nation Fichte Discours à la nation allemande

La nation ne doit pas laisser place au cosmopolitisme. Fichte a voulu maintenir vivante la nation allemande quand le sentiment s’en affaiblissait. Voués à ranimer l’esprit public, ses Discours à la nation allemande de 1807 s’expliquent par leur contexte : ils cherchent avant tout à combattre le risque d’une dangereuse uniformisation de la culture européenne par la France napoléonienne.

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L’appartenance à la nation repose sur des critères objectifs. S’opposant à la conception subjective défendue par exemple par Sieyès ou Renan (la nation comme volonté collective), Fichte définit la nation allemande par l’esprit qui caractérise son peuple, le Volkgeist. Celui-ci se concrétise d’une part dans des traits biologiques transmis de génération en génération : « un peuple, c’est l’ensemble des peuples qui vivent en commun à travers les âges et se perpétuent entre eux sans adultération, physiquement et moralement, selon des lois particulières au développement du divin » (Discours à la nation allemande). L’esprit du peuple se retrouve d’autre part dans la langue et la culture communes. En effet, la langue est véritablement pour Fichte le fondement de l’unité nationale, car elle forge la manière de penser des individus : « on appelle peuple, écrit-il, des hommes dont l’organe vocal subit les mêmes influences extérieures, qui vivent ensemble et qui cultivent leur langue ». Avec la valorisation du Moyen Âge (au cours duquel l’Europe était unie autour de la religion chrétienne) et la critique du rationalisme, destructeur de la religion, cette importance donnée à la langue range l’idée fichtéenne de la nation dans le romantisme. Pour autant, Fichte conditionnait aussi la nationalité allemande à l’adhésion, façonnée par une éducation nationale, à des valeurs universelles de l’esprit et de la liberté.

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Fichte a en réalité une vision de la nation complexe et évolutive

La nation doit s’incarner dans l’État. Au départ, Fichte défend la thèse selon laquelle c’est l’État qui, grâce à la loi, organise l’unité nationale sur un territoire donné, c’est-à-dire qu’il fabrique la nation en imprimant au même ensemble d’individus les mêmes principes de droit. Dans cette perspective, la nation est également le produit d’une éducation nationale, laquelle est une éducation à la nation. Plus précisément, pour mettre en place les conditions du bonheur des citoyens, l’État national doit être démocratique, assurer la liberté de chacun, et distribuer équitablement les richesses. Au plan économique, Fichte prône une économie autarcique où toutes les relations commerciales soient régies par l’État et les biens de la communauté nationale agglomérés, de manière fictive (pour protéger la propriété privée), par lui. « Tous ceux, écrit-il, qui veulent se vouer de manière exclusive à une activité quelconque dans l’État existant doivent bien, selon le droit en vigueur, en informer le gouvernement, qui, en tant que représentant de tous, leur accorde au nom de tous l’autorisation exclusive, et promet l’observation par tous du renoncement nécessaire » (L’État commercial fermé). L’État organise donc l’ensemble de la société, valide et garantit tous les contrats. Grâce à ce dirigisme économique, imagine Fichte, il n’y aurait ni pauvres ni oisifs, et une certaine égalité serait garantie.

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La conception de la nation de Fiche a évolué. Le jeune Fichte faisait en effet preuve d’un libéralisme qui tranche avec l’empreinte laissée par ses positions dans l’histoire des idées. Plusieurs années après la Révolution française, Fichte est encore convaincu que l’horizon des nations est le cosmopolitisme. Il propose même un processus très ouvert d’obtention de la nationalité : tout étranger venant sur le territoire aurait le droit de demander la nationalité dès lors qu’il engage une relation avec la nation – pour lui, la nationalité serait un contrat. D’abord acquis aux idéaux de la Révolution française, il a ensuite changé d’opinion à partir des guerres napoléoniennes. Souvent caricaturé comme un ralliement au romantisme allemand, ce revirement est davantage une tentative de concilier la citoyenneté universelle et le sentiment national. « […] tout individu, écrit Fichte, qui dans sa nation serait le patriote le plus puissant et le plus actif est précisément, par là même, le citoyen du monde le plus actif, puisque le but ultime de toute culture nationale reste tout de même que cette culture s’étende jusqu’au genre humain tout entier » (Discours à la nation allemande). Ainsi, Fichte a continué de promouvoir l’universalisme, la démocratie et le progressisme chers au jeune Fichte ; c’est pourquoi beaucoup d’interprètes les voient comme un pont entre les Lumières et le romantisme.

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