L’ordre spontané de Hayek

Ordre spontané Hayek

L’ordre spontané serait la clé de l’évolution sociale. Friedrich Hayek affirme dans Droit, législation et liberté que l’ordre social résulte de l’action humaine, mais non d’un dessein humain ni d’une providence transcendante. Cette idée est déroutante parce que les Grecs avaient distingué les phénomènes naturels et artificiels, empêchant par-là de penser les phénomènes spontanés.

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La notion d’ordre spontané découle de la complexité de la réalité. Friedrich Hayek s’y est tout d’abord intéressé afin d’approfondir la méthodologie des sciences, car la complexité de certains phénomènes empêche de reprendre les schémas de la physique. En économie, par exemple, il semble impossible de prédire les prix futurs, si bien que le chercheur en est réduit à décrire les relations entre une multiplicité de facteurs à un moment donné. « L’ordre est un concept indispensable, affirme Hayek, pour étudier tous les phénomènes complexes, vis-à-vis desquels il doit largement jouer le rôle que le concept de loi joue dans l’analyse des phénomènes plus simples. » (Droit, législation et liberté). L’économiste relève que l’auto-organisation est très présente dans la vie biologique, où elle est qualifiée de « système » ou de « structure ». Ce constat rapproche le concept d’ordre spontané de celui de l’évolution théorisé par Darwin. Dans la vie sociale, le meilleur exemple d’ordre spontané est probablement le langage, dont les structures sont très complexes, abstraites, et évoluent indépendamment de la volonté et de la conscience humaines. Hayek oppose ce type d’ordre, le « Kosmos », un ordre endogène autogénéré, caractérisé par la complexité, l’abstraction, et l’inconscience, au « Taxis », un ordre exogène imposé par un ordonnateur (comme l’ordre de bataille d’une armée décidé par le chef).

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Hayek éclaire le sens économique de l’ordre spontané

L’ordre spontané explique le fonctionnement du marché. Pour Friedrich Hayek, celui-ci est un ordre spontané particulier qu’il nomme « catallaxie » : les acteurs n’y échangent pas seulement des marchandises, mais plus fondamentalement de l’information ; en régime de libre concurrence, un prix constitue un signal qui transmet à l’acteur une connaissance ultrasynthétique sur l’état du monde à un moment donné, grâce à laquelle il peut adapter intelligemment ses décisions par rapport aux autres acteurs. La catallaxie fait ainsi correspondre des données subjectives – des croyances et des anticipations, comme la confiance mise dans la monnaie ou les préférences du consommateur – à des faits objectifs (en économie, les prix notamment). « Le problème que nous prétendons résoudre, pose Hayek, est celui de la manière dont l’interaction spontanée d’un grand nombre d’individus […] débouche sur un état des affaires dans lequel les prix correspondent aux coûts, etc., et qui pourrait seulement être produit par une direction délibérée de quelqu’un possédant la connaissance combinée de tous ces individus. » (Économie et Connaissance). Dans cette perspective, la concurrence est un processus dynamique d’échange de connaissances, une procédure de découverte comparable à l’expérimentation dans les sciences de la nature. Elle transforme l’éclatement de la connaissance entre tous les acteurs en la meilleure allocation possible des ressources (matières premières, techniques, humaines). Hayek en conclut que le marché et la concurrence ont une valeur irremplaçable dans la mesure où ils résolvent un problème a priori insoluble par l’intelligence humaine.

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L’ordre spontané a besoin d’une ossature juridique. Si Friedrich Hayek s’appuie sur la notion pour discréditer l’interventionnisme, il considère cependant que l’État sert la catallaxie à deux égards. Il a tout d’abord pour fonction de protéger la libre expression des forces ordonnatrices de l’ordre spontané, ce qui consiste à favoriser la dérégulation, d’une part, et à prévenir la tendance à l’autodestruction du marché, c’est-à-dire la réduction du nombre d’acteurs jusqu’au monopole, d’autre part. La seconde fonction cruciale de l’État est d’imposer les règles de droit indispensables à l’émergence de l’ordre spontané. Celui-ci découle donc d’un ordre juridique, un ensemble de règles générales et abstraites. « Dans un ordre économique comportant une division du travail très poussée, écrit Hayek, il ne peut plus s’agir de poursuivre des objectifs communs concrètement perçus, mais il faut se guider sur des règles abstraites de conduite, et il y a un lien étroit entre ces règles et la formation de l’ordre économique. » (Droit, législation et liberté). Alors qu’une intervention est spécifique et concrète, les règles de l’ordre spontané doivent faire abstraction de l’individu – elles encadrent par exemple la propriété, les contrats, les brevets, les associations professionnelles, la monnaie, etc. C’est parce que ses règles sont abstraites que l’ordre spontané est confondu avec le désordre et qu’il est imprévisible. Selon Hayek, cette dimension juridique de l’ordre spontané implique que toutes les institutions sociales (politiques notamment) en sont elles-mêmes issues et qu’elles ont vocation à l’améliorer.

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