La misère de l’historicisme selon Karl Popper

La misère de l’historicisme Karl Popper

La misère de l’historicisme est derrière les tragédies du XXe siècle. Karl Popper est arrivé à cette idée dans Misère de l’historicisme en voulant expliquer l’origine et la nature du totalitarisme. Il affirme que c’est une idée fausse, qu’il appelle « l’historicisme », qui a égaré les historiens et les sociologues, puis conduit des sociétés entières à la tyrannie.

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La misère de l’historicisme découle d’une mauvaise compréhension de la science. Le point de départ du raisonnement de Karl Popper est que les sciences de la société ont imité de manière inappropriée la méthode hypothético-déductive des sciences de la nature. En effet, elles recherchent des régularités dans les systèmes sociaux afin d’en anticiper et d’en maîtriser l’évolution. Cette ambition aberrante a donné naissance à « l’historicisme », une théorie « touchant toutes les sciences sociales, pose le philosophe, qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui enseigne que ce but peut être atteint si l’on découvre les « rythmes » ou les patterns, les « lois » ou les « tendances générales » qui sous-tendent les développements historiques » (Misère de l’historicisme). Karl Popper distingue deux versions de la transposition fautive : l’historicisme anti-naturaliste, d’une part, refuse de reprendre les méthodes de la physique dans les sciences sociales parce qu’il considère que les lois sociales sont historiques ; l’historicisme pronaturaliste, d’autre part, part du principe qu’il est possible, tant en sociologie qu’en histoire, de prédire l’avenir avec des lois qui sont vérifiables par l’observation. Or, l’une comme l’autre se fondent sur une interprétation incorrecte des méthodes de la physique. D’après Karl Popper, elles ignorent que les systèmes sociaux recèlent une complexité qui rend impossible d’y démêler, comme dans un phénomène naturel isolé, les causes et les effets.

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Karl Popper montre les effets politiques de la misère de l’historicisme

La misère de l’historicisme repose sur l’illusion de la prévision historique. Karl Popper reconnaît qu’il existe des lois sociologiques qui gouvernent le comportement humain ; seulement, elles ne sont valables que dans un certain cadre (comme la loi de l’offre et de la demande dans celui d’un marché économique). Il admet aussi l’existence de tendances historiques – tel le progrès de la liberté, de l’égalité, de la richesse, et de la technique – mais il objecte qu’elles dépendent de certaines conditions, contrairement à des lois. Par exemple, la survenue d’une pandémie ou la création d’une technologie favorisant l’installation d’un régime autoritaire annuleraient la tendance au progrès économique et politique. Les historicistes se fourvoient donc, qui croient que la sociologie est une « histoire théorique » qui découvre les lois du passage d’une période historique à la suivante. « L’histoire, corrige Karl Popper, se caractérise par son intérêt pour les événements réels, singuliers ou particuliers, plutôt que pour les lois ou les généralisations » (Misère de l’historicisme). Les historicistes s’entêtent pourtant à prophétiser des événements futurs, alors que seules des prédictions de type « technologique », qui consistent à anticiper les effets d’une mesure, sont possibles. Si les sciences naturelles autorisent, elles, des prévisions – même d’un futur lointain – c’est parce que leurs phénomènes sont étudiés dans un système isolé et relativement stationnaire (comme le système solaire). Dès lors, Karl Popper assimile l’historicisme à une forme de fatalisme pour lequel l’évolution sociale suit un cours inexorable.

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L’historicisme représente un danger politique. Karl Popper constate son alliance avec l’interventionnisme utopique, c’est-à-dire la politique consistant à modifier artificiellement le fonctionnement de la société dans le but de la conformer à un idéal. Cette association est étonnante dans la mesure où la croyance en des lois providentielles implique celle en l’inutilité de toute intervention dans le cours des événements. C’est donc en dépit de la logique que les « ingénieurs sociaux » sont animés par une foi en l’historicisme. Or, cette incohérence est dangereuse, car elle entraîne de nombreuses conséquences imprévues et souvent malvenues. Ainsi Karl Popper dédie-t-il l’édition de 1957 de Misère de l’historicisme à la « mémoire des innombrables hommes, femmes et enfants de toutes croyances, nations ou races qui furent victimes de la foi fasciste et communiste dans les lois inéluctables du destin historique ». La raison principale du caractère dysfonctionnel de l’interventionnisme est ce qu’il appelle le « facteur humain » : le libre arbitre et les idiosyncrasies rendent toute institution forcément imparfaite, puisque ses opérations sont en partie imprévisibles. Cependant, l’ingénieur social est « holiste », en vertu de quoi il ne croit pas à l’aléa individuel – dans sa perspective, les hommes sont des pions mus par des forces sociales de grande ampleur sur lesquelles ils n’ont pas prise. Partant, lui, de l’incapacité humaine à prévoir les effets des interventions sur le système social, Karl Popper plaide pour un gouvernement par ajustements graduels et limités, comme le permet la démocratie.

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