Cicéron orateur De Oratore

L’orateur est nécessaire à la Cité. Cicéron le définit dans De Oratore par sa capacité à discerner la vérité et à mettre en lumière le sens de l’Histoire. L’éloquence recèle dans cette perspective une dimension éthique : l’orateur idéal s’interdit de manipuler son auditoire, car il s’impose de le convaincre grâce à une argumentation qu’il conçoit lui-même comme fondamentalement vraie.

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L’orateur maîtrise l’art de l’éloquence. Il est capable, selon Cicéron, de poursuivre trois buts distincts : il peut enseigner (docere en latin), comme lorsqu’il instruit les juges ; il peut ensuite chercher à charmer l’auditoire (delectare) ; il peut enfin s’évertuer à l’émouvoir (mouere). À chaque finalité correspond un style particulier : l’enseignement requiert de la précision ; le charme de la modération ; et l’émotion de la véhémence. Cicéron fait découler les parties de la technique rhétorique de ces trois finalités. L’orateur doit d’abord déterminer le contenu de sa parole (inventio) ; il doit ensuite organiser ses idées (dispositio) ; il doit enfin veiller à la qualité formelle de sa parole (elocutio), ce qui constitue pour l’auteur la dimension fondamentale de l’éloquence, celle qui demande le plus de compétences et de travail. Les qualités principales de style en sont la pertinence, la clarté, l’élégance et la convenance.  « C’est que l’éloquence, en effet, admet Cicéron, est quelque chose de plus grand qu’on ne pense, et qu’elle demande une immense réunion d’études et de talents » (De Oratore). Plus généralement, enfin, l’orateur doit maîtriser les trois genres oratoires : le genre judiciaire, celui des plaidoyers devant les tribunaux ; le genre délibératif, celui des affaires publiques, où il s’agit de convaincre une assemblée délibérante ; le genre épidictique, ou démonstratif, celui des éloges funèbres aristocratiques.

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Cicéron voit l’orateur idéal comme un historien

L’orateur possède une solide formation intellectuelle. L’éloquence est pour Cicéron l’expression authentique de l’intelligence humaine. Elle présupposerait une certaine relation entre le fond et la forme : être éloquent requiert de la culture et de l’intelligence, c’est-à-dire une certaine compréhension des problèmes humains. Pour Cicéron, « personne ne saurait devenir un orateur accompli, s’il ne possède tout ce que l’esprit humain a conçu de grand et d’élevé » (De Oratore). Dès lors, les véritables orateurs seraient rares, et ils sont probablement à chercher parmi les hommes qui occupent les plus hautes fonctions et qui ont reçu une éducation approfondie élitiste. En effet, « c’est tout l’ensemble de connaissances que possèdent les hommes les plus instruits […] qui constitue l’éloquence », définit le magistrat romain. Ainsi, la véritable éloquence ignore la rhétorique, car elle trouve sa puissance dans la profondeur du savoir pour exprimer la raison, laquelle se viderait de son sens sans elle. Cicéron réclame par exemple de l’historien qu’il se munisse des meilleures armes de l’orateur pour donner vie à son récit. D’un point de vue politique, l’éloquence ne doit donc pas être vue comme l’instrument du démagogue, le catalyseur de la bêtise du peuple, mais au contraire comme utile à la Cité – tout particulièrement démocratique – où elle permet au débat de mettre en évidence les directions possibles du destin collectif.

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L’orateur a une mémoire soucieuse de la vérité. Cicéron caractérise l’orateur comme un véritable spécialiste de la mémoire : « Que dirai-je de la mémoire, interroge-t-il, ce trésor de toutes nos connaissances ? Si elle ne conserve les conceptions de la pensée, si elle ne recueille fidèlement et les idées et les mots, les talents les plus précieux seront perdus pour l’orateur » (De Oratore). L’orateur a appris à développer cette faculté naturelle en s’exerçant à la mnémotechnie (ars memoriae en latin), qui lui sert notamment à retrouver les illustrations (exempla) qui étayent ses arguments. Suffisamment entraînée, elle le rend capable de sélectionner et d’organiser les faits historiques selon leur vérisimilitude, en se demandant, pour ne pas se rendre coupable de la légèreté des annalistes, s’ils sont dignes de mémoire (dignum memoria). Pour satisfaire à ce dernier critère, un fait doit avoir, d’une part, une vertu pédagogique, et, d’autre part, une valeur intellectuelle, c’est-à-dire contribuer à une meilleure compréhension des causes. La mémoire est donc un outil crucial à l’égard de l’inventio, car elle permet de discerner les faits importants et avérés méritant de constituer le matériau historique. Ainsi, l’orateur idéal de Cicéron est doué d’une vaste culture historique grâce à laquelle il évoque dans ses discours les événements dans l’ordre et en en mentionnant les dates.

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