Parménide De la nature philosophie être

La nature est fondamentalement liée à l’être. Formé par les pythagoriciens, Parménide expose dans son poème De la nature (environ 150 vers) une conception précise de l’univers dont découle la distinction radicale de la vérité (aletheia) et de l’opinion (doxa). Penseur de l’être par excellence, il aura une grande influence en Grèce, mais aussi en dehors, par exemple sur les alchimistes fantasmant sur l’idée d’un principe unique primordial.

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Parménide décrit la nature. Étant donné les qualités qu’il lui prête, il la conçoit corporelle et étendue – elle est une réalité physique finie. D’inspiration pythagoricienne, sa physique dépeint un monde mû par un feu central, au sein d’un univers sphérique, divisé en zones concentriques, et dont l’intérieur et l’extérieur (de la sphère) sont constitués par le même élément. Elle n’est pas purement matérialiste, car elle situe au centre du monde une divinité responsable de la cohésion de tous les éléments. « Voici, décrit Parménide, la porte des chemins du jour et de la nuit, avec son linteau, son seuil de pierre, et fermés sur l’éther, ses larges battants, dont la Justice vengeresse tient les clefs pour ouvrir et fermer » (De la nature). Pour Parménide, le feu est l’élément primordial de la nature : il est la matière des cercles concentriques qui constituent l’univers, comme des astres qui évoluent dans l’éther autour de la Terre. Il a même un rôle dans l’établissement des sociétés humaines, puisque les hommes seraient sortis du centre de la Terre sous l’influence de la chaleur solaire. Parménide pose même la dimension thermique de l’intellect : la température serait un facteur direct de la qualité de la pensée, favorisée par la chaleur, et dégradée par le froid (qui causerait l’oubli, par exemple).

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Parménide conçoit la philosophie à partir de la nature

La nature repose sur l’unité constitutive de l’être. Parménide reprend à son compte des idées déjà exposées par son maître, le philosophe présocratique Xénophane ; mais il donne à ses principes – l’unité et l’immobilité de l’être, et la distinction de la vérité et de l’opinion – davantage de rigueur logique et de précision. Dans sa perspective, seules deux thèses alternatives sont possibles : ou bien l’être est et le non-être n’est pas ; ou bien c’est l’inverse qui est vrai, c’est-à-dire que l’être n’est pas et que le non-être est.  « Allons, écrit Parménide, je vais te dire et tu vas entendre quelles sont les seules voies de recherche ouvertes à l’intelligence ; l’une, que l’être est, que le non-être n’est pas, chemin de la certitude, qui accompagne la vérité ; l’autre, que l’être n’est pas, et que le non-être est forcément, route où je te le dis, tu ne dois aucunement te laisser séduire » (De la nature). La seconde thèse étant impossible à soutenir, il faut donc poser l’unité fondamentale de l’être, qui est incréé, indestructible, permanent, parfaitement cohérent, et divin (sans toutefois être confondu avec les divinités identifiées). L’illusion de la diversité de l’être se fonde sur l’idée qu’il résulterait de la combinaison de deux éléments contraires, le feu et la terre, alors que le feu est en réalité le seul principe actif. Par sa réflexion, Parménide constitue ainsi la philosophie comme étude de ce qui est.

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L’ignorance de la nature est la source de l’erreur. Parménide affirme que les hommes tombent dans l’erreur parce qu’ils ne partent pas de la distinction radicale de l’être et du non-être, alternative sur laquelle est calquée celle de la vérité (aletheia) et de l’opinion (doxa), qui structure la philosophie. La vérité philosophique consiste donc à dévoiler l’être. « Je te détourne, clame-t-il, de cette voie de recherche, où les mortels qui ne savent rien s’égarent incertains ; l’impuissance de leur pensée y conduit leur esprit errant ; ils vont sourds et aveugles, stupides et sans jugement ; ils croient qu’être et ne pas être est la même chose et n’est pas la même chose ; et toujours leur chemin les ramène au même point » (De la nature). Dans le détail, Parménide oppose la logique à l’expérience, car il conçoit la raison comme le critère ultime de la vérité. Par exemple, c’est par un raisonnement logique que l’esprit en vient à admettre l’existence de l’être et l’inexistence du non-être, puis l’exigence que les qualités de l’être ne soient pas contradictoires. Cette pierre de touche logique s’accompagne d’une confirmation psychologique : la vérité a un cœur inébranlable, elle est animée par la force de la certitude, quand l’opinion, issue des sens et de la parole, peine à convaincre. Ce rationalisme critique de Parménide s’oppose à la méthode plus expérimentale de l’école ionienne (notamment Thalès, Anaximandre, Héraclite).

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