nature Thoreau Walden

Sa conception de la nature classe Thoreau parmi les précurseurs de l’écologie. En 1844, le philosophe américain se retire au calme à l’étang de Walden, où il compose l’ouvrage éponyme. Marcheur infatigable, il explore les forêts et construit même une cabane. Ce retour émerveillé à la nature dans l’autosuffisance et la liberté donne lieu à une quête de soi.

>> L’état de nature de Rousseau sur un post-it

La nature est tout d’abord l’essence véritable de la vie. Telle est la raison pour laquelle Thoreau s’est isolé dans la forêt : « Je m’en allais dans les bois parce que je voulais prendre le temps de vivre, faire face seulement aux faits essentiels de la vie (…) vivre profondément, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez vigoureusement et de façon spartiate pour mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie » (Walden). Le philosophe américain s’attache à des choses de peu d’importance pour l’opinion commune, car il a pour projet de se faire l’expérience ce que la vie a de plus simple, dans la douceur et l’âpreté du réel. Ainsi, au cours de ses nombreuses balades dans les bois, il s’émerveille facilement devant les manifestations les plus simples de la nature, dont il donne force détails. Il fait par exemple référence aux chants des oiseaux, aux diverses floraisons printanières, au son de l’eau qui coule dans une rivière, ou au soufflement du vent entre les branches des arbres. Thoreau prend également plaisir à apprivoiser les animaux (serpents, poissons, marmottes, renards, etc.) grâce à une forme de dialogue magique.

>> Le Dieu de Spinoza sur un post-it

La nature est pour Thoreau un remède contre la société

La nature permet ensuite de régénérer l’individu. Loin de l’agitation du monde et de son lot d’illusions, l’isolement de Thoreau dans un environnement naturel est propice à la culture de soi. Contemplant l’espace poétique qui l’entoure, le naturaliste entretient ce qu’il nomme le « matin intérieur », c’est-à-dire un état transcendantal préalable à toute pensée et à tout ressenti, antérieur à toute expérience. C’est plus précisément de la marche dont découle cet éveil spirituel : « Je suis d’avis, écrit Thoreau, que je ne peux conserver ma santé et mes esprits à moins de ne passer au minimum quatre heures par jour (…) à flâner à travers les bois, les collines et les champs, totalement dégagé de toute préoccupation matérielle » (Walden). L’art de flâner dans la nature est ainsi élevé au rang d’une pratique introspective. Activité éminemment spirituelle, la marche n’est pas tant la libération de l’esprit par la mise en mouvement du corps qu’un acte d’affirmation de la liberté de l’être tout entier. En décrivant ce phénomène, Thoreau insiste sur le caractère thérapeutique de la nature, dont la proximité intime lui fournit une sécurité affective.

>> La sagesse bouddhiste sur un post-it

La nature est un point de vue critique sur la société. En se réfugiant dans la nature, Thoreau s’éloigne du sens commun et des aliénations de la société marchande pour renouer avec lui-même dans la solitude. Ascète attaché à une vie très frugale, il contemple la vie urbaine et industrialisée naissante avec une distance critique. Il dénonce son artificialité en résumant les véritables nécessités vitales à quatre éléments : « Pour l’homme, on peut les diviser en plusieurs catégories dans nos climats : nourriture, abri, vêtement et combustible. En effet, c’est seulement lorsque nous nous sommes assurés de les avoir que nous pouvons aborder les vrais problèmes de la vie avec un esprit libre et quelque chance de réussir » (Walden). Ayant inspiré les théories écologistes modernes de la « décroissance » ou de la « simplicité volontaire », la philosophie de Thoreau pointe du doigt les devoirs de l’humanité à l’égard de la nature : la soigner, la protéger, et échanger avec elle. L’homme doit tout particulièrement économiser les ressources naturelles en adoptant un mode de vie individuel qui prend en compte les autres êtres vivants.

>> La désobéissance civile de Thoreau sur un post-it