De la nature des choses De rerum natura Lucrèce

La nature des choses doit être connue en vue du bonheur. Dans la tradition épicurienne, Lucrèce a pour ambition dans De la nature de mettre à jour l’essence des phénomènes naturels, dont notamment ceux qui concernent l’homme. Son poème quasi scientifique débouche sur une philosophie morale qui enseigne à l’individu comment être heureux.

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La nature des choses obéit à une contingence aveugle. Lucrèce s’appuie sur la théorie physique épicurienne pour fonder cette conception de la réalité : tout est constitué de vide et d’atomes, lesquels sont immuables, insensibles, incolores, et en perpétuel mouvement ; mais ils sont différenciables selon leurs caractéristiques et leurs rencontres. Leur propriété fondamentale est le clinamen, le fait qu’une part d’aléa pèse sur leurs trajectoires – autrement dit, elles n’ont pas été prédéterminées de toute éternité. Or, pour Lucrèce, cette propriété se transmet à tous les êtres vivants. Si ceux-ci ne naissent et n’évoluent certes pas de n’importe quelle manière, ils sont le fruit des expérimentations de la nature. Ainsi, les organes sont apparus avant leur fonction, car ils ne naissent pas en vue d’une fin déterminée. « Rien, affirme Lucrèce, en effet ne s’est formé dans le corps pour notre usage ; mais ce qui s’est formé, on en use. Aucune faculté de voir n’exista avant la constitution des yeux, aucune parole avant la création de la langue : c’est au contraire la langue qui a précédé de beaucoup la parole, et les oreilles ont existé bien avant l’audition des sons » (De la nature). Plus globalement, dès lors, la nature n’est pas l’expression d’une finalité, elle est le résultat de la causalité contingente des phénomènes. Lucrèce la décrit donc comme une force aveugle.

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Lucrèce déduit le bonheur humain de la nature des choses

La nature des choses révèle la mortalité de l’âme. Lucrèce ne croit pas en la réminiscence, c’est-à-dire à la possibilité de se souvenir d’une vie antérieure, où l’âme aurait évolué dans un monde différent (comme le ciel des idées de Platon). Le philosophe raisonne tout d’abord par l’absurde en avançant que si l’âme avait préexisté au corps, alors elle s’en souviendrait forcément ; mais elle n’a aucun souvenir. À ceux qui lui rétorquent qu’elle a oublié sa vie passée, il répond que l’oubli est équivalent à la mort. « En outre si l’âme est de nature immortelle, se demande Lucrèce, et dans le corps se glisse au temps de la naissance, pourquoi du temps passé ne gardons-nous mémoire, et de nos actions n’avons-nous nulle trace ? » (De la nature). En réalité, l’âme se développerait en intime conjonction avec le corps, c’est pourquoi il n’est pas possible qu’elle provienne de l’extérieur. Lucrèce ne croit pas non plus en la métempsychose, c’est-à-dire dans la transmigration de l’âme et dans sa réincarnation après la mort. Si cette évolution existait bel et bien, alors les âmes de certains animaux se retrouveraient dans d’autres espèces, ou bien l’âme d’un adulte se perdrait dans le corps d’un nouveau-né ; or, ces phénomènes sont inconnus. En fait, pour Lucrèce, l’âme ne peut que croître inséparablement du corps dans un lieu fixe, en vertu de quoi elle est forcément mortelle.

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La nature des choses indique à l’homme comment se libérer du malheur. Comme le clinamen implique que la contingence préside aux lois du monde, Lucrèce en déduit que l’homme est libre et qu’aucune fatalité ne pèse sur lui. Par conséquent, il doit vivre en vue du bonheur, autrement dit, dans la philosophie épicurienne, en recherchant le plaisir et en évitant la souffrance. Il pourra ainsi atteindre l’ataraxie, ou absence de trouble, s’il réussit à délivrer son âme des passions, de tout attachement superflu, ainsi que du poids des superstitions. Le philosophe est sévère à l’égard de tous les facteurs qui détournent l’individu de pouvoir contempler clairement et sereinement la réalité, comme l’amour, la mort ou la religion. De son point de vue, celle-ci ne consiste en rien de plus que des croyances servant à expliquer les phénomènes naturels particulièrement impressionnants, tels que le tonnerre, les séismes, la foudre ou la grêle. « Ô race malheureuse des hommes, écrit Lucrèce, qui attribuèrent aux dieux ces phénomènes et qui leur prêtaient des colères cruelles ! » (De la nature). En cohérence, il considère toute manifestation religieuse comme inutile et dénonce les sacrifices humains, car ces expressions religieuses reposent sur une conception fantasmatique et effrayante de la nature. Lucrèce leur oppose une connaissance vraie de la nature qui doit permettre à l’homme de faire taire son inquiétude et d’apprendre le bonheur, par exemple dans une amitié entretenue à l’écart de la violence du monde.

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