Les mensonges de l'économie Galbraith

Les mensonges de l’économie prospèrent à cause des intérêts économiques. L’économiste John Kenneth Galbraith dénonce dans Les mensonges de l’économie le décalage permanent, dans sa discipline, entre les idées admises et la réalité. S’il admet que ce travestissement n’est pas consciemment intentionnel, il accuse sa profession de ne pas prendre de recul par rapport aux inclinations sociales et aux intérêts financiers qui cadrent la pensée économique.

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Les mensonges de l’économie dissimulent la prédominance des directeurs d’entreprise. Galbraith nie que l’évolution de l’économie ait rétabli la souveraineté du consommateur. Les entreprises réalisent en réalité des investissements conséquents pour persuader le consommateur, si bien que le marketing par l’information et le divertissement est devenu une opération normale pour l’entreprise. « Comme l’urne, explique l’économiste, confère l’autorité aux citoyens, la courbe de la demande, dans la vie économique, donne le pouvoir aux consommateurs. Dans les deux cas, il y a une bonne dose d’imposture : tant pour l’urne que pour l’acheteur, une gestion redoutable et fort bien financée de la réaction du public est à l’œuvre ; tout spécialement à l’âge de la publicité et de la promotion moderne des ventes » (Les mensonges de l’économie). Pour Galbraith, ce mensonge occulte le rôle crucial de la bureaucratie dans l’entreprise. Focalisée sur le mythe de la PME et de l’entreprise familiale, l’économie oublie que le monde économique moderne repose sur une gestion centralisée de l’entreprise. Si cette gestion est nécessaire pour donner toute son ampleur à l’innovation, elle tend toutefois à générer un excédent de personnel. De manière plus générale, Galbraith déduit de ces mensonges que la composition du PIB est déterminée par les producteurs – elle reflète leur intérêt, non pas celui de la population.

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Galbraith extirpe les racines des mensonges de l’économie 

Les mensonges de l’économie reposent parfois sur des abus de vocabulaire. Galbraith s’attarde notamment sur le destin du mot « capitalisme ». Alors que tous les pays économiquement avancés sont capitalistes, le système a été rebaptisé « économie de marché ». En effet, le terme « capitalisme » charrie avec lui la prédominance des propriétaires et l’asservissement des ouvriers, l’idée de monopole, l’autodestruction par les crises, et la responsabilité économique du déclenchement des guerres. Il a donc été remplacé par les termes « libre entreprise », « social-démocratie », puis enfin le meilleur, « économie de marché », qui permet d’identifier le marché à la souveraineté du consommateur (soit une démocratie économique). « Avec cette expression, dénonce Galbraith, aucun pouvoir économique ne transparaît. Il ne reste aucune trace de Marx ou d’Engels. Il n’y a que le marché impersonnel. C’est une escroquerie. Pas tout à fait innocente » (Les mensonges de l’économie). C’est ainsi qu’est dissimulé le passé peu reluisant des capitalistes et le pouvoir actuel de l’entreprise. Le terme « management » est un autre abus de vocabulaire : il est employé à la place de « bureaucratie » pour faire croire qu’elle serait l’apanage des services de l’État et parce qu’il est plus dynamique. Enfin, Galbraith évoque également la tromperie induite par l’usage du mot « travail », lequel s’applique aussi bien aux cas où il est épuisant et désagréable qu’à ceux où il est épanouissant.

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Les mensonges de l’économie sont parfois des mythes. Galbraith évoque en premier lieu le « mythe des deux secteurs » : le secteur privé et le secteur public sont systématiquement opposés et l’économie nourrit le débat récurrent sur ce qui relève de l’un et de l’autre. Pour l’économiste, cette distinction n’a en réalité aucun sens ; elle n’existe pas dans la réalité. Il invoque à l’appui de sa réfutation le rôle dominant du secteur privé dans le secteur public aux États-Unis, et notamment aux plus hauts postes de l’administration fédérale. Galbraith mentionne également le mythe de la prévisibilité de l’économie dans le secteur de la finance, « un univers bien connu pour ses mensonges ». « Comme les prévisions, écrit-il, correspondent à ce que les autres veulent entendre et qu’ils souhaitent en tirer profit ou obtenir un retour sur investissement, l’espérance ou le besoin l’emportent sur la réalité » (Les mensonges de l’économie). Ce phénomène est de surcroît amplifié par les conflits d’intérêts des économistes rémunérés par Wall Street. Enfin, le mythe le plus énorme réside, pour Galbraith, dans la croyance dans l’efficacité de l’intervention de la banque centrale dans l’économie. Les économistes entretiennent le fantasme d’une institution neutre, dirigée par une figure compétente et respectée, qui aurait la maîtrise du pouvoir magique de la monnaie ; or, l’action de la Fed n’a eu aucun effet sur l’inflation depuis sa création.

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