Les passions de l'âme Descartes

Les passions n’ont pas été étudiées assez précisément par les Anciens. Descartes remédie à cette insuffisance dans Les passions de l’âme en portant son attention sur le lien entre le corps et l’esprit. Si une passion est classiquement définie comme un phénomène spirituel, elle apparaît cependant comme une action si elle est examinée sous le prisme du corps.

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Les passions sont causées par l’interaction du corps et de l’esprit. Descartes les étudie en partant du principe que toutes les propriétés pouvant être trouvées dans des objets inanimés (comme la chaleur et le mouvement) relèvent du corps, tandis que les autres (comme la pensée) relèvent de l’âme, située dans la glande pinéale. Il identifie plus précisément à la source de tout mouvement du corps une chaleur produite par le cœur et diffusée par les veines. Les pensées, quant à elles, peuvent être divisées en deux catégories : les actions de l’âme (comme la volonté et l’imagination) et les passions de l’âme (comme la perception, la connaissance, ou encore l’imagination). Ces distinctions permettent à Descartes de définir les passions de l’âme comme « des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de l’âme qui sont causées […] par quelque mouvement des esprits » (Les passions de l’âme). Ces esprits animaux sont les parties les plus subtiles du sang, de minuscules corps très vifs qui stimulent les muscles et peuvent parvenir jusqu’au cerveau. Leur cours est déterminé par la volonté de l’homme, par les stimulations des sens et par la machinerie du corps. Comparable au ressort d’une montre, le cours naturel des esprits animaux est, pour Descartes, responsable du fonctionnement inconscient du corps.

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Descartes défend l’utilité des passions

L’étude des passions permet de les maîtriser. Descartes affirme qu’il est nécessaire d’examiner les objets qui sont à leur origine des pour les combattre indirectement, même si leur apparente indépendance ainsi que le mélange des passions peuvent compliquer l’analyse. En effet, comme le phénomène déclencheur du processus est l’excitation de la grande pinéale par les esprits animaux, il suffit de trouver les différents stimuli qui le provoquent pour établir une nomenclature des passions. C’est grâce à cette manière de procéder que Descartes met en évidence les six primitives : l’admiration, l’amour et la haine, le désir, la joie et la tristesse. Il en déduit que toute autre passion ne peut être qu’une combinaison de ces six-là. Ainsi, l’amour se décline par exemple en l’affection, l’amitié ou encore la dévotion. Il en déduit également que toutes ont une origine corporelle : si l’amour et la haine, le désir, la joie et la tristesse sont causées notamment par le cerveau, la rate, le foie, etc., l’admiration s’explique, elle, uniquement par le cerveau. Dès lors, à chaque passion correspondent des symptômes précis : ceux de la haine sont le ralentissement du pouls, le refroidissement de la poitrine, ou encore des nausées ; la joie, à l’inverse, est associée à un réchauffement du corps ; l’amour à une accélération du pouls. En vertu de cette étude méticuleuse, « il n’y a point d’âme si faible, avance Descartes, qu’elle ne puisse, étant bien conduite, acquérir un pouvoir absolu sur ses passions » (Les passions de l’âme).

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Les passions ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Bien au contraire, Descartes met en lumière leur utilité naturelle pour l’autoconservation : elles seraient faites pour entraîner l’âme à adhérer aux actions nécessaires pour protéger ou perfectionner le corps. La tristesse, par exemple, s’accompagne d’une douleur qui est un signal d’alarme, tandis que la joie constitue une incitation. D’autres passions plus particulières apportent des bénéfices spécifiques, comme la générosité, qui peut se comprendre, en dernière instance, comme la capacité à ne pas mépriser autrui tout en s’estimant à sa juste valeur. Ainsi, pour Descartes, il ne faut pas, contrairement aux préceptes des traditions philosophique et religieuse, fuir les passions par principe, mais simplement se rendre capable de les maîtriser pour goûter la saveur qu’elles donnent à la vie. « Nous voyons, écrit le philosophe, qu’elles sont bonnes de leur nature, et que nous n’avons rien à éviter que leurs mauvais usages ou leurs excès, contre lesquels les remèdes que j’ai expliqués pourraient suffire […] en s’exerçant à séparer en soi les mouvements du sang et des esprits d’avec les pensées auxquelles elles ont coutume d’être joints » (Les passions de l’âme). Nourri par les passions, le désir peut être lui aussi utile, à condition que la connaissance qu’en a l’homme lui permette d’en prévenir l’excès. Descartes s’en tient donc, de manière générale, à une forme de stoïcisme qui tient les passions dans certaines limites.

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