les principes de psychologie). L’analyse de la durée oppose la continuité de la sensation du temps à la discontinuité de la perception, laquelle requiert de morceler la sensation en opérations successives. La première conséquence est qu’il est difficile de percevoir les longues durées, supérieures à des heures ou des jours, sans les nommer ou leur donner un étalon symbolique. William James affirme ensuite que l’appréciation du contenu biaise la perception du temps : le temps plein passe vite et sera rétrospectivement long, et inversement.

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William James lie la mémoire primaire et la mémoire secondaire

La mémoire se divise en deux. En effet, William James distingue d’une part la mémoire primaire, vouée à la perception immédiate du temps, et la mémoire secondaire, c’est-à-dire la mémoire proprement dite. Cette dernière gère les souvenirs, qui ne sont pas des copies, mais des représentations complexes mélangeant des éléments psychologiques subjectifs et cognitifs objectifs. Il la définit plus précisément comme « la connaissance d’un événement ou d’un objet auquel nous avons cessé un certain temps de penser, et qui revient, enrichie d’une conscience additionnelle, le signalant comme l’objet d’une pensée ou d’une expérience antérieure » (Les principes de psychologie). S’il est possible d’imaginer un être privé de mémoire secondaire, qui ne percevrait que le passé immédiat, les deux mémoires constituent cependant pour William James une unité fonctionnelle : c’est la mémoire primaire qui sert à la secondaire pour dater les souvenirs. Leur complémentarité résulte du fait que toute représentation mnésique est nécessairement rapportée au passé éloigné avec une date. Ce passé doit en sus apparaître avec une intimité qui permette à la conscience de le reconnaître, puis de se l’approprier. William James conçoit ainsi la création d’un véritable souvenir à partir de quatre propriétés : le sens du temps fourni par la mémoire primaire ; le concept symbolique qui permet de le situer précisément dans le temps ; le contenu avec lequel le sujet remplit la durée ; et enfin, le sentiment que ce contenu appartient à l’existence.

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La mémoire dépend ultimement de mécanismes physiologiques. William James adopte une perspective associationniste selon laquelle les deux opérations du souvenir, la conservation et le rappel, consistent en l’association entre le contenu mnésique et une sensation, ou un objet. Sur le plan psychique, la remémoration mobilise l’état de conscience propre au rappel, l’état de conscience passé, ainsi que les « pièces d’identité » du souvenir (les événements simultanés, la date, les circonstances, etc.). Le psychologue donne ensuite à sa théorie une orientation physiologique : la conservation du souvenir serait due à l’existence des voies nerveuses, son rappel à leur excitation – c’est la loi « d’habitude nerveuse ». Sous ce prisme, la qualité de la mémoire dépend de la quantité et de la ténacité des voies, des facteurs variables selon les personnes et amoindris par la fatigue, la maladie, et l’âge. Ces hypothèses ont, selon William James, trois implications pratiques : 1° l’aptitude mnésique procède d’aires particulières du cerveau ; 2° l’étude régulière est plus efficace que le gavage à très court-terme ; 3° seul le nombre des voies peut être modifié, d’où l’opportunité de multiplier les associations. « Celui-là aura la meilleure mémoire, écrit-il, qui les pensera sous le plus grand nombre d’aspects, et qui les systématisera dans un réseau de rapports plus serrés » (Les principes de psychologie). William James en déduit que la répétition, la mnémotechnie et l’organisation du savoir sont les meilleures méthodes de mémorisation.

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