Claude Bernard méthode expérimentale Introduction à la médecine expérimentale

La méthode expérimentale de Claude Bernard a inventé la médecine moderne. Elle est une démarche scientifique reposant sur le contrôle d’une hypothèse de départ au moyen d’expériences répétées qui permettent d’étudier l’influence des paramètres. Elle constitue également une critique de l’usage de méthodes dogmatiques en science : « celui qui fait un système ne veut pas changer sa théorie, écrit Claude Bernard. Il aime mieux modifier les faits » (Introduction à l’étude de la médecine expérimentale).

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La méthode expérimentale repose sur l’expérimentation. Claude Bernard distingue plus précisément l’expérimentateur de l’observateur, qui correspondent à deux postures différentes de la recherche expérimentale. Le second se limite à constater les phénomènes, il ne raisonne pas, alors que l’expérimentateur réfléchit à partir de faits acquis pour en imaginer et en provoquer d’autres par la raison. Cette distinction relève cependant de la théorie, car les deux postures ne peuvent pas être séparées dans la pratique – le même scientifique est alternativement observateur et expérimentateur. En effet, il cherche tout d’abord à représenter la nature avec la plus grande exactitude possible, dans une certaine passivité et sans idée préconçue ; puis, une fois l’observation faite, il se met à raisonner pour interpréter le phénomène. C’est l’expérimentateur, dès lors, qui donne à l’expérience sa valeur grâce à l’interprétation anticipée qu’il en fournit. « Les faits sont des matériaux nécessaires, écrit Claude Bernard ; mais c’est leur mise en œuvre par le raisonnement expérimental, c’est-à-dire la théorie, qui constitue et édifie véritablement la science. L’idée formulée par les faits représente la science » (Introduction à l’étude de la médecine expérimentale). Pour le médecin, ainsi, c’est dans l’idée de l’expérimentateur que réside le point de départ de tout raisonnement scientifique.

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La méthode expérimentale de Claude Bernard préfère l’hypothèse au système

La méthode expérimentale réintroduit l’hypothèse dans la science. S’inspirant du doute expérimental de Pascal, Claude Bernard élabore une méthode dite « hypothético-déductive » qui se décompose en trois temps : la naissance d’un sentiment à partir de l’observation stérile, sans hypothèse de départ, de la nature ; l’application de la raison pour produire une hypothèse rationnelle ; et la vérification par l’expérience. Elle est souvent formalisée dans l’enseignement par l’acronyme « OHERIC » pour Observation – Hypothèse – Expérience – Résultat – Interprétation – Conclusion. Claude Bernard revendique ainsi nettement la différence des approches empirique et expérimentale : « L’empirisme est un donjon étroit et abject d’où l’esprit emprisonné ne peut s’échapper que sur les ailes d’une hypothèse » (Introduction à l’étude de la médecine expérimentale). La méthode expérimentale partant elle de l’hypothèse, elle anticipe la survenance d’un fait contredisant la théorie établie ; c’est pourquoi elle essaie de mettre en défaut l’idée de départ à l’aide d’expériences. Claude Bernard va même jusqu’à affirmer qu’une simple observation ne peut pas être objective, car elle présupposerait toujours une certaine hypothèse, au moins implicite, chez le scientifique. Le médecin défend cette affirmation en décrivant comment ses préjugés ont influencé ses expériences, le menant à l’erreur et le contraignant ainsi à modifier ses hypothèses en cours de route. Les théories et les découvertes doivent donc légitimement être soumises à un doute permanent.

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La méthode expérimentale prévient l’esprit de système dans la science. Claude Bernard dénonçait les méthodes systématiques et empiristes lors de ses cours de médecine au Collège de France. Il les accusait de conduire des expériences dans le but de démontrer leurs théories, et non pas de les mettre en défaut. Pour le médecin, en fait, une découverte ne mérite jamais de devenir une théorie, puisqu’elle doit sans cesse être remise en cause. Dès lors, l’état d’esprit du scientifique est d’une importance cruciale : s’il s’attache égoïstement à ses théories en vertu d’un système, il en fait des idées fixes et s’aveugle lui-même. Claude Bernard prône au contraire une disposition d’esprit ouverte sur l’invention : « Une découverte est en général un rapport imprévu qui ne se trouve pas compris dans la théorie, car sans cela, il serait prévu. […] On fait de la science étroite à laquelle se mêle la vanité personnelle ou les diverses passions humaines. […] Mais ces théories et ces idées n’étant point la vérité immuable, il faut être toujours prêts à les abandonner, à les modifier ou à les changer dès qu’elles ne représentent plus la réalité. En un mot, il faut modifier une théorie pour l’adapter à la nature, et non la nature pour l’adapter à la théorie » (Introduction à la médecine expérimentale). Ainsi, la méthode expérimentale montre que l’esprit de système n’est pas compatible avec la flexibilité d’esprit requise du scientifique.

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