Mythologies Roland Barthes

Les mythologies modernes relèvent de la parole. Théoricien des sciences de l’information et de la communication, Roland Barthes dissèque dans Mythologies les mythes de la vie quotidienne (le catch, le striptease, l’auto, la publicité, le tourisme, etc.). Dans la seconde partie de l’essai, il défend l’idée que le mythe constitue en réalité un moyen de communication, c’est-à-dire une forme.

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Les mythologies sont l’objet de la sémiologie. En effet, Roland Barthes conçoit la mythologie au sens général comme incluse dans la sémiologie, la science des formes indépendamment de leur contenu. « Comme étude d’une parole, écrit-il, la mythologie n’est en effet qu’un fragment de cette vaste science des signes que Saussure a postulée il y a une quarantaine d’années sous le nom de sémiologie » (Mythologies). Elle n’est pas forcément véhiculée à l’oral ; au contraire, tous les supports sont propres à l’exprimer : textes, photographies, vidéos, compétitions sportives, spectacles, publicité, etc. Même une voiture comme la Citroën DS – comparée par Roland Barthes à une « Déesse » – recèle une dimension mythologique. Néanmoins, le mythe n’est pas transmis de manière identique à l’oral et à l’écrit, car les deux canaux ne sollicitent pas le même type de conscience : l’image propose un schéma déjà travaillé qui présuppose une conscience signifiante chez le spectateur.  Cependant, il existe toujours, quel que soit le support, un rapport entre le signifiant et le signifié, dont la corrélation est opérée par le signe. Roland Barthes donne l’exemple d’un bouquet de roses : le bouquet en lui-même est le signe ; les roses constituent le signifiant ; le signifié, enfin, est la passion amoureuse.

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Roland Barthes explicite l’ambivalence des mythologies

Les mythologies reposent sur un système sémiologique second. Roland Barthes montre que les signes (la langue au sens strict, les photographies, les peintures, les rites, les objets, etc.), dont la fonction est purement de signifier, deviennent la matière du mythe, à partir de laquelle il construit son propre système. « […] le mythe, affirme-t-il, est un système particulier en ceci qu’il s’édifie à partir d’une chaîne sémiologique qui existe avant lui : c’est un système sémiologique second » (Mythologies). Le mythe ne fait rien disparaître, ne cache rien, ne nécessite pas le déchiffrement de l’inconscient ; il consiste essentiellement en une déformation. Roland Barthes donne comme premier exemple la phrase « quia ego nominor leo » (« car moi je m’appelle lion »), dont la fonction d’illustration d’une règle grammaticale latine est substituée à son sens explicite. Il évoque également une couverture de Paris Match présentant un soldat nègre faisant le salut militaire français, dont le sens politique (la grandeur de l’Empire colonial français) se substitue à la particularité du soldat. Ces deux exemples témoignent de la capacité du mythe à se tourner vers son destinataire pour qu’il interprète, de la même manière qu’une maison à l’architecture basque fait surgir la mythologie basque en plein Paris – mais pas dans le Pays basque espagnol. Dès lors, comme les mythologies varient en fonction des époques historiques, Roland Barthes pose la nécessité d’une terminologie ancrée dans l’histoire et abreuvée de néologismes.

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L’efficacité des mythologies est due à l’ambiguïté de la forme. La déformation provoquée par le mythe inspire à Roland Barthes une nouvelle terminologie : le signe du premier système devient le signifiant du second, dénommé la « forme » ; le signifié est un « concept » ; le signe du mythe est la « signification ». Avec cette terminologie, la perspective de la translation du premier au second système sémiotique révèle l’ambivalence de la forme. « Quel est le propre du mythe, demande le sémiologue ? C’est de transformer un sens en forme. Autrement dit, le mythe est toujours un vol de langage. » (Mythologies). Roland Barthes conçoit la forme comme pleine, d’une part, dans la mesure où, en tant que signe du premier système, elle comporte déjà une réalité sensorielle et un sens profond (histoire, culture, etc.) ; mais elle est aussi vide, d’autre part, car le signe s’appauvrit en devenant un signifiant dont la seule fonction est d’exprimer le signifié. Dans l’exemple de la phrase latine, l’énoncé est vidé de son contenu propre (l’animal, la chasse, etc.) et ne renvoie plus qu’à l’abstraction de la grammaire. Au plan théorique, le vidage de la forme bénéficie au concept (le signifié du mythe). Ainsi, pour Roland Barthes, l’ambiguïté de la forme révèle que le mythe repose sur un équilibre entre le sens et la forme : trop obscur, il est inefficace ; trop explicite, il perd son impact.

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